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Quelle fut ma conduite comme commandant des troupe».
A peine âgé alors de vingt-huit ans, j étais officier-général et aide-de-camp. Cette position, qui me valait 1 honneur de remplir des missions périlleuses sur les champs de bataille, ne m’initiait pas dans les secrets de l’État. Je n’avais pas à correspondre avec les puissances étrangères; je n’étais pas chargé de surveiller l’émigration par des relations avec les ministres ou les ambassadeurs; je n’avais ni rang dans le conseil, ni autorité pour faire des rapports ou donner mon avis sur aucun des objets qui pouvaient s’y traiter, et moins encore avais-je le pouvoir de prendre 1 initiative, ou de faire adopter une mesure en quoi que ce fût.
Et d’ailleurs, qu’importait à ma position personnelle la circonstance dont il s’agit ? Avais -je des inquiétudes à calmer pour l’avenir, ou des garanties à donner contre le passé ? Je ne connaissais de la révolution que les guerres qu’elle nous avait suscitées, que les batailles qu’il avait fallu livrer, et que la gloire que nos armes y avaient acquise. La fortune et mon épée m’a-
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vaient servi à souhait ; j’étais heureux de mon sort, mon ambition était satisfaite, et assurément rien ne pouvait alors me faire présumer que j’arriverais un jour aux grands emplois que j’ai occupés depuis. Je ne pouvais songer qu’à remplir avec honneur et avec zèle les devoirs de ma position, et l’on sait que le premier consul ne nous laissait guère le temps de nous reposer, et à plus forte raison celui de nous mêler de choses étrangères à nos fonctions.
C’est au retour d’une longue mission, que, me trouvant de service à la Malmaison, je fus chargé d’aller porter une lettre cachetée au gouverneur de Paris, le général Murat. On conçoit aisément que le contenu ne m’en fut pas révélé ; le premier consul n’avait pas l’habitude d’entrer dans de semblables explications avec les porteurs de ses messages ; et qu’importait-il d’ailleurs que j’en connusse le contenu ? Quoi qu’il arrivât , je ne pouvais jamais être appelé qu’à obéir à mes supérieurs en grade, et jamais à délibérer. Je partis donc le ao mars, à cinq heures du soir, de la Malmaison pour me rendre chez le général Murat.
Rien de plus simple que ma position, et la ligne de mes devoirs était si clairement tracée , que je n’avais même pas à réfléchir sur la conduite que j’avais à tenir.
Qu’eût fait tout autre à ma place ?
Colonel du corps de la gendarmerie d’élite, qui alors ne comptait pas dans la garde , mais qui faisait partie de la garnison de Paris, c’est à ce seul titre que je reçus ‘dans la soirée l’ordre du général Murat de me rendre à Vincennes, et d’y prendre le commandement des troupes qui allaient s’y réunir. Devais-je ne pas obéir?
Rendu au lieu désigné , et chargé d’y veiller à la sûreté d’une commission militaire que l’autorité compétente venait d’y convoquer, pouvais-je ne pas accomplir ma mission ?
Responsable, en quelque sorte, de la conduite des troupes confiées à ma direction, ne devais-je pas les disposer et les surveiller durant l’opération, objet de leur réunion ?
Était-ce à moi , dont l’obéissance était le premier devoir, qu’il appartenait de scruter l’objet de la réunion de la commission militaire, et la légalité des actes en vertu desquels elle avait à procéder ?
C’est aux militaires particulièrement que je ne crains pas d’adresser avec confiance ces diverses questions , et celles qui les suivront. . .
La discipline militaire , la responsabilité qui pesait sur moi dans cette grave circonstance , où déjà l’arrestation du général Moreau câusait quelque fermentation parmi les troupes, me
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commandaient donc la plus active surveillance.
Les casernes <le Paris sont situées dans des quartiers éloignés les uns des autres. Certains des corps qui reçurent l’ordre de marcher dans cette circonstance eurent à traverser îa ville , eh partant de points opposés, très éloignés de la barrière du Trône. Cet éloignement fut cause que quelques - uns de ces corps n’arrivèrent à Yincennes qu’à près de trois heures du matin , ayant reçu tard dans la soirée l’ordre de départ.
Ce ne fut donc qu’après la réunion totale des troupes, et après que j’eus disposé leur placement sur l’esplanade qui est devant le château de Yincennes, que je pus céder au désir que j’avais de voir le prince, et de connaître les circonstances, que j’ignorais absolument, sur lesquelles reposait sa mise en jugement.
J’ai dit que la froideur de la nuit que j’avais passée au milieu des troupes me fit approcher d’une cheminée devant laquelle était placé le fauteuil du président. C’est ainsi que je me trou vai, pendant quelques instans seulement, assis derrière le général IJullin, durant la séance de la commission. C’est de là que j’entendis ce que j’ai rapporté de la courte partie des débats dont je fus le témoin. Il y avait à peine un quart d’heure que j’y étais, lorsqu’on ordonna de faire •retirer le prince, et l’évacuation de la salle, qui
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dès ce moment fut métamorphosée ‘en chambre du conseil. C’est alors qu’étant sans mandat ni qualité pour- assister ni participer à la discussion intérieure de la commission , je fus rejoindre mes troupes et attendre le résultat de sa délibération.
J’ai déjà fait ressortir le double mensonge qûa présente la version du général Hullin relativement à l’inûupnce que j’aurais exercée 6ur la commission pendant sa séance, et celle qne j’aurais exercée sur lubmêmc, pour l'empêcher do transmettre le vœu du prince, devoir une entrevue avec le premier consul. J’ajouterai ici deuxobservations qui ne sont pas moins décisives.
La commission a délibéré à buis-clos, et par conséquent hors de ma présence. Ainsi , pour que j’eusse été dans le cas de répondre à son président , afin de le détourner d’écrire au premier consul : «Cela me regarde maintenant, *> il aurait fallu, ou que la lecture du jugement eût été faite publiquement, et que je l’eusse entendue, c’est-à-dire en séance redevenue publique , ou que la commission eût , avant sa. délibération, reconnu en moi une autorité supérieure par laquelle des instructions formelles et préalables lui auraient prescrit de me faire appeler dans h» chambre du conseil, après la signature du jugement, et de le soumettre à mon veto. Sans 4’tuic-