ACQUISITION DE L*HÔTEL DE GUISE
fort la taille et le maintien; mais il n'étoit pas, comme de raison, à beaucoup près si paré, et moins gros. Il étoit fort bien et fort familier avec Monseigneur. Il avoit tout un côté du visage en paralysie, et à force de persévérance à Vichy, où il s étoit bâti une maison, il put n'y plus retourner, et n'eut plus du tout d'apolexie. Sa sœur avoit épousé (lUiscard ; elle logeoit avec lui, et Guiscard où bon lui sembloit. Us saimoient et s'estimoient peu Tun Tautre; mais Langlée étoit fort riche, et tout aussi éloigné de se marier, par conséquent fort ménagé par sa sœur, qu*il aimoit, et par son beau-frère. Une espèce comme celle-là dans une cour y est assez bien; pour deux c'en seroit beaucoup trop. Finalement les personnes les plus sérieuses et les plus importantes, et les moins en commerce avec lui (et celles-là étoient en petit nombre), le ménageoient, et il n'y avoit qui que ce fût qui se voulût attirer Langlée.
Tandis que tout étoit cet hiver en bals et en divertissements, la belle M"' de Soubise (car elle Tétoit encore, et rétoit fort utilement toujours], travailloît à des choses plus sérieuses. Elle venoit d'acheter Timmense hôtel de Guise à fort grand marché, que le Roi lui aida fort à payer. Elle en avoit tiré une autre faveur, qui ne fut qu'une semence; c'étoit sa protection pour faire passer les preuves de son tîls pour être chanoine de Strasbourg. La mère de M. de Soubise étoit Avaugour, des bâtards de Bretagne : cela ii'étoit déjà pas trop bon pour un chapitre allemand, où la bâtardise est abhorrée, de sorte qu'aucun prince du sang i5orti par femme de M"** de Montespan, ni aucune princesse ilu sang venue d'elle n'entreroit dans pas un chapitre iV Allemagne; mais ce n'étoit pas là le pis : c'est que la mère de cotte Avaugour, par conséquent grand'mère de II. de Soubise, étoit Fouquet, non des Foucquets du surintendant (et le reconfort en eût été médiocre), mais propre fille de ce cuisinier, auparavant marmiton, après portemanteau d'Henri IV, qui à force d'esprit, d*adresse, do le bien servir dans ses plaisirs, le servit dans ses alfa ires, devint M. de la Yarenne, et fut compté le reste de
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ce règne, où il s'enrichit infiniment, le même qui après la mort d'Henri IV se retira & la Flèche, qu'il partageoit avec les jésuites, qu'il avoit plus que personne fait rappeler et rétablir, et dont j'ai raconté la mort singulière à propos du mariage d'un de ses descendants avec une fille de Tessé. Cette la Varenne étoit donc la bisadfeule de l'abbé de Soubise. Comment la compter parmi les seize quartiers à prouver? comment la sauter? Cette difficulté n'étoit pas médiocre : on ne fit ni l'un ni l'autre.
Camilly, fin Normand, de beaucoup d'esprit et d'adresse, étoit grand vicaire de Strasbourg et de ces sous-chanoines sans preuves, et la Bâtie, qui n'avoit ni moins d'esprit, de souplesse et d'industrie, se trouvoit lieutenant de Roi de Strasbourg, et tous deux gens venduÀ àleurs vues, àla cour et & tout faire. Par le conseil de la comtesse de Furstemberg, de laquelle je parjerai après. M** de Soubise se livra & eux, mais avec le Roi en croupe, qui leur fit parler & l'oreille en maître et en amant; car, bien que le commerce fini, il le demeura toute sa vie, ou en usa comme s'il l'eût encore été. Ces deux hommes firent si bien que les preuves tombèrent à des commissaires bons Allemands, grossiers, ignorants, et fort aisés à tromper : on les étourdit du grand nom de MM. de Rohan; on les éblouit de leurs dignités et de leurs établissements; on les accabla de leur rang de prince étranger, et on les mit aisément hors de tout doute sur les preuves, qu'on ne leur présenta que comme une cérémonie dont personne n'étoit dispensé, et dont l'abbé de Soubise avoit moins besoin d'être dispensé que personne.
Ces Avaugours prennent très-franchement le nom de Bretagne : MM. de Rohan ont épousé plusieurs filles ou sœurs des ducs de Bretagne ; on ne le laissa pas ignorer aux commissaires, qui ne se doutèrent point de la totale diférence de celte dernière Bretagne-ci; et quant & sa mère, on la leur donna effrontément pour être d'une ancienne maison de la Varenne en Poitou, depuis longtemps éteinte, avec qui ni les Avaugours ni les Rohans
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n'eurent jamais aucune alliance. Par ces adresses, ou plutôt hardiesses, Tabbé de Soubise passa haut à la main, fut admis et reçu dans le chapitre, et, sa brillante Sorbonne achevée, y alla faire ses stages, y déployer ses agréments et ses charmes, et capter le chapitre et tout ce qui est à Strasbourg. Ce grand pas toutefois n'étoit que le premier échelon et le fondement indispensable de la grandeur où la belle dame destinoit un fils en la. fortune duquel le Roi ne se croyoit pas moins intéressé qu'elle, et qu'il desîroit par d'autres détours égaler à MM. du Maine et de Toulouse : il ne s'agissoit donc de rien moins que de lui assurer l'évôché de Strasbourg.
Quelle que fût la bonne volonté du Roi pour M"* de Soubise, il se trouvoit des obstacles à cette affaire, qui furent peut-être autant surmontés par la conjoncture que par la seule faveur : l'abbé d'Auvergne étoit depuis longtemps chanoine de Strasbourg; il y avoit fait de longs séjours; il avoit mis un de ses frères dans ce chapitre; depuis que le cardinal de Bouillon étoit à Rome, il lui eh avoit obtenu la première dignité, qui est celle de grand prévôt, et le cardinal lui-même s'y étoit fait chanoine ; l'abbé d'Auvergne étoit prêtre, coadjuteur de Cluni, et son oncle, pourfavancer, n'avoit pas trouvé au-dessous de sa vanité de le faire grand vicaire de l'archevêque de Vienne, Montmorin, et de lui en faire faire les fonctions dans ce diocèse; enfin il étoit beaucoup plus avancé en années, en établissements, en ancienneté à Strasbourg que l'abbé de Soubise; mais il s'en falloit bien que sa réputation fût entière : ses mœurs étoient publiquement connues pour être celles des Grecs, et son esprit pour ne leur ressembler en aucune sorte ; la bêtise déceloit sa mauvaise conduite, son ignorance parfaite, sa dissipation, son ambition, et ne présentoit pour la soutenir qu'une vanité basse, puante, continuelle , qui lui attiroit le mépris autant que ses mœurs, qui éloignoient* de lui tout le monde, et qui le jetoit dans des panneaux et des ridicules continuels. Son frère, aussi
1. Êloignoient se rapporte à tnœursy les autres ycrbcs à fUMité.