‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 95 sur 178 · LIVRE XXII. — I«i3-i8i · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — I«i3-i8i

R«‘volulion, pour aller chercher les aventures et faire la guerre contre les Turcs dans l’armée russe. A la prise d’Ismaïlow. il monta à l’assaut d'une manière brillante. Resté en Russie, quand la Révolution SC fut développée en France, il y prit du service. 11 eut le commandement d’Odessa, qu’il administra avec sagesse et dont il est comme le créatetir. Jamais M. de Richelieu n’adopta les principes, les idées et les préjugés de l’émigration, son penchant et ses opinions le portaient plutôt du côté des idées nouvelles et libérales. Revenu en bVance à la Restauration, il resta en 1814 sans emploi, s’en tenant à sa charge de cour de premier gentilhomme de la chambre, dont l’année de service n’était pas arrivée. Il suivit le roi à Gand et revint à l’aris, où on jeta les yeux sur lui pour occuper la place de premier ministre. D’abord compris dans le ministère Talleyrand, comme ministre de la maison du roi, il avait refusé pour ne pas se trouver dans une position inférieure et pour éviter d’avoir Fouché pour collègue.

M. de Richelieu, connaissant peu la France, avait le sentiment de son ignorance des choses et des hommes. D’un esprit assez peu étendu, mais d’une conception facile, il réunissait à une grande défiance de lui-même un amour-propre très-irritable. Les meilleures intentions l’animaient; son

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amour du bien public, sa délicatesse et sa probité ne sauraient être placées trop haut; mais, irrésolu, indécis dans le choix de ses moyens, son incertitude sur la marche à suivre était augmentée par celle plus grande encore d’un homme fort vertueux, qui exerçait sur lui un grand empire. M. Lainé, depuis entré dans son ministère.

M. de Richelieu m’a donné l’idée d’un homme auquel on imposerait la tâche de parcourir dans l’obscurité une longue suite d’appartements dont il ne connaîtrait la distribution que d’une manière imparfaite. Cet homme marcherait à droite, à gauche, reviendrait sur ses pas, franchirait une porte, puis s’arrêterait pour essayer de s’orienter. Tel était M. de Richelieu en politique. Son caractère honorable et modéré inspirait l'estime et la confiance, sa mort a été un malheur. Un homme comme lui ne sauve pas un pays, mais il l’empêche de périr tel jour et à telle heure. 11 est un point d’arrêt, et donne du répit en appelant la confiance des honnêtes gens. S’il eût vécu, peut-être fùt-il rentré aux affaires à l’époque du ministère Martignac. Alors ce ministère aurait eu un centre, un point d'appui, et cette administration, misérable par le peu de force des gens qui la composaient, aurait peut-être pris quelque consistance et quelque dignité.

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