DIFFICULTÉS A SUCCÉDER
duc, c'étoit réteindre un jour sur nous-mêmes, puisqu'il n'y avoit aucun de nous à qui cela ne pût arriver dans sa maison en plusieurs façons; que je croyois, au contraire, qu'il étoit d'un intérêt très-principal de conserver le plus longuement qu'il étoit possible les duchés dans les maisons où elles ^ étoient, et pour l'honneur de la dignité et pour l'intérêt des maisons, quand c'étoit une succession de mâle en mâle, et non pas des extensions chimériques, par des femelles ou par des parentés masculines, qui ne sortoient point de celui en faveur duquel le duché étoit érigé; que le cas de Gossé étoit simple, que son père étoit fils puîné et frère puîné des ducs de Brissac, et lui cousin germain de celui qui venoit de mourir, par conséquent en tout droit et raison de l'être, et nous en tout intérêt de l'y aider; qu'à l'égard du rang, je ne pouvois m'empêcher de lui dire que c'étoit une raison misérable, et qu'autant qu'il étoit insupportable de céder à des chimères, ou à des entreprises, ou à des nojiveautés, autant étoit-il agréable de suivre une règle honorable entre nous de précéder ses cadets, et de n'avoir aucune peine à avoir des anciens et à leur iîéder partout. M. de Rohan n'étoit pas à un mot, ni aisé à persuader : après avoir écouté ses répliques, et qu'il eût vu que je ne me rendois point, il me dit d'un ton plus haut que lui et ces Messieurs auroient beaucoup de déplaisir si je ne voulois pas être des leurs, mais que leur résolution étoit prise d'intervenir contre Gossé, et de demander que le duché-pairie de Brissac fût déclaré éteint. A ce mot je le pris par le bras, et lui répondis que si lui et ces Messieurs tenoient bon, nous verrions donc un .schisme, parce que j'avois parole de MM. de la Trémoille, de Ghevreuse, de la Rochefoucauld, de Beauvillier et de plusieurs autres, de prendre , si le cas y échéoit, fait et cause pour Gossé ; et qu'on verroit alors qui auroit plus de raison et meilleure grâce, de ceux qui soutiendroient la conservation de la
1. Cinq lignes plus loin, Saint-Simon écrit le duché, au masculin.