MORT DU DDC DE BRISSAC
avoir jamais vu homme ni femme qu'on pût nommer. Cossé étoit fils du frère cadet de son père, mort chevalier de Tordre. 11 avoit épousé depuis plusieurs années une fille de Bechameil, qui étoit surintendant de Monsieur, sœur de la femme' de Desmarets, neveu de M. Golbert, chassé et longtemps exilé à sa mort, et de Nointel, (fue Monsieur fit faire intendant en Bretagne, puis conseifler d'État.
J'appris cette mort à Versailles, où j'étois presque toujours. Je compris aussitôt que Cossé trouveroit des difficultés à être duc de Brissac, par le fond de la chose même et par la sottise de bien des ducs. Je sentis en même temps combien il importoît à la durée des duchés qu'il le fût, et je me hâtai dès le lendemain matin d'en parler à M. de la Trémoille, à M. de la Rochefoucauld et à quelques autres, que je persuadai si bien qu'ils me promirent d'appuyer Cossé tant qu'ils pourroient, et de prendre même fait et cause pour lui si cela devenoit nécessaire. Je ne m'étois pas trompé à ne pas perdre de temps. Le soir même, comme on attendoit le coucher du Roi, le duc de Rohan parut dans le salon, devenu depuis la chambre du Roi; il vint à moi, et me dit que plusieurs ducs l'avoientvu a Paris, sur la prétention de Cossé, dont on ne douloit pas, qu'ils étoient fort résolus à s'y opposer, et Tavoient prié de m'en parler de leur part. Le duc de Gramont s'étoit aussi chargé de m'en parler, et à plusieurs autres. 11 s'étendit sur l'avantage de gagner un rang d'ancienneté, et de diminuer le nombre des ducs. Je lui répondis que j'élois surpris que lui, qui étoit plus instruit que ceux dont il me parloit, eût pu se laisser prendre à leurs raisons; qu'il étoit à la vérité fort à désirer que les rangs d'ancienneté parmi les ducs ne tussent pas troublés par des chimères et des prétentions qui n'avoient que du crédit, comme celle de M. de Luxembourg et plusieurs autres, et qu'il plût au Roi de ne plus prodiguer si facilement cette dignité, mais que de chercher à Téleindre sur un issu de mule en mâle d'un