‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 236 sur 352 · DUCHESSE DU LUDE · texte numérisé non relu

DUCHESSE DU LUDE

veui% et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria au duc du Lude par inclination réciproque, qui étoit grand maître de Tartillerie, extrêmement bien avec le Roi, et d'ailleurs fort à la mode et qui tenoit un grand état. Us vécurent très-bien ensemble, et elle le perdit sans en avoir eu d'enfants. Elle demeura toujours attachée à la cour, où sa ♦ bonne maison, sa politesse et sa bonté lui acquirent beaucoup d'amis, et oii, sans aucun besoin, elle faisoit par nature sa cour aux ministres, et tout * ce qui étoit en crédit, jusqu'aux valets. Le Roi n'avoit aucun goût pour elle, ni M"* de Maintenon; elle n'étoit presque jamais des Marlis, et ne participoit à aucune des distinctions que le Roi donnoit souvent à un petit nombre de dames. Telle étoit sa situation à la cour lorsqu'il fut question d'une dame d'honneur sur qui roulât toute la confiance de Téducation et de la conduite de la princesse, que M"* de Maintenon avoit résolu de tenir immédiatement sous sa main, pour en faire l'amusement intérieur du Roi.

Le saniedi matin, veille de la déclaration de la maison, le Roi, qui gardoit le lit pour son anthrax, causoit, entre midi et une, heure, avec Monsieur, qui étoit seul avec lui. Monsieur, toujours curieux, tâchoit de faire parler le Roi sur le choix d'une dame d'honneur, que tout le monde voyoit qui ne pouvoit plus être différé ; et comme ils en parloient. Monsieur vit à travers la chaïnbre, par la fenêtre, la duchesse du Lude dans sa chaise, avec sa livrée, qui traversoit le bas de la grande cour, qui revenoit de la messe : « En voilà une. qui passe, dit-ii au Roi, qui en a bonne envie, et qui n'en donne pas sa part; » et lui nomme la duchesse du Lude. « Bon, dit le Roi, voilà le meilleur choix du monde pour apprendre à la princesse à bien mettre du rouge et des mouches ; » et ajouta des propo^ d'aigreur et d'éloignement. C'est qu'il étoit alors plus dévot qu'il ne Ta été depuis, et que ces choses le choquoient davantage. Monsieur, qui ne se soucioit point de la dii-

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