ENTREPRISES LORRAINES
mais sur ce qui regardoit intrinsèquement la succession à la dignité. II venoit presque tous les jours chez moi, ou y envoyoit, tant que Tafifaire dura, qui ne fut pas sans épines fréquentes et fortes, et qui passa la révolution de cette année.
A la suite de ce récit de pairie, j'en ferai un autre, à peu près de la même matière, sur ce qui arriva le 6 janvier chez M"* la duchesse de Bourgogne, à l'audience de M. le comte de Jersey, ambassadeur d'Angleterre. Je serois trop long et sortirois du dessein de ces Mémoires, si j'entreprenois d'expliquer l'origine, les entreprises et les progrès du rang et des prétentions de la maison de Lorraine en France, et à son exemple de celui des princes étrangers. Pour me rabattre au fait dont il s'agit, il suflSra de savoir qu'aux cérémonies de la cour, entrées, mariages des rois, baptêmes, obsèques, il y a eu souvent des disputes entre les duchesses et les princesses étrangères pour la préséance, que les rois ont cru de leur intérêt de laisser subsister sans les décider, pour entretenir une division qu'ils se sont crue utile, à quoi ce n'est pas ici le lieu de répondre.
Dans l'ordinaire de la vie, comme cercles, audiences, comédies, en un mot tous les heux journaliers et de cour, et de commerce du monde, jamais il n'y en avoit, et entre elles, elles se plaçoient indifféremment comme elles se rencontroient. La Reine avoit des dames du palais, duchesses et princesses : M"" de Chevreuse, de BeauviUier, de Noailles, et plusieurs autres duchesses; la princesse de Baden, sœur du comte de Soissons, tante paternelle de l'autre et du prince Eugène devenu depuis si fameux, fille de M"* de Garignan, princesse du sang vivante, et à Paris et à la cour, mère du prince Louis de Baden qui s'est illustré à la tête des armées de l'Empereur et de l'Empire, et dont la fille a épousé M. le duc d'Orléans, petit-fils de Monsieur, longues années depuis; M"* d'Armagnac, la môme dont il va être ici question, M"' d'Elbceuf, et d'autres encore. Jamais de dispute, et
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jamais entre elles elles n'ont pris garde à rien, et cela avoit toujours duré ainsi jusque vers la fin de la vie de Madame la Dauphîne-Bavière , que la princesse d'Harcourt commença la première à devenir hargneuse, et M"* d* Armagnac aussi. La première avoit peu à peu gagné toute la protection de M'* de Maintenon, avec qui Brancas, son père, avoit été longtemps plus que bien, et il falloit à M** de Maintenon une raison aussi forte pour pouvoir prendre en faveur une personne qui en étoit aussi peu digne. Gomme toutes celles de peu qui ne savent rien que ce que le hasard leur a appris, et qui ont longtemps langui dans Fobscurité avant que d'être parvenues, M** de Maintenon étoit éblouie de la principauté, même fausse, et ne croyoit pas que rien le pût disputer à la véritable.
La maison de Lorraine n'ignoroit pas cette disposition. Monsieur le Grand balançoit qui que ce fût dans Tesprit du Roi ; et le chevalier de Lorraine, qui avoit infiniment d'esprit, et tout celui des Guises, avoit Monsieur en croupe, à qui le Roi, qui ignoroit beaucoup de choses, se rapportoit fort ordinairement sur tout ce qui fait partie du cérémonial. Ce fut donc par l'avis du chevalier de Lorraine que sa belle-sœur et la princesse d'Harcourt commencèrent à entreprendre. Il compta avec raison avoir afi'aire aux personnes du monde les moins unies, les moins concertées, les moins attentives, qui ne s'apercevroient de rien qu'après coup, qui ne sauroient par ces défauts comment se défendre, sur quoi le passé lui répondoit de l'avenir; car c'est de la sorte que de conjonctures, d'entreprises, et pièce à pièce, que* leur rang s'est formé et maintenu, et qu'il prétendoit l'étendre et l'agrandir. Il coniptoit encore, ou que de guerre lasse on les laisseroit faire, ou qu'à force de disputes, avec les appuis que je viens d'expliquer et la prédilection constante de la Reine mère pour les princes, dont il étoit resté quelque chose au Roi, ils tireroient tou-