‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 88 sur 178 · LIVRE XXII. - I8I5-18W · texte numérisé non relu

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jti prends part à votre juste douleur, mais j’ai des devoirs qui me sont imposés, et je ne puis me dispenser de les remplir. » Et il passa. Un symptôme de l’esprit passionné du temps, c’est qu’après ces paroles les gardes du corps s’abandonnèrent à l’inconvenance de proférer en cette circonstance des cris de « Vive le roi! » qui avaient quelque chose de féroce et sentaient le cannibale.

Madame de Lavalette avait une autre pétition pour madame la duchesse d’Ângouléme, qui suivait le roi : elle voulut la lui remettre. Celle-ci l’évita par un mouvement violent et un écart, et en lui lançant un regard furieux, impossible à peindre.

Le roi étant rentré, je ramenai madame de Lavalette à sa chaise à porteurs, et de là chez elle. C’était le 18 décembre. Cette pauvre femme s’abusait sur les intentions du roi; mais moi j’y voyais clair; car l’occasion était trop belle, la circonstance trop dramatique, pour n’en pas profiter et être clément si on n’avait pas eu des intentions contraires. Cependant je résolus une nouvelle tentative pour le lendemain, jour de naissance de madame la duchesse d’Angoulême et annivereaire de sa sortie du Temple.

Je fis transporter madame de Lavalette dans l’antichambre du capitaine des gardes de service, dont le suisse m’était dévoué ; de là, elle devait se jeter

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aux pieds de Madame au moment où elle monterait rescalier dit l’escalier du Roi. Mais des postes des gardes du corps, mis partout et jusqu’aüx combles, les factionnaires multipliés, des portes condamnées pour être à l’abri des surprises, donnèrent à madame la duchesse d’Angouléme le moyen de circuler en liberté. Ce jour aurait dû lui rappeler qu’elle n’était pas étrangère à rhunianilé par les hautes infortunes qui avaient été aussi son partage.

Dès ce moment, les esprits les plus prévenus ne pouvaient s’y tromper : on voulait à toute force la mort de Lavalette, et sa pauvre femme s’abandonnait encore à l’idée que le seul but était de l’effrayer. Ses meilleurs amis, madame la princesse de Vaudemont, le duc Charles de Plaisance, l’entretenaient dans cette illusion. Madame de Lavalette me disait : « Monsieur le maréchal, ils veulent n’accorder la grâce à mon mari que sur l’échafaud.

— Gardez-vous de vous y fier, lui répondis-je; s’il y monte, il est mort. Vous m’avez dit avoir moyen d’assurer son évasion. Voilà l’instant d’en faire usage, et je vous engagea ne pas différer : le. moment est pressant. »

Le lendemain, on dressait l’échafaud pour s’en servir le jour d’après. Ce fut au moment où on était occupé à ces horribles préparatifs qu’elle exécuta la généreuse résolution dont le succès a été si com-

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plet, les circonstances si singulières et si dramatiques. Sa raison n’a pu résister aux émotions qu’elle éprouva. Son esprit s’est dérangé, et, après une démence de quelques' années, elle est tombée dans un état d’inertie dont elle n’est pas sortie '.

Madame de bavalette, pendant bien des années, reportant ses souvenirs sur ce grand événement de sa vie, répétait mon nom avec reconnaissance; elle disait : « 11 a été bien bon pour moi, et seul il m’a dit la vérité. » Mes intentions et mes démarcbes pour obtenir la grâce de son mari avaient été actives, mais infructueuses; et, si j’ai contribué efficacement à sauver la vie de cette malheureuse victime de nos discordes et de nos passions, c’est en

'tnrr.K hk m«da>ik de i.ivAUtiii: au dix du hauuse.

« Il J a bien lon"tcmps que j'aurais voulu vous reriiciTicr, monsieur, (le tout rint(irèt si bon et si aimable que vous avez bien voulu me témoigner. Je désirais seulement que vous sussiez que je ne pouvais j oiiil oublier ce que vous aviez fait. J'avais chargé quelqu'un, à plusieurs reprises, de vous l'exprimer. J'espére qu'on aura fait ma commission. Depuis mon retour chez moi, je sentais le besoin de vous écrire iiioiméme toute ma reconnaissance. Mais quel porteur fidèle eiii|do;er, non pour moi, mais pour vous? Enfin, je suis sûre celle fois, et malgré que je sois malade horriblement d'un catarrhe, je ne veux pas rcniettre encore k vous offrir les expressions de mes vmux et la nouvelle expression de toute ma sensibilité. Veuillez l'agréer et me conserver votre souvenir.

« DxACU. UE La VALETTE. >

Nous (levons à l'obligeance de M. ChambiT, ancien maire du quatrième arrondissement, la couiinunication de cette lettre, ainsi ((ue de celle (li JI. de L.avalelle.

{iSole (le l'Editeiiy. )

faisant connaître à sa femme, dans le dernier moment, le véritable état des choses.

Madame de Lavalette fut d’autant plus admirable dans sa conduite, que, loin d’être heureuse dans son intérieur, quoique jeune, bien née et belle, elle était délaissée par son mari, qui, laid, petit et de peu de naissance, entretenait des maîtresses.

Si l’on se reporte à ces temps, on devinera les clameurs dont je fus l’objet. La société retentissait de plaintes. Les petites femmes de la cour, qui auraient perdu connaissance à la vue d’un supplice, paraissaient inexorables. 11 était de mode d’être sans pitié. C’était à qui serait le plus atroce dans son langage. On ne parlait de rien moins que de me fusiller. Comment, disait-on, avoir une armée si un maréchal de France est le premier à oublier les lois de la discipline et à violer une consigne? Tout cela n’eut d’autre résultat que de donner une sorte de mérite à une action fort simple. Le roi fut à merveille pour moi en cette circonstance, et je ne saurais trop répéter que je l'ai toujours vu, de son propre mouvement, juste et bon. Il me fit appeler dans son cabinet et m’exprima son mécontentement d’avoir méconnu ses ordres; mais il ajouta que le sentiment, cause de ma démarche, excusait mes torts à ses yeux et les lui faisait pardonner.

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