LIVRE XXII. - isi5-isîi
tirer parti pour son propre compte. On peut avoir une idée des lumières de M. Duboiichage et de son esprit de courtisanerie par le fait suivant. Il imagina d’établir l'école des aspirants de la marine dans la ville d’Angoulême, uniquement à cause du nom que portait M. le duc d’.\ngoulèine, grand amiral. Les hommes les moins éclairés savent que l'on ne saurait trop tôt accoutumer à la mer les jeunes gens destinés à ce service. L’habitude des choses ne saurait être donnée de trop bonne heure; et, en vérité, il serait plus convenable de faire accoucher les mères des marins à bord des vaisseaux, que de voir les jeunes gens y monter pour la première fois à dix-huit ans. Mais M. Duboiichagc aimait mieux recevoir une expression de faveur de cour que d’avoir la conscience d’une action utile.
Je finirai d’esquisser ce tableau en essayant de faire le portrait de M. Decazes, appelé, peu après la formation de ce ministère, à en faire partie.
M. Decazes appartient par sa naissance à la classe bourgeoise; sa carrière a été la magistrature. Né avec de l’esprit, de l’activité et de l’ambition, trop jeune pour avoir joué un rôle pendant la Révolution, il a commencé à êtroquelque chose seulement sous l’Empire, en s’approchant de la famille impériale. Il occupa le poste modeste de secrétaire des commandements de Madame-Mère. Né dans le Midi,
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OÙ les opinions bourboniennes s étaienl déclarées avec force, il fut favorable à la Reslauralion. Sans être entré dans les intrigues qui l’ont appelée, il servit lidèlemenl les Bourbons en 1814. A l’époque du 20 mars et pendant les Cent-.Iours, il leur montra un grand dévouement. An retour du roi, fort vanté pour son activité et les sentiments qui ranimaient, il fut fait préfet de police. La méfiance inspirée par Fouché, son chef, ajouta à son importance, et bientôt des rapports immédiats s’établirent entre lui et le roi. M. Decazes plut au roi; son esprit vif, son adresse, les efforts qu’il fit pour satisfaire sa curiosité et l’amuser devaient le faire réussir. Il affichait pour la capacité supérieure de Louis XVIll une admiration sans bornes, et eut grand soin, pendant toute sa faveur, de faire comprendre au roi <jue, n’étant et ne pouvant être, en affaires politiques, que son élève, ses succès étaient entièrement son ouvrage. Le genre de flatterie réussit toujours auprès des souverains. Moins la force de leur caractère et l’étendue de leurs facultés leur donnent les moyens de gouverner, plus ils tieuiu'ut à paraître les posséder. Aussi, quand ceux qui portent le fardeau leur rapportent tout, ils sont bientôt l’objet de leur affection la plus tendre. Le prince les identifie avec lui-même.
M. Decazes, comme homme privé, est doué de