‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 208 sur 352 · MORT DE M"* DE GUISE · texte numérisé non relu

MORT DE M"* DE GUISE

grande affaire, et elle en vint à bout. Tous les respects dus à une petite-fille de France furent conservés : M. de Guise n*eut qu'un ployant devant Madame sa femme ; tous les jours, à dîner, il lui donnoit la serviette, et quand elle étoit dans son fauteuil et qu'elle avoit déployé sa serviette, M. de Guise debout, eue ordonnoit qu'on lui apportât un couvert, qui étoit toujours prêt au buffet; ce couvert se mettoit en retour au bout de la table ; puis elle disoit à M. de Guise de s'y mettre, et il s'y mettoit : tout le reste étoit observé avec la même exactitude, et cela se recommençoit tous les jours, sans que le rang de la femme baissât en rien, ni que, pour ce grand mariage, celui de M. de Guise en ait augmenté de quoi que ce. soit. Il mourut de la petite vérole à Paris, en juillet 1671, et ne laissa qu'un seul fils, qui ne vécut pas cinq ans, et qui mourut à Paris en août 1675. M"* de Guise en fut affligée jusqu'à en avoir oublié son Pater.

Elle fut toujours mal avec Mademoiselle, quoiqu'elles logeassent toutes deux à Luxembourg, qu'elles partageoient par moitié. C'étoit une princesse très-pieuse et toute occupée de la prière et de bonnes œuvres. Elle passoit six mois d'hiver à la cour, fort bien traitée du Roi, et soupant tous les soirs au grand couvert, mais passant les Marlis à Paris. Les autres six mois elle les passoit à Âlençon, où elle régentoit l'intendant comme un petit compagnon, et l'évêque de Séez, son diocésain, à peu près de même, qu'elle tenoit debout des heures entières, elle dans son fauteuil, sans jamais l'avoir laissé asseoir, même derrière elle en un coin. Elle étoit fort sur son rang, mais du reste savoit fort ce qu'elle devoit, le rendoit, et étoit extrêmement bonne. En allant et revenant d'Alençon, elle passoit toujours quelques jours à la Trappe, et coupoit son séjour d'Alençon par y faire uh petit voyage exprès. Elle y logeoit au dehors, dans une maison que Monsieur de la Trappe avoit bâtie pour les abbés commendataires, afin qu'ils ne troublassent point la régularité de la maison. Il étoit le directeur de M"* de Guise, et on a, entre ses ouvrages,

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quelques-uns qu'il a faits pour elle. Il venoit de perdre l'abbé qu'il avoit choisi, et qui étoit à souhait : il n'avoit pas cinquante ans et il étoit d'une bonne santé ; une fièvre maligne l'emporta. M"* de Guise contribua à faire agréer au Roi celui que Monsieur de la Trappe désira mettre en sa place.

Ce fut la dernière bonne œuvre de cette princesse. Elle tomba incontinent après malade, d'un mal assez semblable à celui dont M. de Luxembourg étoit mort, et qui l'emporta de même, le 17 mars. Elle avoit reçu ses sacrements, et elle mourut avec une piété semblable à sa vie. Le Roi l'aimoit, etTalla voir deux fois, la dernière le matin du jour qu'elle mourut, et le soir il alla coucher et passer quelques jours à Marly, pour laisser faire les cérémonies. Mais elle les avoit toutes défendues, et voulut être enterrée, non à Saint-Denis suivant sa naissance, mais aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques, et en tout comme une simple religieuse : elle fut obéie. On ne sut qu'à sa mort qu'elle portoit un cancer depuis longtemps, qui paroissoit prêt à s'ouvrir. Dieu lui en épargna les douleurs. Elle avoit fait ot jeûné tous les carêmes, et toute sa vie n'en étoit pas moins pénitente. Le Roi donna mille écus de pension à M"* de Vibraye, sa dame d'honneur, et cinq cents écus à chacune de ses filles d'honneur. La duchesse de Joyeuse, sa belle-mère, ne la survécut pas deux mois, dans l'abbaye d'Essey, où elle faisoit prendre soin d'elle depuis la mort de M"* d'Angoulême.

' Le marquis de Blanchefort, second fils du feu maréchal de Grequy, beau, bien fait, galant, avancé et fort appliqué à la guerre, mourut en même temps à Tournay, sans alliance, et M. de Saint-Geran tomba mort dans Saint- Paul, à Paris. On dit qu' [il] venoit de faire ses dévotions. C'est ce comte de Saint-Geran si connu par ce procès célèbre sur son état, qui est entre les mains de tout le monde. 11 portoit une calotte, d'une furieifse blessure qu'il avoit reçue devant Besançon, du crâne du frère aîné de Beringhen, premier écuyer, à qui un coup de canon Saint-Simon i. 20

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