‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 19 sur 61 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le carabinier. — On sc prépare à livrer bataille. — Dispositions. — Attaque générale. — Bataille d’Austerlitz. — Les Russes sont culbutés sur tous les points. — Sollicitude de l’empereur pour les blessés.

Napoléon congédia le prince Dolgorouki; je restai en arrière pour dire adieu à: celui-ci, et lui demander s’il avait besoin de quelque chose pour regagner les avant-postes russes; je le fis accompagner par un officier de notre grand’garde jusqu’à la communication avec les vedettes russes.

Il me dit en nous séparant : « On veut la guerre « chez vous , nous la ferons en braves gens. » Je lui répondis que je craignais qu’il n’eût à se reprocher d’avoir changé dès dispositions que je savais excellentes; que cela serait malheureux, parce que non seulement l’armée russe serait battue , mais détruite , et qu’il aurait dû faire attention que c’était son maître qui la commandait en personne. II répliqua : « Je n’ai dit que ce qu’il

« m’a ordonné de dire ; après cela il faut bien

« parler. — Alors, lui dis -je, nous ne tarderons « pas à avoir de la tablature ; » et je le quittai.

L’empereur me faisait déjà rappeler pour lui répéter à satiété tout ce que je, lui avais dit; il s’en allait disant : « Mais il faut que ces gens-là « soient fous de me demander d’évacuer l’Italie, « lorsqu’ils sont dans l’impossibilité de m’arra- « cher Vienne. Quels projets avaient-ils donc, «et qu’auraient -ils fait* de la France, si j’avais « été battu ? Par ma foi , il en arrivera ce qu’il « plaira à Dieu; mais avant quarante-huit heures « je la leur aurai donné bonne. »

Tout.en parlant ainsi, il revint à pied jusqu’au premier poste d’infanterie de son armée; c’étaient des carabiniers.du dix -septième léger. L’empereur était irrité, et il témoignait sa mauvause humeur en frappant de sa cravache les mottes de terre qui étaient sur la route. La sentinelle, vieux soldat, l’écoutait, et s’étant misà l’aise, il bourrait sa pipe, ayant son fusil entre ses jambes. Napoléon, en passant près de lui,

dit en le regardant : « Ces b -là croient qu’il

« n’y a plus qu’à nous avaler ! » Le vieux soldat se mit aussitôt de la Conversation : « Oh ! oh ! « répliqua-t-il , ça n’ira pas comme ça, nous nous f. en travers. »

Ce bon mot fit rire l’empereur, et reprenant un air serein, il monta à cheval, et rejoignit le quartier-général.

Il ne s’occupa plus que des dispositions pré-

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paratoires de la bataille , qu’il ne voulut plus différer. Bernadotte venait de le joindre avec deux divisions d’infanterie ; Soult en avait trois; le maréchal Lannes en avait deux; les grenadiers réunis, une forte; la garde à pied, une. Le maréchal Lannes en avait une à portée ; l’empereur avait , outre sa cavalerie légère , trois divisions de dragons, deux de cuirassiers, les deux régimens de carabiniers avec la garde à cheval.

Il fît apporter sur le terrain en abondance toute espèce de subsistances et de munitions de guerre, tirées des magasins de Brunn.

Nous étions au dernier jour de novembre i8o5 ; le lendemain, icr décembre, il plaça luimême toutes les divisions de son armée; il connaissait son terrain aussi bien que les environs de Paris. En faisant ses dispositions: « Que n’ai- «je mon Ney, nous dit-il, pour en donner à

« ces b -là! ».Le maréchal Ney, comme on Fa

vu plus haut, se trouvait alors en Tyrol.

Le maréchal Davout (x) était à l’extrême droite, en échelons, sur la communication de Brunn à Vienne, par Nicolsbourg. Sa division de gauche

(l)On remarquera facilement que l’auteur nomme souvent un maréchal pour indiquer son corps d’armée , et un général de division pour indiquer la division commandée par ce général.

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était .commandée par le général Friant; c’était celle-là qui agissait avec nous.

Le maréchal Davout était séparé du corps du maréchal Soult par des étangs qui présentaient de longs défilés étroits, et d’une difficile communication.

Le maréchal Soult avait ainsi la droite de la partie de l’armée qui était opposée à l’armée russe.

Sa division de droite était celle du général Legrand, qui joignait juste les étangs qui le séparaient du général Friant. A la gauche du général Legrand, était la division Saint-Hilaire, et à la gauche de celui-ci, celle du général Vandamne.

En deuxième ligne, derrière le maréchal Soult, était d’abord la division des grenadiers réunis» et à leur gauche les deux divisions du maréchal Bernadotte.

À gauche du maréchal Soult, sur une configuration de terrain un peu plus avancé , était le corps du maréchal Lannes, ayant sa première division ( celle du général Caffareli ) à la droite du chemin d’Olmutz à Brunn , et sa deuxième division (celle du général Suchet) appuyée par sa droite au même chemin , et de sa gauche au centon dont j’ai parlé plus haut.

L’infanterie de la garde était la réserve naturelle du maréchal Lannes. Comme le terrain à

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notre gauche paraissait offrir un grand développement, on jugea convenable de ne pas en éloigner la cavalerie; on mit d’abord la cavalerie légère à là droite du maréchal Lannes; elle n’y incommodait nullement le corps du maréchal Soult , qui se trouvait sur un vaste plateau , un peu en arrière et à droite.

Derrière la cavalerie légère , on plaça les dragons.

Les cuirassiers restèrent encore ce jour -là près du corps du maréchal Soult avec la garde à cheval.

L’empereur passa sa journée entière à cheval , à voir lui-même son armée régiment par régiment. Il parla à la troupe ; il vit tous les parcs, toutes les batteries légères ; donna les instructions à tous les officiers et canonniers. Il alla ensuite visiter les ambulances et les moyens de transport pour les blessés.

Il revint dîner à son bivouac , et y fit appeler tous ses maréchaux : il les entretint de tout ce qu’ils devaient faire le lendemain , et de tout » ce qu’il était possible que les ennemis entreprissent.

On aurait pu écrire un volume de tout ce qui sortir de son esprit dans ces vingt - quatre heures.

On avait vu dans toute l’après-midi l’armée

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russe arriver et prendre des positions très-rapprochées de notre droite.

L’empereur était prêt dans les deux hypothèses , ou de recevoir l’attaque de l’ennemi , ou de l’attaquer lui-même.

Le soir, c’était le i* décembre , il s’engagea à notre extrême droite un tiraillement qui se prolongea assez tard pour donner de l’inquiétude à l’empereur. Il avait déjà envoyé plusieurs fois savoir d’où il provenait ; il me fit appeler et m’ordonna d’aller jusqu’à la communication entre la division du général Legrand et celle du général Friant, et de ne pas revenir sans connaître ce que faisaient les Russes , ajoutant que ce tiraillement devait couvrir quelque mouvement.

Je n’eus pas bien loin à aller ; car , à peine arrivé à la droite de la division Legrand , je vis son avant-garde qui était repoussée d’un village placé au pied de la position des Russes , qui avaient voulu s’en emparer pour déboucher de là sur notre droite; la nature du terrain favorisait leur mouvement , qui était déjà commencé lorsque j’arrivai.

Il faisait un beau clair de lune ; cependant ils ne continuèrent pas ce mouvement à cause de la nuit qui s’obscurcit bientôt : ils se contentèrent de s’amoncéler sur ce point , de manière à se déployer rapidement à la pointe du jour.

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Je revins à toutes jambes rapporter ce que j’avais vu ; je trouvai l’empereur couché sur la paille et dormant profondément sous une baraque que les soldats lui avaient faite , si bien que je fus obligé de le secouer pour le réveiller. Je lui fis mon rapport ; il me fit répéter , envoya chercher le maréchal Soult, et monta à cheval pour aller visiter lui-même toute sa ligne et voir le mouvement des Russes sur sa droite ; il en approcha aussi près que possible. En revenant à travers les lignes du bivouac , il fut reconnu par les soldats , qui allumèrent spontanément des torches de paille : *cela se communiqua d’un bout de F armée à l’autre : dans un instant, il y eut une illuminatioii générale , et des cris de vive T empereur qui s’élevaient jusqu’aux nues.

L’empereur rentra fort tard , et quoiqu’il continuât à prendre du repos , il ne fïit pas sans inquiétude sur ce que pourrait devenir le mouvement de sa droite pour le lendemain.

Il était éveillé et debout à la pointe du jour , pour faire prendre en silence les armes à toute l’armée.

Il y avait un brouillard très -épais, qui enveloppait tous nos bivouacs au point de ne pouvoir distinguer à dix pas. Il nous fut favorable, et nous donna le temps de nous disposer; cette armée avait été si bien dressée au camp de Bou-

logne, quQ l’on pouvait compter sur le bon état dans lequel chaque soldat tenait son armement et son équipement.

A mesure que le jour arrivait , le brouillard paraissait se disposer à remonter. Le silence jusqu’à l’extrémité de l’horizon était absolu ; on n’eût jamais pensé qu’il y avait autant de monde et de foudres enveloppés dans ce petit espace.

L’empereur me renvoya encore à l’extrême droite pour observer le mouvement des Russes : ils commençaient à déboucher sur le général Legrand , comme j’arrivais, près de lui ; mais le brouillard empêchait de bien juger le mouvement.

3e revins en rendre compte. Il était à peu près sept heures du matin ; le brouillard était déjà assez remonté pour que je n’eusse plus besoin de suivre la ligne des troupes pour ne pas m’égarer (on était à deux cents toises des Russes).

L’empereur voyait toute son armée , l’infanterie et la cavalerie formées en colonnes par divisions.

Tous les maréchaux étaient près de lui et le tourmenteiant pour commencer : il résista à leurs instances jusqu'à- ce que l’attaque des Russes se fût plus prononcée à sa droite ; il avait fait dire au maréchal Davout d’appuyer le général Legrand, qui bientôt après fut attaqué

et eut toute sa division engagée. Lofsque l’empereur jugea à la vivacité du, feu que l’attaque était sérieuse , il fit partir tous les maréchaux et leur ordonna de commencer.

Cet ébranlement de toute l’armée à la fois eut quelque chose d’imposant; on entendait les commandemens des officiers particuliers. Elle marcha comme à la manœuvre jusqu’au pied de la position des Russes , en s’arrêtant parfois pour rectifier ses distances et ses directions. Le général Saint-Hilaire attaqua de front la position russe qu’on appelle dans \e pays montagne du Pratzer. 11 y soutint un feu de mousqueterie épouvantable , qui aurait ébranlé un autre que lui. Ce feu dura deux heures , il n’eut pas un bataillon qui

ne fût déployé et engagé.

Le général Yandamme , qui avait un peu plus d’espace à parcourir pour joindre l’ennemi au feu , arriva sur lui en colonne, le culbuta, et fut ■maître de sa position et de son artillerie en un instant.

L’empereur fit de suite marcher une des divisions du marécharBernadotte derrière la division Yandamme, et une portion des grenadiers réunis derrière celle de Saint-Hilaire. Il envoya ordre au maréchal Lannes d’attaquer promptement et vivement la droite des ennemis, afin qu’elle ne vînt point au secours de leur gauche ,

qui se trouvait totalement engagée par le mouvement de l’empereur.

La portion de l’armée ennemie qui avait commencé son mouvement sur le général Legrand voulut rétrograder et remonter le Pratzer ; le général Legrand la suivit de si près , appuyé de la division Friant (du maréchal Davout ) f qu’elle fut forcée de combattre comme elle se trouvait placée , sans oser reculer ni avancer.

Le général Vandamme, dirigé par le maréchal Soult, et appuyé d’une division de Bernadotte, fit un changement de direction par le flanc droit pour attaquer , en les débordant , toutes les troupes qui étaient devant la division Saint-Hilaire.

Ce mouvement réussit pleinement, et les deux divisions Saint-Hilaire et Vandamme, réunies sur le Pratzer même par ce mouvement, n’eurent plus besoin des secours de la division Bernadotte; elles firentun deuxième changement de direction par leur flanc droit , et descendirent du Pratzer pour attaquer en queue toutes les troupes qui étaient opposées au général Legrand. Ces troupes quittèrent , pour attaquer les Russes , la position d’où ceux-ci étaient descendus pendant la nuit précédente pour attaquer le général Legrand; elles avaient ainsi parcouru le demi - cercle complet.

L’empereur fit appuyer ce mouvement par les

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grenadiers réunis et la division de la garde à

pied ; il eut un plein succès et décida la bataille.

Le général Vandamrae , en commençant son premier changement de direction à droite, eut un échec. Le 4e régiment de ligne perdit une de ses aigles dans une charge de cavalerie exécutée sur lui par la garde russe ; mais les chasseurs de la garde et les grenadiers de service près de l’empereur chargèrent si à propos, que cet accident n’eut pas de suites.

C’est après le deuxième changement de direction à droite de la même division Yandamme , alors en communication avec Saint-llilaire, que l’empereur ordonna à celle des divisions de Bernadotte qui suivait le mouvement d’aller droit devant elle , et de ne plus suivre la direction de Yandamme. Cette division le fit ; elle combattit l’infanterie de la garde russe, l’enfonça et la mena battant une bonne lieue : mais elle revint à sa position , on ne put savoir pourquoi. L’empereur , qui avait suivi le mouvement de la division Yandamme , fut fort étonné , en revenant le soir, de trouver cette division de Bernadette sur la place d’où il l’avait lancée lui - même le matin. On va voir s’il avait lieu d’être mécontent du mouvement rétrograde de cette division.

La gauche de notre armée, sous les ordres du maréchal Lannes , et où était toute notre cava-

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lerie aux ordres du maréchal Murat , avait enfoncé et mis en fuite toute la droite de l’armée russe, qui, à la nuit tombante, prit la route d’Austerlitz pour se rallier au débris de l’autre portion de cette armée que le maréchal Soult avait combattue. Si la division du maréchal Bernadotte eût continué à marcher encore une demi-heure, au lieu de revenir k sa première position , elle se serait trouvée à cheval sur la route d’Austerlitz à Olitsch , où la gauche de l’armée russe faisait sa retraite. En empêchant ce mouvement, elle complétait sa destruction.

Toute la journée fut une suite de manœuvres dont pas une ne manqua , et qui coupèrent l’armée russe , surprise dans un mouvement de flanc , eu autant de tronçons qu’on lui présenta de têtes de colonnes pour l’attaquer.

Tout ce qui était descendu du Pratzer pour attaquer les généraux Legrand et Friant fut pris sur place , par le résultat des mouvemens des divisions Saint-Hilaire et Vandainme dirigées par le maréchal Soult (i).

En résumé , il nous resta , avec le champ de bataille , cent pièces de canons et quarante-trois

(i) C’est dans ce moment que l’empereur envoya du cliamp de bataille , son aide-de-camp Lebrun , porter la nouvelle du succès à Paris, et qu’il envoya également un officier à l’électeur de Bavière et à celui de Wurtemberg.

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mille prisonniers de guerre , sans compter les blessés et les tués qui restèrent sur le terrain ; il était difficile de voir une journée plus victorieuse et plus décisive.

L’empereur revint le soir tout le long de la ligne où les différens régimens de l’armée avaient combattu. Il était déjà nuit; il avait’recom mandé le silence à tout ce qui l’accompagnait, afin d’entendre les cris des blessés; il allait tout de suite de leur côté , mettait lui-même pied à terre, et leur faisait non e un verre d’eau-de-vie dë la cantine qui le suivait toujours. Je fus avec lui toute cette nuit, pendant laquelle il resta fort tard sur le champ de bataille; l’escadron de son escorte l’y passa tout entière à ramasser des capotes russes sur les morts , pour en couvrir les blessés. Il fit lui-même allumer de grands feux auprès desquels il les fit réunir, envoya cher- • cher partout un commissaire des guerres, et ne se retira point qu’il ne fût arrivé. Lui ayant laissé un piquet de sa propre escorte, il lui enjoignit de ne pas quitter ces blessés qu’ils ne fussent tous à l’hôpital.

Ces braves gens le comblaient de bénédictions qui trouvaient bien mieux le chemin de son cœur que toutes les adulations des courtisans. C’est ainsi qu’il s’attachait le cœur de ses soldats, qui savaient que, quand ils étaient mal, ce n’é-

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tait pas sa faute ; aussi ne s’épargnaient-ils pas à son service.

La nuit était si noire que nous nous égarâmes en revenant au quartier-général, et que si nous ne fussions pas tombés dans les bivouacs de la division Caffarelli, je ne sais où nous aurions été.

L’empereur vint passer la nuit dans une mauvaise chaumière située sur le chemin de Brunn , au'point où il s’embranche avec celui d’Austerlitz. Il était extrêmement fatigué; mais il était en même temps si satisfait de la manière dont tout le monde avait fait son devoir, qu'il fut d’une humeur charmante : il ne refusait rien de ce qu’on lui demandait. Il fit souper avec lui tout ce qui était là. Quand je dis souper, je veux dire qu’on se mit à table , et que ce furent les soldats qui étaient dans les environs qui fournirent quelques provisions. Les gens de l’empereur le cherchaient sur le champ de bataille et n’arrivèrent qu’après qu’il fut endormi. Il avait ordonné que dès la pointe du jour, la cavalerie battît la campagne pour voir dans quelle direction les Russes s’étaient retirés. Ces reconnaissances, si nécessaires à la guerre, se faisaient toujours mal dans notre armée; cette fois-ci surtout le maréchal Murat manqua nous faire faire une grande faute : il rendit compte à l’empereur que l’armée russe était venue dans la nuit reprendre le chemin

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d’Olmutz. On le crut d’autant mieux que leur

ligne d’opérations passait par cette route et que tous leurs bagages et munitions étaient encore dans cette place. D’après ce rapport, l’empereur fait prendre la route d’Olmutz à toute la cavalerie et au corps du maréchal Lannes, et fait manœuvrer le reste de l’armée en conséquence. U avait de même envoyé ordre au maréchal Davout de réunir la division Friant à celle du général Gudin , et de marcher sur Goding où se trouve un pont sur la Marche, rivière forte comme la Marne, c’est-à-dire, de vingt à vingt-cinq toises de large , qui sépare la Moravie de la Hongrie. Mais l’officierporteurde cetordre avait été obligé de prendre sa route par firunn, parce qu’on n’avait pas encore d’autres communications ouvertes entre notre droite et le maréchal Davout.

Pendant que l’armée se mettait en mouvement, l’empereur monta à cheval et se fit suivre par toute sa garde à cheval. Il prit le chemin d’Austerlitz, allant comme à son ordinaire de hauteur en hauteur, et envoyant des officiers partout où il ne pouvait pas aller : il arriva dans le bourg d’Austerlitz, demanda à qui appartenait le château. On lui répondit : Au prince de Kaunitz. C’était le premier que nous trouvions, en Moravie, qui n’appartînt pas au prince de Lichtenstein. Il fit venir le bourgmestre concierge

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du château, et apprit d’eux que les empereur^ de Russie et d’Autriche avaient passé la nuit au château d’Austerlitz, d’où ils étaient partis le matin même, c’est-à-dire, il y avait qùatre ou cinq heures, par la route d’Olitsch. L’armée avait pris la même direction.

L’empereur rompit là l’entretien, laissa échapper quelques expressions d’humeur contre te maréchal Murat , et envoya ordre à la cavalerie et aux troupes .qui avaient été dirigées sur Qlmutz, de venir prendre la route d’Olitsch. Ce mouvement rétrograde fut long et employa du temps, en sorte que la journée fut à peu près perdue. Elle l’aurait été complètement, s’il n’eût pas envoyé sa garde à cheval avec M. de Thiars pour lui chercher ce qu’était devenu l’ennemi. Cet officier revint au bout d’une heure , ayant trouvé les Russes postés à très peu de distance. L’empereur envoya quérir les troupes les plus voisines, c’étaient celles de Bernadotte, et les fit marcher vers le point où M. de Thiars avait laissé l’ennemi.

Pendant que ce corps défilait dans Austerlitz et en attendant le retour des maréchaux Lannes et Murat , l’empereur entra au château où il établit son quartier-général. On y trouva un courrier autrichien , expédié de Vienne par M. de Stadion au ministre des afFaires étrangères d’Au-

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triche. Il fut pris avec ses dépêches et sa valise , faute de chevaux pour suivre le quartier-général au moment où celui-ci était parti. L’empereur en rompant le cachet de toutes ces dépêches était furieux de ce que M. de Stadion abusait de sa position pour donner à son souverain des nouvelles étrangères à l’objet de sa mission, et entretenir une autre correspôndance que celle qui est autorisée en pareil cas. On n’avait vu passer ce courrier à aucun de nos quartiers-généraux, et cependant M. de Stadion, en sa qualité de plénipotentiaire, ne pouvait pas employer d’autres voies.

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