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comte et bientôt duc, et madame d’Escai-s, cbargce de faire les honneurs de la cour, vint s’établir aux Tuileries.
Dans des temps calmes, peiïonne n’eùt mieux convenu à ces fonctions; mais alors elle eut une influence fâcheuse en tenant constamment au château, dans un salon où la meilleure compagnie et le corps diplomatique étaient constamment rassemblés, des discours absolument opposés à ceux du roi et à la marche du gouvernement. Sa position élevée, les faveurs dont elle était l’objet, la considération dont elle jouissait à juste titre, donnaient du |X)ids à ses paroles et faisaient quelquefois douter de l’union du roi avec son gouvernement. Elle ralliait à ses principes tous les éner^umènes, tous les intrigants; et cependant la droiture est le fond de son caractère; mais, comme beaucoup de gens, elle rassemble sans cesse les contraires, et présente à chaque moment les disparates les plus étranges. Admirable dans la manière dont elle pose les principes généraux, rien n’est plus opposé que la façon dont elle en fait l’application. Son esprit me plut, son amitié me toucha, et un dévouement soutenu m’attacha à sa fille, femme d’autant d’esprit et d’autant d’instruction que sa mère, avec beaucoup plus de raison. Jamais dans ma vie je n’ai rencontré de femme d’une amabilité aussi constante et
■JOt MÉMOIRES DU DUC DE IIAUUSE.
aussi usuelle. Elle sait causer avec tout le inonde et tirer parti de chacun; elle sait discourir avec un savant, un artiste, un poëte, un homme d’esprit, un ignorant et même un sot. Sans être belle, la régularité de ses traits, l’ensemble de sa figure est rempli d’agrément, et son animation donne un prix inestimable à sa personne et à ses paroles. Une intime amitié a existé entre nous pendant de nombreuses années; elle a résisté à de grandes épreuves et survécu à nos bouleversements.
Le salon de madame d’Escais était funeste à la marche d’un gouvernement raisonnable et modéré. Il y avait aberration de la part du roi à le laisser subsister, en adoptant pour son gouvernement une marche tout opposée aux principes qui y étaient professés. Plus d’une fois j’ai rompu des lances avec madame d’Escars sur l'extravagance de ses paroles, mais constamment sans fruit. Retenu par des liens qui m’étaient doux, je la voyais sans cesse; mais, voulant vivre en paix, je m’étais imposé l’obligation de garder le silence et de ne répondre jamais aux folies que je lui entendais débiter; car, en lui répondant, une querelle sérieuse était toujours imminente. Mais, pour lui bien faire connaître, une fois pour toutes, mon opinion, je lui déclarai, avant de prendre le parti d’un silence absolu, que, si jamais le roi m’appelait à faire par-
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lie d’un minislèrc, je mettrais pour condition à mon acceptation, en réclamant pour elle d’autres témoignages d’inlérét et de bonté, sa sortie immédiate du palais, où ses paroles battaient en brèche la monarcbie et sapaient l’édilice [)olitique dans ses fondements en égarant les esprits et altérant la confiance publique. Mais cette critique amère de la conduite politique de madame d’Escars n’empéchait pas une affection sincère et véritable; car je ne sais comment ou peut résister à la puissance du cœur et de l’esprit, réunis dans la même personne.
On jugera de mes sentiments pour elle par une plaisanterie délicate que je lui fis sons le voile de l’anonyme au premier de l’an. On suppose qu'avec le caractère de madame d’Escars les récits relatifs à . son séjour à Sainte-Marguerite sortaient souvent de sa bouche. J’imaginai de faire faire en relief, et avec ungrand soin, l'ile, le fort, les bois, d’y placer, indépendamment des soldats, deux femmes à la promenade et avec les vêtements que portaient habituellement madame d’Escars et sa fille, et on mil avec mystère cet ouvrage dans son appartement. Sa joie et sa reconnaissance furent grandes.
Une autre femme politique de l’époque, la duchesse de Duras, essaya de jouer un rôle. Elle était fille de M. de Kersaiul, capitaine de vaisseau dans
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la marine royale, ardent novateur et membre de la Convention nationale. M. le diic de Duras, premier gentilhomme de la chambre du roi, l’avait épousée à cause de sa grande fortune.
L’entraînement révolutionnaire de M. de Kersaint rendit plus remarquable son courage à défendre Louis XVI. Atteint d'une maladie grave, M. de Kersaint se fit porter à la Convention pour déposer son vole en faveur du malheureux roi. Après la catastrophe, il donna sa démission. Peu de temps après, il fut condamné par le tribunal révolutionnaire, et sa tète tomba sur l’échafaud. Sa fille, personne d’un esprit supérieur, animée des sentiments les meilleurs, présentait un contraste habituel entre les idées nouvelles, les intérêts et les nécessités de sa position. Le duc de Duras, très-honnète homme, était l’orgueil pei'sonnifié. Une rudesse habituelle lui paraissait la conséquence obligée de sa haute naissance. Deux êtres pareils pouvaient difficilement bien vivre ensemble: mais cependant la considération que donne un esprit supérieur uni à une conduite régulière et à une fortune considérable avait fait une position sociale élevée à madame de Duras, et son salon devint le siège de mille intrigues. Madame de Duras voulut créer des ministres et gouverner; mais son influence ne put se développer assez pour la satisfaire; et, quand les