‹ Memoires du Duc de RovigoChapitre 36 sur 61 · M. LE DUC DALBERG · texte numérisé non relu

M. LE DUC DALBERG

Lettre du premier consul au ministre de la guerre (i).

Paris, le 19 ventôse an xn (1© mars i8o4).

Vous voudrez bien , citoyen général , donner ordre au général Ordener , que je mets à cet effet à votre disposition, de se rendre dans la nuit en poste à Strasbourg. 11 voyagera sous unautrenom que le sien ; il verra le général de la division.

Le but de sa mission est de se porter sur Ettenheim , de cerner la ville , d’y enlever le duc dEnghien , Dumouriez , un colonel anglais et tout autre individu qui serait à leur suite. Le général de la division , le maréchal-des-logis de gendarmerie qui a été reconnaître Ettenheim ,

(1) Cet ordre a été .donné le jour même de 1» tenue du conseil privé. • .

ainsi que le comrnissaîrfe tle police , lui donneront tous les renseignemens nécessaires.

Vous ordonnerez au général Ordener de faire partir de Schelestadt trois cents hommes du 26e de dragons , qui se rendront à Rheinau , où ils arriveront à huit heures du soir.

Le commandant de la division enverra quinze pontonniers à Rheinau , qui arriveront également à huit heures du soir , et qui , à cet effet, partiront en poste ou sur les chevaux de l’artillerie légère. Indépendamment du bac , il se sera déjà assuré qu’il y ait là quatre ou, cinq grands bateaux , de manière à pouvoir faire passer d’un seul voyage trois cents chevaux.

Les troupes prendront du pain pour quatre jours et se muniront de cartouches. Le général de la division y joindra un' capitaine ou utt officier, et un lieutenant de gendarmerie, et trois ou quatre ( trentaines ) brigades de gendarmerie.

Dès que le général Ordener' aura passé le Rhin , il se dirigera droit à Ettenheîm , marchera droit à la maison du duc et à celle de Dumouriez j après cette expédition terminée , il fera son retour sur Strasbourg.

En passant à Lunéville , le général Ordener donnera ordre que l’officier de carabiniers qui a commandé le dépôt à Ettenheim se rende à

Strasbourg en poste, pour y attendre ses ordres.

Le général Ordener, arrivé à Strasbourg , fera partir bien secrètement deux a gens, soit civils , soit militaires , et s’entendra avec eux pour qu’ils viennent à sa rencontre.

Vous donnerez ordre pour que, le même jour et à là même heure , deux cents hommes du 26* de dragons, sous les ordres du général Caulaincourt (auquel vous donnerez des ordres en conséquence), se rendent à Offerabourg, pour y cerner la ville et arrêter la baronne de Reich, si elle n’a pas été prise à Strasbourg , 'et autres agens du gouvernement anglais, dont le préfet et le citoyen Méhée, actuellement à Strasbourg, lui donneront les renseignement

D’Gffembourg , le général Caulaincoürt dirigera des patrouilles sur Ettenhéim, jusqu’à ce qu’ibait appris que le général Ordener a réussi. Ils se prêteront des secours mutuels.

• Dans le même temps , le général de la division fera passer trois cents hommes de cavalerie à Reih , avec quatre pièces d’artillerie légère , et enverra un poste de cavalerie légère à WHstadt , point intermédiaire entre les deux routes.

Les deux généraux auront soin que la plus grande discipline règne', que les troupes n’exigent rien des habitans ; vous leur ferez donner à cet effet douze mille francs.

S*il arrivait qu’ils ne pussent pas remplir leur mission, et qu’ils eussent l’espoir, en séjournant trois ou quatre jours et en faisant des patrouilles, de réussir, ils sont autorisés à le faire.

• Us feront connaître aux baillis des deux villes, que, s’ils continuent de donner.asile aux ennemis de la France, ils s’attireront de grands malheurs.

Vous ordonnerez que le commandant de Neuf- Brissac fasse passer cent hommes snr la rive droite avec deux pièces de canon.

Les postes de Kelh , ainsi que ceux de la rive droite, seront évacués dès l’instant que les deux détachejnens auront fait leur retcflir.

Le général Gaulaincourt aura avec lui une trentaine de gendarmes; du reste, le général Gaulaincourt , le général Ordener et le général de la division tiendront un conseil, et feront les changemens qu’ils croiront convenables aux présentes dispositions.

S’il arrivait qu’il n’y eût plus à Ettenheim , ni Dumouriez , ni le duc d’Enghien, on rendrait compte par un courrier extraordinaire de l’état des choses.

Vous ordonnerez de faire arrêter le maître de poste de K.elh et autres individus qui pourraient donner des renseignemens sur cela.

Signé, Bonaparte.

§ II

Ordre du ministre de la guerre au général Ordener (t).

Paris, le 20 ventôse an xn (mars i8o4).

En conséquence des dispositions du gouvernement qui met le général Ordener à celle du ministre de la guerre, il lui est ordonné de partir de Paris en poste aussitôt après la réception du présent ordre, pour se rendre le plus rapidement possible , et sans s’arrêter un instant , à Strasbourg. Il voyagera sous un autre nom que le sien. Arrivé à Strasbourg, il verra le- général de la division. Le but de la mission est de se porter sur Ettenheim , de cerner la ville, d’y enlever le duc d Enghien, Dumouriez , un colonel anglais, et tout autre individu qui serait à leur suite. Le général commandant la 5* division, le marécbal-des-k>gis qui a été reconnaître Ettenheira, ainsi que le commissaire de police, lui donneront tous les renseignemens nécessaires.

Le général Ordener cfonnera ordre de faire

(1) L’ordre précédent, du premier consul au nrinistre de la guerre, est du 10 mars, h onze heures du soir. Le ministre l'aura- transmis au général Ordener', au plus tôt à deux ou trois heures du matin le x 1 ; il. est probable que le général n’aura pu partir que le soir de ce meme jour.

43o MÉMOIRES

partir de Schelestadt trois cents hommes du aGe de dragons, qui se rendront à Rheinau, où ils arriveront à huit heures du soir. Le commandant de la 5“ division enverra quinze pontonniers à Rheinau, qui y arriveront également à huit heures du soir, et qui, à cet effet, partiront en poste sur les chevaux d’artillerie légère. Indépendamment du bac, il se sera assuré qu’il y ait là quatre ou cinq grands bateaux, de manière à pouvoir passer d’un seul voyage trois cents chevaux. Les troupes prendront du pain pour quatre jours, et se muniront d’une quantité de cartouches suffisante. Le général de la division y joindra un capitaine , un lieutenant de gendarmerie et une trentaine de gendarmes. Dès que le général Ordener aura passé le Rhin, il se dirigera droit à jÇttenheim, marchera droit à la maison du duc cF Enghien et à celle de Dumouriez. Après celte expédition terminée, il fera son retour sur Strasbourg. En passant à Lunévillç, le général Orde-, ner donnera ordre que l’officier de carabiniers qui aura commandé le dépôt à .Ettenheim, se rende à Strasbourg en poste pour y attendre ses ordres. Le général Ordener, arrivé à Strasbourg, fera partir bien secrètement deux agcns, soit civils, soit militaires, et s’entendra avec eux pour qu’ils viennent à sa rencontre. Le général Prder ner est prévenu que le général Caulaincourt doit

nu DUC DE ROVIGO. 43 1

partir avec lui pour agir de sou coté. Le général Ordener aura soin que la plus grande discipline règne, que les troupes n’exigent rien des habitans. S’il arrivait que le général" Ordener ne pût pas remplir sa mission , et qu’il eût l’eSpoir, en séjournant trois ou quatre jours, et en faisant faire des patrouilles* de réussir, il est autorisé à le faire. Il fera connaître au bailli de la ville que> s’il continue à donner asile aux ennemis de la France, il s’attirera de grands malheurs. 11 donnera l’ordre au commandant de Neuf-Brissac de faire passer dent hommes sur la rive droite du Rhin avec deux pièces de canon. Les postes de Kelh, ainsi que ceux de la rive droite , seront évacués aussitôt que les deux détachemens auront fait leur retour.

Le général Ordener, le général Caulaincourt , le général commandant la 5° division , tiendront conseil , et feront les changemens qu’ils croiront convenables aux présentes dispositions. S’il arrivait qu’il n’y eût plus à Ettenheim , ni Dumouriez , ni le duc d’Enghien , le général Ordener me rendta compte par un courrier extraordinaire de l’état des choses, et il attendra de nouveaux ordres. Le général Ordener requerra le commandant de la 58 division de faire arrêter le maître de poste de Kelh , et les autres individus qui pourraient donner des renseignemens.

Je remets au général Ordener une somme de douze mille francs pour lui et le général Caulaincourt.Vous demanderez au général commandant la 5” division militaire , que , dans le temps où vous et le général Caulaincourt ferez votre expédition , il fasse passer trois cents hommes de cavalerie à Kelh aveé quatre pièces d’artillerie légère. Il enverra aussi un poste de cavalerie légère à Wijstadt, point intermédiaire entre les deux routes.

Signé , Alex. Berthier.

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