DU DUC DE B.QYXGO
Saint- Antoine* et detre rendu avec-.'elle à Vincennes à la nuit.
La gendarmerie d’élite, dont j’étais colonel , et qui alors ne faisait pas partie de la garde , mais qui appartenait à la garnison de Paris , avait reçu du gouvernement l’ordre d’envoyer son infanterie et un fort détachement de sa cavalerie , pour tenir garnison à Vincennes. A cette époque, ce château était un bâtiment abandonné et dans le dernier état de vétusté. Le double de cet ordre m’avait été envoyé, et , pour que ma légion fût en état de s’y conformer, je courus raoi-méme à sa caserne pour faire consigner tout le monde , cgr-jl était précisément l’heure à laquelle les officiers , ainsi que les gendarmes, sortaient pour leur distraction , et ne devaient plus rentrer qu’à l’heure de l’appel après la retraite,
Je me rendis ensuite à Vincennes , où j’entrais pour la première fois ; il faisait nuit , je ne voyais pas dé placé pour établir la gendarmerie qui arrivait, ainsi que la brigade qui devait la suivre. Néanmoins je fis entrer la première par la porte du château, et la postai dans la- cour, avec dé-» fense de laisser communiquer avec le dehors sous quelque prétexte que ce fût; je portai ensuite 1 infanterie de la garnison sur l’esplanade., du côté-duparc.
58 v MÉMOIRES .
Les casernes dé Paris sont situées dans des quartiers éloignés les uns des atxtresf quelques uns des corps qui reçurent l’ordre de marcher dans nette circonstance eurent -à traverser la villa dans des points opposés et très dist aU sde la barrière du Trône. Cet éloignenaént fut c&use qu’ils n’armèrent à Yincennes qu’après trOiê heures- du fnatin , pâree qu’H était déjà tard quand les ordres de leur départ étaient-p'ârvenus à leuTs casernes. . v • : • « ■■
Ce fut pendant que j’étais occùpé du soin de placer toutes ces troupes , qu’arrivèrent Je président de la commission militaire, aîttsiqOe les juges qui devaient ta composer. Je venâisd’appcendrè, depuis que- j ’étais à Yincennes , qttfe le duc d’Engkisn-y était arrivé à cinq heures dit l’après-midi escorté -par la gendarmerie de Strasbourg que je vis encore au château. Sans cela, j’aurais cru fermement qu’il avait Cité trouvé dans use cachette de Paris , ainsi que les compagnons de fieorge' , et fêtais fort curjeufc de savoir œ qu’il allait dire. '•»■< '#1 •’.* '•
La duc -d’Enghien fat - interrogé jwr le-capîtaine-rapporteur, avant que la’ commission Sè réunît en .séance. Cet interrogatoire dut avoir lieu sur les matériaux qui avaient été- tta'n&ïliis à la commission, eest-à-dire sur ld rapport* -de l’officier qui avait été observer le prihéfrà Etteh-
DU DUC DE ROVIGO. 5g
heirn. J’avais cru que j’en -avais été porteur dans la' lettre que le premier consul m’avait' remise pour Murat; mais je ni’éta'te trompé , comme on le verra à la fin de ce volume d’après ce que dit le général îfiillih lui-inêmè. ’ 1 '•* '
La commission imlitàire jqu’&ucune exagération de principes n’avaitjfàit choisir pour remplir ces' fonctions; n’était composée que dèsf colonels des rëgiihens de la garnison de Paris, et'dle était présidée par leurclief naturel , lé commandant de la place. * " -
Cette Commission ne savait pas un mot de la révélation des gens dé Gedrgè, qui avaient amené la circonstance où l’on ‘se trouvait. Elle partageait individuellement l’indignàtion générale contre le projet d’assassinat du’premiér consul, et contre torts ceux qui y'àvaieotpris part ; elle n’ignorait pas l’opinion à laquelle on était le plus généralement arrêté, qui était que George ne travaillait que sous la direction d’un prince' qui devait se faire connaître après que le coflp 'serait porté. La position dé résidence du duc d’Enghien, les Voyagès qu’on disait qil’il avait faits jusqu’à Paris, où ' on assurait même qnll était verni récemment, portaient & penser qu’il devait être lé directeur de Geof-gd, et conséquemment la disposition des esprits était loin de Rrf être favorable. *" . '' ■*
6o % MÉMOIRES
La commission s’assembla dans une des grandes pièces de la partie habitée du château , c’està-dire le bâtiment au-dessus de la porte d’entrée du côté du parc.
Elle ne fut point mystérieuse , çomtne l’ont prétendu ceux qui ont écrit sur ce point d’histoire; elle.fut publique pour tout ce qui pouvait vepir à cette heure-là, et il fallait bien qu’il y eût du monde, puisqu’ayant été retenu au dehors par le soin de placer mes troupes, ce qui m’inquiétait assez en voyant la gravité de la circonstance où je. me trouvais , je ne pus arriver qu’un des derniers dans la salie où siégeait la commission. J’eus même assez de peine à parvenir jusque derrière lé président, où je voulais d’abord me placer pour mieux voir, et ensuite parce que , transi dp froid par la nuit que j’avais passée au milieu des troupes , je voulais me chauffer à un grand feu qui était allumé à une cheminée devant laquelle était placé le fauteuil du général Iïullin. Voilà comment je me trouvai , pendant quelque* iustftns seulement , assis derrière lui durant la séance de la commission.
Quand .j’y parvins , la lecture de l’inter rogatoire était déjà'faite, la discussion déjà entamée et fort échauffée. Le duc d’Enghien avait même déjà répondu vivement, de manière à laisser voir qu’il ne se doqtait nullement du danger de sa position.
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« Monsieur, lui dit la président, vous ne me
« paraissez pas connaître votre situation, ou bien
« vous ne voulez pas répondre aux questions
« que je .vous adresse. Vous vous renfermez
« dans votre naissance , que vous prenez soin de
« nous rappeler; vous feriez mieux d’adopter un
« autre système de défense. Je ne veux pas abuser
« de votre position , mais remarquez que jet vous
« fais des quesions positives, et qu’au Heu d’y
« répondre , vous me parlez d’autre chose. Pre-
« nei;-y garde, ceci pourrait devenirsérieux. Com-
« ment pourrez-vous espérer de nous persuader
« que vous ignoriez , aussi complètement que
a vous le dites, ce qui se passait en France, lors*
« que non seulement le pays que vous habitiez,
« mais le monde entier en est instruit ? Et com- * * •
« ment pourriez-vous me persuader qu’avecvotre
« naissance vous étiez indifférent à des événe-
« mens dont toutes les conséquences devaient
a être pour vous? 11 y a trop d’invraisemblance
« à cela pour que je ne vous en fasse pas l’obser-
« vation ; je vous engage à y réfléchir, afin d’a-
« voir d'autres moyens de défense. »
J’ai écrit ces paroles du président le lendemain même , et c’est par ménagement que je n’en ai pas parlé dans l’écrit que j’ai publié à la fin d’octobre i8a3.
Le duc d’Enghien, après un moment de si-
lerice* répondit tPuft ton gritve i « Mdnfsieur, je
* vous comprends très-bien , mon intention ri’é- « tait pas d’y rester indifférent ; j’avais demandé « à l'Angleterre du service datis ses- armées, et « elle m’avait fait répondre qu’elle ne pouvait
* m’en donner, mais qné j’eusse à rester sur le
« Rhin , 'où-' incessamment- j’aurais tin rôle à «joûefj et j’attendis. Monsieur, je h’ai plus « rien à vous dire(t). » ' »
Telle fût la réponse du duc d’Enghien; jé l’aï écrite à l’instant même : j’ai écrit celle-cide- mémoire long-temps après, mais je ne crois pas en avoir oubtié ufrc Seule syllabe. Si elle n’est pas à sôn p'rocès , c’est assurément parce qu’oit l’aura soustraite ou bien qu’on a négligé de la recueillir. ■’ ' * • ' *
J’ai eu occasion de m’assurer moi-méme que
(i) En quittant le. Bcllcrofihon dans la rade de Plymouth en i8i5, j’ai été transporté à bord de la frégate V Eurotas pouY être conduit comme prisonnier à Malte.
Ee capitaine de Cette frégate- était un M. de Lilycrap ; pendant la traversée, il m’a Taconté souvent qu’il avait été employé près tlo Dracb- sur les bords du llhin ; à cette époque, qu’il avait été envoyé par lui en tout sens dans toutes les petites cours d’Allemagne , près des émigrés à Offembourg et à Ettenheim chez M. le duc d’Ënghien. . , .
Il pestait encore de rage contre Mebëe , qui , disait-il , les avait si complètement' joués. • "•
lot» avait fcnievé des archivesdü Palais.de Justice les prétendues pièces criminelles sur lesquelles on avait prononcé la condamnation de là reine de France , au: point que-k dossier de- ce ^ruçès esfjrédçût à sqoql que» chiffons deqiapiers dé ré* stères ; et j’ aim-cpie i pendant les premiers- jours de là restauration .de -i 8 *4 *des'*rehives iropé* rialej Oot été- fouillées pendant plusieurs jours par des affidés dé ceux qui avaient granct intérêt à faire dispftraîfcre des pièces qui, sans doute , eusseht pu compromettre lwsètreté de leur «ou* veàlapoaitiop. , . * **f , .. .* -
On a exécuté cette fouille avec tank dé soin, que lf 4 archives des1 relations extérieures; ainsi que celles du gouvernement, n offrent pas une tràce de eet événement, qui cependant» été le sujet, d’une correspondance avec lesoours étrangères, 4 ‘ ' * * • . . »
Avant soir dernier aveu, le duc d’Enghien avait fait 1» déclaration qu’il recevait un traitement de l’Âègleterre; ma» il s’était exprimé de telle sorte qu’on pouvait croire qivau lieu de sommes destinées à défrayer sa qiaison, c’était un argent corrupteur qu’il avait reçu, Aucun des.' jugea ne pouvant connaître la position; financière du prince, cette dernjèrex déclaration apgrava les préventions -qu’on avait- déjà contre h*l. On assimila cet argent à Celui qu’on avait trouvé sur