LIVRE XXII. — igiii-i8*l
trée, s’en éloignerait. Une fois introduit de dix pas environ, le factionnaire se retourne, me voit, et s’approche respectueusement, mais avec une contenance ferme, et me dit que je ne pouvais pas entrer avec la dame à laquelle je donnais le bras. Je discutai avec lui ; mais lui, toujours avec le même calme et la même persistance, se place devant moi et m’empêche d’avancer, en réclamant l’exécution de sa consigne. Ne pouvant obtenir rien de favorable, je lui demandai d’appeler l’officier de garde, dont j’espérais avoir meilleure composition. Heureux d’être débarrassé de la responsabilité, ce garde du corps ne se le fit pas dire deux fois, et me voilà aux prises avec le sous-lieutenant des gardes, le marquis de Bartillac, mari d’une demoiselle de Béthune, et, par là, neveu du duc d’Havré, officier <le cour, du reste bon homme. Il arrive près de moi en sautillant et me dit : « Monsieur le maréchal, je me rends à vos ordres, » et se place à mon coté. Tout en marchant pour arriver au fond de la salle, je lui dis qu’on avait voulu m’empêcher d’entrer. 11 s’approche de mon oreille et me dit : « C’est madame de Lavalette que vous accompagnez; elle est consignée ici.
— On vient de me le dire; cependant répondez nettement; vous avez eu l’ordre de l’empêcher d’entrer, mais avez-vous eu celui delà faire sortir?
— Non, me dit-il.
— Eh bien, ajoutai-je, laissez-la en paix. Elle vient demander la grâce de son mari, et j’espère qu’elle l’obtiendra. Que risquez-vous? Est-ce au neveu du duc d'Havre à avoir rien à craindre? Le pis aller pour vous est de subir quelques jours d’arrêt, et, en vous soumettant à ce danger, vous courez la chance de sauver la vie d’un homme. On n’a pas souvent une occasion aussi favorable de faire une bonne action. C’est une bonne fortune, ne la laissez pas échapper! » Cette phrase alla droit au bon cœur et à la vanité de M. de Bartillac. Il me répondit qu’il s’en rapportait à moi et que madame de Eavaletle pouvait rester. Je l’établis près de la porte d’entrée des appartements, et nous attendîmes la fin de la messe.
Aussitôt la tribune de la chapelle ouverte, M. le baron de Glandevès, major des gardes du corps, vint à moi pour me répéter que madame de Lavalette était consignée, « Oui, lui dis-je; mais apportez-vous l’ordre du roi de la faire sortir? — Non, répondit-il. — Eh bien, répliquai-je, elle restera. » Le roi arriva. Madame de Lavalette se jeta à ses pieds, et, en lui remettant son placet, elle cria : « Grâce, Sire, grâce ! »
Le roi, avec beaucoup de noblesse, mais avec fermeté, lui répondit ces propres paroles : « Madame,