‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 189 sur 333 · ORIGINE DU CHAPEAU · texte numérisé non relu

ORIGINE DU CHAPEAU

maréchal, comme tels et non comme ducs; et insensiblement c'a été un nouveau degré de distinction pour les princes à qui la conduite à Taudience est demeurée.

Mais pour cet avantage ils n'avoient pas celui de se couvrir : l'ambassadeur seul jouîssoit de cet honneur, et le prince qui le menoit à Faudience y assîstoit découvert. Quelque entreprenants que se soient montrés les Guises, jamais ils n'ont imaginé de se couvrir devant les rois qu'ils maîtrisoient, et dont ils étoient sur le point d'usurper la couronne : cet usage ne s'introduisit que sous Henri IV, et en voici loccasion.

Après l'entière chute de la Ligue et la paix de Vervins, il vint un ambassadeur d'Espagne en France, qui étoit grand d'Espagne. Il alla trouver le Roi à Monceaux, où il étoit avec peu de monde, et il l'accompagna dans ses jardins que le Roi avoit fait faire, et qu'il se plut à lui montrer. Dans les commencements de la promenade, le Roi se couvrit; l'ambassadeur, accoutumé à se couvrir en même temps que le roi d'Espagne se couvroit, se couvrit aussi. Henri IV le trouva fort mauvais; il ne voulut pourtant rien marquer à l'ambassadeur, mais jetant les yeux autour de soi, il commanda à Monsieur le Prince, à M. de Mayenne et à M. d'Espernon de se couvrir, qui étoient les seuls grands qui de hasard se trouvèrent à cette promenade. De là M. de Mayenne obtint de se couvrir aux audiences des ambassadeurs ; à plus forte raison Monsieur le Prinee, et l'heureux duc d'Espernon aussi, par la fortune de s'être trouvé là en troisième avec eux. Avec M. de Mayenne, ceux de sa maison qui conduisoient les ambassadeurs à l'audience se couvrirent, et une fois couverts, s'y couvrirent toujours, menant ou non les ambassadeurs. Sur cet exemple, les enfants de M. d'Espernon se couvrirent de même, parce que cet honneur vint pour eux tous de la même origine à Monceaux. Les princes des maisons de Savoie et de Longueville, égalés en tout aux Lorrains, se couvrirent de même, et par conséquent les cardinaux, supérieurs à tous en rang, et les princes du sang, quand

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