LIVRE XXII
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beaucoup de qualités. Sou cœur est chaud, fidèle à l’amitié et serviable; son caractère est loyal. Son esprit, un peu léger, l’empêche souvent de réfléchir assez mûrement avant d’agir. Ses opinions sont modérées, et il comprend le pays en homme sensé. Peutêtre n’a-t-il pas vu d’assez haut la nécessité de créer de grandes existences politiques et de donner plus de consistance aux provinces pour suppléer à l’insu Aisance de l’aristocratie. Arrivé très-jeune et trop vite aux affaires, s'il fût venu au pouvoir avec plus d’expérience, il aurait beaucoup mieux fait. Il eut tort de se brouiller avec l’héritier du trône. Cette faute impardonnable lui a suscitédes obstacles et des embarras de toute espèce dont il est impossible de se figurer l’étendue. S’il se fût appliqué à lui plaire, il eût réussi; mais il rompit en visière quand des iM'gociations l’auraient sauvé, et, après avoir rompu, il ménagea un parti qui voulait le peixlre et qu’il eût dû alors écraser. On en jugera à l’occasion des affaires de Lyon. Sa marche fut incertaine quand il eût fallu tout briser; et elle fut trop tranchée et trop décidée au moment où il eût été sage de louvoyer pour éviter de se faire des ennemis. Une immense fortune aurait pu être son partage, et, l’ayant dédaignée, il est sorti des affaires avec des <lettes. Il a une tournure élégante, une fort belle ligure, une élocution fiicile. Ses amis lui sont restés
Sif* MÉMOItlKS DU DK; DK KAGUSE.
lidèlcs dans loutes ses différentes fortunes. Je n’ai jamais cessé d’élre du nombre, parce que je lui ai trouvé des qualités de cœur toujours rares à rencontrer. 11 chercha à se créer un appui dans M. le duc d’Angoulême, et fit de grands efforts pour lui plaii e; mais il en obtint peu de secours au moment où arriva la crise qui l’a renvereé.
Voilà quels étaient les collaborateurs de M. de Hichelieu dans sou premier ministère. Les travaux politiques du reste de l’année se bornèrent à la formation des listes destinées à être annexées aux ordonnances de proscription, à l’établissement des catégories pour l’armée, et à deux lois rendues, une sur la liberté individuelle, et l’autre sur les cris séditieux. La première fut l’objet de vifs débats, et j’y pris part à la Chambre des pairs. On sentait le besoin d’investir le gouvernement de pouvoirs plus étendus; mais le développement qui leur fut donné devait faire frémir. La faculté de faire arrêter, transmise à tout ce qui était officier de police judiciaire, descendait si bas. que c’était renverser l’ordre de la société. Je crojais nécessaire de donner le droit d’arrestations arbitraires aux ministres sur leur responsabilité, et c’est l’opinion que jesoutins de tontes mes forces. On applaudit à mes paroles, mais le résultat ne fut pas conforme à mes espérances. Vinrent ensuite les condamnations