‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 91 sur 178 · LIVRE XXII. - I8i5-i8îi · texte numérisé non relu

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mouvements continuels qu’elle se donna eurent amené au ministère l’homme de sa prédilection, l’objet de son culte, M. de Chateaubriand, elle eut la pénible mortification d’être repoussée et de devenir étrangère aux affaires. Sans être laide, elle était dépourvue d’agréments physiques et ne put jamais inspirer de passion; ainsi sa vie se composa d’impossibilités. Elle a peint ses souffrances dans trois ouvrages charmants, qui tous, par divers exemples, donnent l’idée de ce supplice.

Dans le premier, Ourika, une négresse, élevée dans le monde avec tous les agréments et les avantages moraux désirables, ne peut, à cause de sa couleur, prendre dans la société la place qu’elle ambitionne, et que l’illusion de son éducation lui avait fait croire pouvoir occuper.

Dans le second, Édouard, un bourgeois, devient amoureux d’une grande dame, et, malgré ses hautes qualités, il ne peut l’épouser.

Enfin dans le troisième, Olivier (qui ne fut pas imprimé, mais dont la lecture fut réservée à quelques amis), sujet singulier choisi par une femme vertueuse, un homme privé des facultés de son sexe, ayant éprouvé et inspiré de l'amour, et enveloppant dans le mystère ses motifs pour ne pas accepter la main de la personne qu’il aime, se tue au moment où cette femme, ne pouvant expliquer

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une conduite si extraordinaire, au désespoir de le voir souIlVir, s’offre à lui et lui propose de lui consacrer sa vie sans être dans les liens du mariage.

Madame de Duras me distingua, et bientôt des liens d’une sincère amitié nous réunirent. Son adoration pour M. de Chateaubriand fut payée d’une grande ingratitude; il s'éloigna d’elle au moment où une santé chancelante rendait plus nécessaires les soins de l’affection. Cette pauvre femme ipourut blessée au cœur par une conduite dont elle lui fit connaître la cruauté dans une lettre destinée à lui être remise après sa mort. Au surplus, le sort de M. de Chateaubriand était d'inspirer, par la beauté de son talent, des sentiments exaltés à plusieurs femmes d’un esprit distingué, sans compromettre cependant leur réputation; car, autre Olivier, mais Olivier philosophe, on assure qu’il est peu capable de tirer parti de leurs faiblesses. Madame de Duras a eu deux filles: l'une, dont le nom a été mêlé aux tentatives politiques de madame la duchesse de Berry, auxquelles elle a pris part, madame de la Bochejaquelein, a fait, malgré de grands avantages personnels, le tourment de sa mère, tandis que l’autre, la duchesse de Bauzan, pleine de qualités et de vertus, a fait sa consolation.

Madame de Staël vivait encore et réunissait loii-

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jours du monde; mais tout annonçait en elle une lin prochaine. Elle est si connue par son esprit, ses écrits et tout ce qu’on a publié sur son compte, qu’il est presque superflu d’en parler. Napoléon l’a grandie en la persécutant. Il est remarquable à quel point il redoutait son influence. Elle possédait, il est vrai, une puissance de parole et d’esprit extraordinaire, et sa convei’sation produisait presque toujours un entrainement universel.

Je la voyais, avant son exil, et, m’ayant pris en grande amitié, j’étais devenu un de ses habitués les plus assidus, chose qui peut-être avait dans ma position le mérite du courage. — Ses principes politiques étaient absolus et certainement fort dangereux. Elle a contribué, en 1814, à nous jeter dans les voies doctrinaires, où tout était spéculation, idéologie, théorie, incertitude. Malgré son esprit, on pouvait la combattre avec succès par une suite de raisonnements, sa logique peu sévère offrant à son adversaire des points d’attaque faciles à saisir. 11 fallait seulement l’empêcher de dénaturer la question, de changer le point de départ, moyen puissant quelle savait employer avec succès, quand elle était embarrassée. En la réduisant à des raisonnements réguliers et en se mettant en garde contre l'action de son imagination vive, brillante et féconde, on pouvait lui résister et même

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