‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 2)Chapitre 46 sur 352 · FORTUNE DE VILLARS PÈRE · texte numérisé non relu

FORTUNE DE VILLARS PÈRE

de France le mieux fait et de la meilleure mine. On se battoit fort de son temps ; il étoit brave et adroit aux armes , et avoit acquis de la réputation fort jeune en des combats singuliers. Gela couvrit sa naissance aux yeux de M. do Nemours, qui aimoit à s'attacher des braves, et qui le prit comme gentilhomme. 11 Festima même assez pour le prendre pour second au duel qu'il eut contre M. de Beaufort, son beau-frère, qui le tua, tandis que Villars avoit tout l'avantage sur son adversaire.

Cette mort renvoya Villars chez lui. 11 n'y fut pas longtemps que M. le prince de Conti se l'attacha aussi comme un gentilhomme à lui. Il venoit de quitter le petit collet. Il étoit foible et contrefait, et souvent en butte aux trop fortes railleries de Monsieur le Prince, son frère; il projeta de s'en tirer par un combat, et ne sachant avec qui, il imagina d'appeler le duc d'York, maintenant le roi Jacques d'Angleterre, qui est à Saint-Germain, et qui pour lors étoit en France. Cette belle idée et le souvenir du combat de M. de Nemours lui fit prendre ViUars. 11 ne put tenir son projet si caché qu'il ne fût découvert, et aussitôt rompu par la honte qui lui en fut faite, n'ayant jamais 6u la plus petite chose à démêler avec le duc d'York. Dans les suites il prit confiance en Villars, et lorsque le cardinal Mazarin songea à lui donner sa nièce, ce fut de Villars dont il se servit, et par qui il fit ce mariage. On sait combien il fut heureux et saint ensuite. Villars devint le confident des deux époux et leur lien avec le cardinal, et tout cela avec toute la sagacité et la probité possible.

Une telle situation le mit fort dans le monde, et dans un monde fort au-dessus de lui, parmi lequel, quelque fortune qu^il ait faite depuis, il ne s'est jamais méconnu. Sa figure lui donna entrée chez les dames ; il étoit galant et discret, et cette voie ne lui fut pas inutile. 11 plut à M""* Scarron, qui, sur le trône où elle sut régner longtemps depuis, n'a jamais oublié ces sortes d'amitiés si librement intimes. Villars fut employé auprès des princes d'Allemagne et d'Italie, et fut après ambassadeur en Savoie, en Danemark et

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en Espagne, et réussit et se fit estimer et aimer partout. H eut ensuite une place de conseiller d*État d'épée, et, au scandale de Tordre du Saint-Esprit, il fut de la promotion de 1688. Sa femme étoit sœur du père du maréchal de Bellefonds, qui avoit de Tesprit infiniment, plaisante, salée, ordinairement méchante : tous deux fort pauvres, toujours à la cour, où ils avoient beaucoup d'amis, et d'amis considérables.

La maréchale de Rochefort étoit d'une autre étoffe et de la maison de Montmorency, de la branche de Laval. Son père, second fils du maréchal de Boisdauphîn, avec très-peu "de bien, épousa pour sa bonne mine la marquise de Coislin, veuve du colonel général des Suisses et mère du duc et du ■chevalier de Coislin, et de Févêque d'Orléans, premier aumônier du Roi. Elle étoit fille aînée du chancelier Seguier ■et sœur aînée de la duchesse de Verneuil, mère en premières noces du duc de Sully et de la duchesse du Lude. La maréchale de Rochefort naquit posthume, seule de son lit, en 1646, et M. de Boisdauphîn, frère aîné de son père, n'eut point de postérité. Elle épousa en 1662 le marquis, depuis maréchal, de Rochefort Alloigny, peu de mois après que l'héritière de Souvré, sa cousine issue de germaine, (îut épousé M. de Louvois.

Cette héritière étoit fille du fils de M. de Courtenvaux, lequel étoit fils du maréchal de Souvré et frère de la célèbre M"* de Sablé, mère de M. de Laval père de la maréchale de Rochefort. M. de Rochefort, qu'elle épousa, étoit ami intime ■de M. le Tellier et de M. de Louvois, qui lui firent rapidement sa fortune. Il mourut capitaine des gardes du corps, gouverneur de Lorraine, et désigné général d'armée, en Allant en prendre le commandement au printemps de 1^6. 11 n'y avoit pas un an qu'il étoit maréchal de France, de la promotion qui suivit la mort de M. de Turenne. Cette même protection avoit fait sa femme dame du palais de la Reine.

Elle étoit belle, encore plus piquante, toute faite pour la cour, pour les galanteries, pour les intrigues ; l'esprit du monde à force d'en être, peu ou point d'ailleurs, et toute

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la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fût. M. de Louvois la trouva fort à son gré, et elle s'accommoda fort de sa bourse et de figurer par cette intimité. Lorsque le Roi eut et changea de maîtresses, elle fut toujours leur meilleure amie ; et quand il lia avec M"* de Soubise, c^étoit chez la maréchale qu'elle alloit, et chez qui «lie attendoît Bontemps à porte fermée, qui la menoît par des détours chez le Roi. La maréchale elle-même me Ta conté, et comme quoi elle fut un jour embarrassée à se défaire du monde que M"^ de Soubise trouva chez elle, qui n'avoit pas eu le temps de Tavertir ; et comme elle mouroit de peur que Bontemps ne s'en retournât, et que le rendezvous manquât, s'il arrivoit avant qu'elle se fftt défaite de sa compagnie.

Elle ftit donc amie de M"** de la Vallîère, de Montespan it de Soubise, et surtout de la dernière, jusqu'au temps où j'ai connu la maréchale, et le sont toujours demeurées intimement. Elle le devint après de M"* de Maintenon, qu'elle avoit connue chez M"* de Montespan, et à qui elle s'attacha à mesure qu'acné vit arriver et croître sa faveur. Elle étoit telle au mariage de Monseigneur que le Roi n'eut pas honte de la faire dame d'atour de k nouvelle Dauphine ; mais n'osant aussi l'y mettre en plein, il ne put trouver mieux que la maréchale àe Rochefort pour y être en premier, et pour s'accommoder d'une compagne si étrangement inégale, et avoir cependant pour elle toutes les déférences que sa faveur exigeoit. Elle y remplit parfaitement les espçrances qu'on en avoit connues, et sut néanmoins avec cela se <*oncilier Famitié et la confiance de Madame la Dauphine jusqu'à sa mort, quoiqu'elle ne pût souffrir M"* de Maintenon, ni M"* de Maintenon cette pauvre princesse.

Une femme si connue du Roi, et si fort à toutes mains, <*loit son vrai fait pour mettre auprès de M"* la duchesse de Chartres, qui entroit si fort de travers dans une famille tellement au-dessus d'elle, et avec une belle-mère outrée, et qui n'étoit pas femme à contraindre ses mépris. Si une maréchale de France, et de cette qualité, avoit surpris le

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