CHAPITRE XVII
L’empereur d’Autriche demande une entrevue. — Motifs de Napoléon pour l’accepter. — Entrevue. — Mission dont je suis chargé près de l’empereur d’Autriche. — Ce souverain m’envoie au quartier-général de l’empereur de Russie. — Convention avec l’empereur Alexandre. —Opération du maréchal Davoul après la bataille d’Austerlitz.
Nous étions au 3 décembre, lendemain de la bataille; il était déjà assez tard, lorsque le prince Jean de Lichtenstein arriva au château d’Austerlitz, chargé d’une commission de son maître pour l’empereur. Il fut assez long-temps avec lui, et s’en retourna; nous sûmes le soir qu’il était venu témoigner le désir d’une entrevue, que l’empereur avait acceptée.
Les empereurs d’Autriche et de Russie étaient dans une position délicate par la direction de retraite que les événemens de la journée du a les avaient forcés de faire prendre à leur armée. Ils n’avaient de point de passage sur leur marche que le pont de Goding à Olitsch. Le corps du maréchal Dayout se trouvait plus près de ce
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point que les débris des armées russe et autrichienne qui devaient s’y retirer, et les alliés croyaient le maréchal Davout beaucoup plus fort qu’il n’était réellement, en sorte qu’il ne leur restait de moyen de salut que l’entrevue qu’ils demandaient.
D’un autre côté, Davout ignorait encore les résultats de la journée du a , et par conséquent l’état réel dans lequel les ennemis se trouvaient ; néanmoins il faisait ses dispositions d’attaque, et essaya même de forcer les défilés qui le séparaient de Goding.
L’empereur Napoléon, qui était le seul qui connût l’état des choses, n’était pas sans inquiétude sur le résultat de l’attaque dont il avait chargé Davout, parce qu’il voyait bien qu’il était inférieur en force aux ennemis. Une regarda plus la retraite de ceux-ci comme impossible; dès-lors il considéra que les Prussiens étaient pressés d’entrer en lice., et qu’ils avaient une armée réunie à un corps russe à Breslau ; en outre il avait su, par les dépêches interceptées de M. de Stadion , que l’archiduc Charles était arrivé sur le Danube, tandis que l’armée d’Italie , commandée par Masséna, était encore fort loin au-delà des Alpes-Juliennes : il n’était donc pas impossible que toutes ces armées réunies ne combinassent un mouvement qui l’aurait obligé à courir
DU DUC DE ROYIGO. aig
de nouvelles chances qui pouvaient compromettre les succès d’Austerlitz. Dans cette situation il accepta ce que la fortune lui présentait. Les alliés lui proposèrent une entrevue pour gagner du temps; dans le fait, l’empereur faisait un meilleur marché..
On peut ajouter qu’il n’y a nul doute que, si les empereurs de Russie et d’Autriche eussent reçu les dépêches de M. de Stadion , ils n’auraient pas demandé l’entrevue.
Le prince Jean revint le lendemain dans la matinée prendre les ordres de l’empereur, qui s’en rapporta à tout ce qu’il réglerait. Le 4> à neuf heures du matin , nous partîmes tous avec l’empereur et la garde à oheval , pour aller par la grande route d'Olitsch à un moulin qui était devant les avant-postes de Beroadotte, à environ trois lieues d’Austerlitz: nous y arrivâmes les premiers ; l’empereur fit faire des feux , et attendit. La garde à cheval se tint en bataille à deux cents pas en arrière. •
L’on ne tarda pas à annoncer l’empereur d’Autriche, qui arriva en calèche, accompagné des princes Jean Lichtenstein , Maurice Lichtenstein, de Wùrtemberg, de Schwartzemberg , et des généraux Kienmayer, Bubna et Stutterheim, ainsi que de deux officiers supérieurs de hulans. Il y avait avec l’empereur d’Autriche une escorte
de cavalerie hongroise qui resta, ainsi que l’avait •fait la nôtre , à environ deux cents pas du lieu où l’on se voyait.
L’empereur Napoléon, qui était à pied, alla à la rencontre de l’empereur d’Autriche , depuis le lieu où était le feu jusqu’à la calèche, et l’embrassa en l’abordant.Leprince Jean Lichtenstein descendit de la même voiture, et suivit l’empereur d’Autriche auprès du feu de l’empereur; il y resta pendant toute l’entrevue, comme le maréchal Berthier resta auprès de l’empereur. Toutes les autres personnes de la suite des deux souverains étaient ensemble près d’un même feu, qui n’était séparé de celui des empereurs que par le grand chemin. J’étais à ce feu; notre conversation ne roula que sur les évôncmens de la bataille , nous nous étudiâmes à ne rien dire qui pùt choquer pour ces messieurs.
Je ne sais pas ce qui se dit au feu des empereurs , nous étions aussi curieux de l’apprendre que les Autrichiens qui étaient au même feu que nous ; nous ne pûmes le pénétrer ni les uns ni les autres. Toutefois il nous parut qu’on y était d’une belle humeur: on y riait, ce qui nous parut à tous d’un bon augure. Effectivement , au
bout d’une ou deux heures , les deux souverains
se séparèrent en s’embrassant. Chacun de nous courut à son devoir, et j’entendis, en m’appro-
chant, que l’empereur Napoléon disait à celui d’Autriche : « J’y consens, mais Votre Mate jesté me promet de ne plus me faire la guerre. « — Non , je vous le jure , répondit l’empereur « d’Autriche : et je tiendrai ma parole. »
Je ne sais à quelle occasion cela se disait j mais je l’ai entendu , et je le répète , parce que l’empereur me l’a souvent raconté depuis.
Le jour finissait lorsque les deux empereurs se séparèrent et reprirent chacun le chemin de leurs armées respectives ; nous suivimes l’empereur , qui s’en allait au petit pas de son cheval , pensant à ce qu’il venait de dire et à ce qu’il voulait faire.
Il m’appela , et, sans me parler des antécédens, il me dit : « Courez après l’empereur d’Autriche , « dites-lui que je vous ai chargé d’aller attendre « à son quartier-général l’adhésion de l’empe- « reur de Russie, en ce qui le concerne , à tout ce « qui vient d’être conclu entre nous. Lorsque « vous aurez cette adhésion , vous vous rendrez « au corps d’armée du maréchal Davout, et vous « arrêterez son mouvement en lui disant ce qui « s’est passé. »
Ceci est trop important pour n’être pas bien circonstancié.
Je courus après l’empereur d’Autriche, et dès que je lui eus fait connaître ma mission , il
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me permit de l’accompagner à son quartier-général, qui était placé à peu de distance delà, dans un domaine à lui. Nous ne tardâmes pas à y arriver , et quoiqu’il ne fît pas encore trèsnuit, je n’aperçus presque point de troupes, ce qui m’étonna beaucoup.
L’empereur me fit servir un très-bon souper dont plusieurs généraux autrichiens me firent les honneurs. J’entendais parler dans la maison d’une affaire qui avait eu lieu le matin (ce ne pouvait être qu’avec le maréchal Davout ). On avait été un moment inquiet de l’issue qu’elle pouvait avoir; mais on ajoutait qu’aussitôt que le général français ( Davout) avait reçu la lettre de l’empereur Alexandre, il avait cessé l’attaque.
Tout cela était une énigme pour moi; et l’empereur Napoléon n’en savait pas davantage. Lorsqu’il était venu à l’entrevue qu’on lui avait demandée, il se doutait bien que le maréchal Davout attaquerait, mais comme l’on passait encore par Brunn pour communiquer avec lui, on ne pouvait pas en avoir de nouvelles si tôt.
Après le souper , l’empereur d’Autriche fit appeler le général Stutterheim , et lui donna ses ordres ; puis me faisant introduire, il me dit d’accompagner ce général , qu’il envoyait à l’empereur de Russie que je connaîtrais bien mieux la réponse qu’il ferait aux propositions dont il char-
geait le général Stutterheim de lui donner connaissance; et que de là je serais plus à portée de passer dans le corps d’armée du maréchal Davout, qui était très rapproché.
Je pris congé, et partis avec le général Stutterheim ; nous allâmes à Goding , où tout était dans l’émoi et la confusion ; les troupes russes pliaient bagage. Nous trouvâmes des sapeurs russes qui déjà détruisaien t le pont; leurs troupes étaient encore sur la rive droite , le général Stutterheim fut obligé de les renvoyer. De Goding à Ilollitsch il n’y a qu’une demi-lieue au plus ; l’empereur de Russie y était arrivé la veille au soir, et quoiqu’il ne fût que quatre ou cinq heures du matin , il était déjà debout. Il était logé au château et avait avec lui le prince Czartorinski.
Il reçut d’abord le général Stutterheim, qui l’informa de tout ce qu’il avait vu, et s’acquitta de la mission qu’il avait reçue de l’empereur d’Autriche.
Je me rappelle que j’éprouvai un mouvement de méfiance en attendant au château d’Hollitsch le moment de voir l’empereur Alexandre. Je ne pouvais comprendre pourquoi l’empereur de Russie n’avait pas été à l’entrevue avec l’empereur d’Autriche; je me rappelais qu’il n’avait pas accepté celle que l’empereur lui avait pro-
posée avant la bataille , prétextant, entre autres choses , que l’empereur d’Autriche était trop éloigné pour communiquer avec lui avant de se rendre à cette entrevue. Là ils étaient ensemble lorsque l’empereur d’Autriche était venu voir l’empereur Napoléon ; il avait de plus besoin de connaître ce qui aurait été conclu entre eux : s’il m’avait dit vrai, il désirait ardemment aplanir les difficultés, terminer tous les différends , et avec tout cela il netait pas venu à l’entrevue. Il y avait laissé aller l’empereur d’Autriche tout seul.
J’en cherchai la cause et ne tardai pas longtemps à la trouver ; je vais la dire tout à l’heure.
Le général de Stuttcrheim sortit du cabinet de l’empereur Alexandre : je fus introduit; il était à peine jour et nous conversâmes à la bougie.
Alexandre parla le premier, et me dit : « Je a suis bien aise de vous revoir dans une occa- « sion aussi glorieuse pour vous : cette journée « ne gâtera rien à toutes celles de la carrière mi- « litaire de votre maître. C'est la première bâte taille où je me trouve, et j’avoue que la rate pidité de ses manœuvres n’a jamais laissé le * temps de secourir aucun des points qu’il a suctc cessivement attaqués; partout vous étiez deux « fois autant de monde que nous. »
Réponse. « Sire , Votre Majesté a été mal infor- « mée; car, en totalité, votre armée avait une « supériorité numérique d’au moius vingt-cinq «mille Hommes sur la notre: en o'utre, nous « avons trois divisiohs d’infanterie qui n’ont pas « prit part à la bataille , nous n’en avons em- « ployé bien vivement que six d’infanterie. A la «vérité, nous avons beaucoup manœuvré; la « même division a combattu süccessivement dans « différentes directions : c’est ce qui -nous a mul- « tipliés pendant toute la journée. C’est l’art de « la guerre : l’empereur , qui est à sa quaran- « tième bataille , ne manque jamais à cela. Il « pourrait encore, avec les troupes qui n’ont « pas été engagées, faire une armée aussi forte « que celle qui a donné avant-hier , et marcher « contre l’archiduc Charles, si tout n’était pas ter- « miné : du moins cela dépend de Votre Majesté. Alexandre. « De quoi s’agit-il? »
Réponse. « Sire , de savoir si Votre Majesté » accepte les propositions qui la concernent , » dans ce qui a été convenu hier entre l’empe- « reur d’Autriche et l’empereur Napoléon. » Alexandre. « Oui , je l’accepte ; c’est pour le « roi des Romains que je suis venu; il me dégage, « il est content de ce qui lui est promis , je dois « l’être aussi , puisque je ne formais point de « vœux pour moi. »
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Réponse. «'.L’empereur m’a chargé d’ajouter « qu’il désirait que l’armée de Votre Majesté sor- » tit des États autrichiens dans le plus bref délai , «et par la route militaire la plus courte', en fai- « sant chaque jour le chemin brdinaire que fait « une troupe en marche. »
Alexandre. « Mais votre maître exige donc « que je m’en aille bien vite ; il est bien pres- « sont ! »
Réponse. «Non, Sire; il ne demande pas que * voüs retourniez plus vite que vous n’étesvenu; « inaîs comment prendre une autre règle pour « se fixer , que d’admettre la route, militaire et la « distance d’étape, pour la marche de chaque « jour ? On ne> le stipulerait même pas , que ce « serait l’imité de mesure que l’on prendrait : il « n’est donc pas déraisonnable d’en convenir d’a- «vance. » •
Alexandre. « Hh bien! soit, j’y consens; mais « quelle garantie exige votre maître ? et quelle « garantie ai-je moi-même que , pendant que « ’fcous êtes ici, vos troupes ne font pas quelques « mouvemens contre moi ? Suis-je en sûreté ? » Réponse. « L’empereur a prévu cette objec- « tion. »
Alexandre. « Eh bien! quelle garantie exige- « t-il de moi? »
Réponse. « Il m’a chargé de demander à Votre
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« Majesté sa parole, et m’a ordonné, aussitôt que « je l’aurais reçue , de passer dans U corps d’ar- « mée du maréchal Davout pour suspendre son « ipouvement. »
Alexandre , avec un air de haute satisfaction : « Je vous la donne, et vais de suite me préparer « à exécuter ce qui a été convenu. »
Il m’adressa un mot de compliment , en me disant : « Si quelque jour des circonstances plus « heureuses vous mènent- à Saint-Pétersbourg, « j’espère vous en rendre le séjour agréable. » J’étais bien loin de croire que cela arriverait aussitôt; l’empereur Alexandre m’a bien tenu parole , comme on le verra.
Je le quittai , et revins avec M. Stutterhehn repasser la Marche à Goding ; nous fûmes obligés d’attendre que l'armée russe, qui se présentait à l’autre rive, eût repassé. Je mis pied à terre avec M. Stutterheim pour la compter; il u& passa pas plus de vingt-six mille hommes de .toutes armes, sans canons ni caissons, beaucoup sans armes, le plus grand nombre sans havresacs(i), un très grand nombre blessés, mais marchant courageusement à leur rang. • , .
. (i) Jusqu’en 1806, nous avons vu l’infanterie russe mettre ses havresacs par terre avant «le commencer le feu , de manière que , quand elle était repoussée , elle perdait tous ses bagages.
Après que l’armée russe eut défilé, on me laissa passer, et on détruisit le pont (i).
Aussitôt que nous fûmes de l’autre côté , nous rencontrâmes le général autrichien Meerfeld, qui nous fit conduire , quoique le jour commençât à peine , aux avant-postes’ du maréchal Davout.
Je ne fus pas peu surpris de le trouver aussi près , et l’on va voir ce qui s’était passé au corps de ce maréchal; ces détails sont de la pins exacte vérité. L’empereur d’Autriche avait raison de me dire qu’il n’était pas éloigné.
Je rendis d’abord au maréchal Davout tout ce qui le concernait, et j’arrivai à propos, car il allait commencer l’attaque. A la vérité , il n’avait plus de Russes devant lui , puisque je les avais vus repasser la Marche, il y avait deux heures, c’est-à-dire qu’ils la repassèrentle 5 depuis deux heures du matin jusqu’à -quatre. Je 'viens aux opérations du maréchal Davout depuis la bataille.
Les deux divisions d’infanterie Gudin et Friant
étaient réunies , ainsi qu’une division de dragons
et de cavalerie légère; le maréchal lui-même x à
la tète de tout cela, s’était approché de Goding
dans la journée. du 3, et le 4 il attaqua vivement «
(i) Nous étions au 5 décembre à la poiulc du joui;; la bataille avait eu lieu le 2.
le corps autrichien , qui , plus faible que lui , allait être obligé de lui abandonner le pont sur la Marche à Goding, dont il n’était plus qu’à une très-petite demi-lieue, ayant devant lui un défilé qui faisait la principale défense des Autrichiens, et où ils avaient mis leur artillerie (r). Néanmoins le maréchal allait forcer ce passage, lorsqu’on lui envoya un parlementaire pour avoir une suspension d’armes : il refusa et continua son attaque; un deuxième parlementaire arriva accompagné d’un officier russe, c’était pour faire la même demande ; mais cette fois le général Meerfeld envoyait au maréchal Davout un billet que venait de lui écrire l’empereur Alexandre, sans doute d’après une convention faite entre ce souverain et le général Meerfeld. Ce billet' était ainsi conçu :
a J’autorise le général Meerfeld à faire connaî- « tre au général français que les deux empereurs « d’Allemagne et de France sont, en ce moment « en conférence, qu’il y a un armistice (2) dans
(1) Il faut observer que les débris de l’armée russe avaient beaucoup de chemin à faire pour venir s’opposer à Davout.
(2) Cependant l’armistice ne devait concerner les Russes qu’après que l’empereur Alexandre aurait accepté les conditions arrêtées à l’entrevue des deux empereurs , et ce n’est que dans la nuit du 4 au 5 qu’il m’a donne sa parole d’y souscrire.
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« cette partie, et qu’il est en conséquence inutile « de sacrifier plus de braves gens.
« Le 4 décembre.
« Signé Alexandre. »
Ce billet, qui est écrit au crayon, que j’ai lii entre les mains du maréchal Davout, est déposé à la secrétairerie d’état en France.
- Le maréchal Davout, qui n’avait pas reçu d’avis du roajor»général, attribua ce retard au détour que l’on était obligé de faire par Brunn pour venir à lui : il crut devoir déférer à l’assurance positive de l’empereur Alexandre; en conséquence, il suspendit son mouvement, et je le trouvai à la place où il était le 5 au matin , tandis que la veille le maréchal Davout pouvait en une demi -heure être maître de Goding et du pont de la Marche, lorsque l’armée russe était encore à plus de deux ou trois lieues sur le chemin d’Austerlitz , en face de Bernadotte. C’est au moment où l’empereur d’Autriche se séparait de celui de Russie pour venir à l’entrevue, que le maréchal Davout menaça davantage de forcer %#•:■ Gôding, la setde retraite des Russes; l’armée russe naîtrait jamais pu arriver à temps, et d’ailleurs les troupes de Bernadotte, en la voyant partir, l’eussent suivie. C’est dans cette position que l’empereur Alexandre crut devoir écrire ce
billet, auquel le maréchal Davout, pat respect pour lé caractère du monarque, crut, de son côté, devoir ajouter foi, éloignant de lui l’idée d’un piège.
Mais en supposant que le maréchal Davout eut douté de la véracité du billet, malgré la présence de l’officier tusse qui paraissait n’avoir été joint au parlementaire que pour lui donner plus de force, et qu’il eût encore marché une demiheure, je demande à tout militaire ce que serait devenue l’armée russe avec l’empereur de Russie, et ce qui serait arrivé, si, dans la journée du 3, au lieu d’avoir été engagée mal à propos sur la route d’Olmutz, notre cavalerie eût été de suite poussée sur ülitsch. On aurait attaqué l’armée russe le 3 après midi ; on l’aurait poussée sur le maréchal Davout; c’eût été une deuxième représentation d’Ulm, parce qu’alors il n’y aurait pas eu de parlementaire ni de propositions d’entrevue : cela eût été rejeté comme ridicule.
Quand je revins rapporter cela à l’empereur à Austerlitz , je repassai à l’avant-garde des Autrichiens , restés sur la rive gauche de la Marche. Le prince Maurice Lichtenstein s’y trouvait; M. Stutterheim était toujours avec moi; j’en touchai un mot à ces messieurs ; le colonel du régiment des chevau-légers d’Aurelly était présent. Ils -se mirent à sourire : je compris ce que cela
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signifiait. Je n’étais plus dupe, et il m’était suffisammeût démontré pourquoi l’empereur de Rus- „ sie n’était pas venu à l’entrevue, comme aussi pourquoi celui d’Autriche y était venu. Ils s’étaient partagé les deux rôles qui devaient les tirer d’embarras , et ils étaient loin de se douter qu’ils servaient à souhait l’emperëur Napoléon.
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