TRAITÉ DE PARTAGE
De lui codtoit rien à faire; et pour dédommagement, le Milanois à Monsieur de Lorraine, qui y gagnoit les trois quarts de revenu et d'étendue, et d'esclave de la France par Tenclaveinent de la Lorraine, de devenir un prinee puissant et libre en Italie, et qui feroit compter avec lui.
Le roi d'Angleterre fit donc d'abord cette proposition na Roi, qui las de la guerre, et dans un âge et une situation qui lui faisoit goûter le repos, disputa peu et accepta. Monsieur de Lorraine n'étoit ni en intérêt ni en état de ne pas consentir auchangement de pays que l'Angleterre avec la Hollande lui proposèrent d'une part, et le Roi de Tautre, qui lui envoya Caillières. Cela fait, il fut question de l'Empereur. Ce fut où tout le crédit et l'adresse du roi d'Angleterre échouèrent : l'Empereur vouloit la succession entière ; il se tenoit ferme sur les renonciations du mariage du Roi ; il ne pouvoit souffrir de voir la maison d'Autriche chassée d'Italie, et elle l'étoit entièrement par le projet du roi d'Angleterre, qui donnoit à la France les places maritimes de Toscane que l'Espagne tenoit, connues sous le nom degli Presidii. Pressé par Villars, envoyé du Roi, par l'Angleterre, par la Hollande, qui avoîent signé le traité et qui lui faisoient entendre qu'ils se joindroient contre lui s'il s'opiniâtroit dans le refus d*un si beau partage, il se tint ferme à répondre qu'il étoit înouî, et contre tout droit naturel et des gens, de partager une succession avant qu'elle fût ouverte; et qu'il n'entendroit jamais à rien là-dessus pendant la vie du roi d'Espagne, chef de sa maison, et qui lui étoit si proche. Cette r^stance, et plus encore l'esprit de cette résistance, divulgua bientôt le secret qui devoit durer jusqu'à la mort du roi d'Espagne, qui fut averti par l'Empereur et pressé de faire un testament en faveur de l'archiduc et de sa propre maison.
Le roi d'Espagne jeta les hauts cris, comme si on Teût voulu dépouiller de son vivant, et son ambassadeur en fit un tel bruit en Angleterre, et en des termes si peu respectueux, jusqu'à nommer le roi d'Angleterre le roi Guil-
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taume, que ce prince lui fit dire de sortir en quatre jours d'Angleterre, ce qu'il exécuta, et se retira en Flandres. Mais 1 Empereur, quoique mécontent du roi d'Angleterre le vouloit méçager dans ce qui n'étoit pas le point principal, pour ne se brouiller pas absolument avec lui. 11 s'offrit entre lui et le roi d'Espagne, et fit en sorte que ce mécontentement accessoire se raccommoda, et que l'ambassadeur d'Espagne retourna à Londres.
Harcourt eut à essuyer à Madrid toutes les plaintes et les clameurs; elles furent au point que, sur le comprte qu'il rendit de tous les désagréments qu'il essuyoit et de l'inutilité où il se voyoit par cette découverte, il eut permission de revenir. Il laissa Blécourt, son parent, qu'il avoit mené avec lui, et qui étoit homme ferme et capable d'affaire, quoique il n'eût fait toute sa vie d'autre métier que celui de la guerre, et qui, en l'absence d'ambassadeur, servit très-bien et très-dignement, avec le caractère d'envoyé du Roi.
LEmpereur cependant ne pensoit qu'à fortifier son parti en Espagne. La reine sa belle-sœur y étoit toute-puissante; elle avoit fait chasser les plus grands seigneurs et les principaux ministres, qui ne ployoient pas sous elle. Par sa faveur, la Berlips étoit Tobjet de l'envie universelle : elle prenoit à toutes mains et vendoit les plus grands emplois. Un de ses enfants avoit été fait par le roi d'Espagne archimandrite de Messine, qui est un bénéfice de quatrevingt-dix mille livres de rente, par la mort d'un frère du duc de Lorraine; et le prince de Hesse-Darmstadt, vice-roi de Catalogne, et colonel des Allemands, dont elle avoit rempli Madrid. Quoique elle eût réduit Harcourt à la plus honteuse solitude, après avoir éprouvé tout le concontraire, elle ne laissa pas de lui détacher l'amirante, avec des propositions fortes pour elle et des espérances pour un des fils de Monseigneur. Harcourt, qui vouloit voir plus clair, et qui avec raison se défioit de la sœur de r Impératrice, battit froid, et disant toujours qu'il ne pouvoit écrire en France tant qu'il ne verroit que du vague,
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ne laissoit pas de le faire, et de se flatter de la plus grande fortune s'il pouvoit réussir. Mais en France on étoit content du traité de partage ; il étoit signé ; la sœur de rimpératrice y étoit trop suspecte, et Tamirante à Harcourt pour le moins autant, par la mauvaise réputation de sa foi, et par son attachement héréditaire à la maison d'Autriche, et très-particulier à la Reine. Harcourt eut donc ordre de ne plus rien écouter, qui en fut au désespoir, et quidedépits'éloignadeMadrid, et ne songea plus qu'à s'amuser &vec son domestique et à tirer des lapins, en attendant son retour, dont bientôt après il reçut la permission. Cette position si jalouse fit mettre toutes choses en œuvre pour recouvrer de l'argent, et se tenir en bonne posture et prêts ^ à tout événement. On commença par une recherche sourde des gens d'affaires, dont les profits avoient été immenses pendant la dernière guerre. Chamillart obtint à grand'peine permission du Roi de se servir de Desmarets pour cette opération. Il figurera assez dans la suite pour qu'il ne soit pas inutile de le faire connoltre dès à présent. C'étoit un grand homme très-bien fait, d'un visage et d'une physionomie agréable, qui annonçoit la sagesse et la douceur, qui étoient les deux choses du monde qu'elle tenoit le moins. Son père étoit trésorier de France à Soissons, qui étoit riche dans son état, fils d'un manant, gros laboureur d'auprès de Noyon, qui s'étoit enrichi dans la ferme de l'abbaye d'Orcamp, qu'il avoit tenue bien des années, après avoir labouré dans son jeune temps. Son fils, le trésorier de France, avoit épousé une sœur de M. Colbert, longtemps avant la fortune de ce mi^ nistre, qui depuis prit Desmarets, son neveu, dans ses bureaux, et le fit après intendant des finances. Cétoit un homme d'un esprit net, lent et paresseux, mais queTambition et l'amour du gain aiguillonnoit, en sorte que M. de Seignelay, son cousin germain, Tavoit pris en aversion, parce que M. Colbert le lui donnoit toujours pour exemple. Il lui fit épouser la fille de Bechameil, secrétaire du