DESMARETS
conseil, qui devint après surintendant des finances et affaires de Monsieur, quand il chassa Boisfranc, beaupère du marquis de Gesvres. Desmarets, élevé et conduit par son oncle, en avoit appris toutes les maximes et tout fart du gouvernement des finances; il en avoit pénétré parfaitement toutes les différentes parties, et comme tout lui passoit par les mains, personne n*étoit instruit ]^us à fond que lui des manèges des financiers, du gain qu'ils avoient fait de son temps, et par ces connoissances de celui qu'ils pouvoient avoir fait depuis.
Tout à la fm de la vie de M. Colbert, on s'avisa de faire à la Monnoie une quantité de petites pièces d'argent de la valeur de trois sols et demi, pour la facilité du commerce journalier entre petites gens. Desmarets avoit acquis plusieurs terres, entre autres Maillebois et l'engagement du domaine de Châteauneuf en Timerais, dont cette terre relevoit, et quantité d'autres sortes de biens. Il avoit fort embelli le château bâti par d'O, surintendant des finances d'Henri III et d'Henri IV. Il en avoit transporté le village d'un endroit à un autre pour orner et accroître son parc, qu'il avoit rendu magnifique. Ces dépenses, si fort au-dessus de son patrimoine, de la dot de sa femme et du revenu de sa place, donnèrent fort à parler. Il fut accusé ensuite d'aveir énormément pris sur la fabrique de ces pièces de trois sols et demi. Le bruit en parvint à la fin à M. Colbert, qui voulut examiner, et qui tomba malade de la maladie prompte dont il mourut. ' Preuves, doutes ou humeur, je n'assurerai lequel des trois, mais ce qui est de vrai, c'est que de son lit il écrivit au Roi contre son neveu, qu'il pria d'ôter des finances, et à qui il donna les plus violents soupçons contre lui: Colbert mort, et Pelletier contrôleur général de la façon de M. de Louvois, à qui et à M. le Tellier il étoit intimement attaché de toute sa vie, le Roi lui donna ordre de chasser Desmarets, et de lui faire une honte publique. C'étoit bouillir du lait à une créature de Louvois. Il manda Desmarets, et prit son moment à une audience publique. Là,
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au milieu de tous les financiers, qui rampoient et trembloient huit jours auparavant devant lai, et de tout ce qui se présenta là pour parler au contrôleur général, U appda Desniarets, et tout haut, pour que tout ce qui étoît là n'en perdit pas une parole : a M. Desmarets, lui dît-il, je sois fûché de la commission dont je suis chargé pour tous; le Koi m'a commandé de vous dire que tous êtes un fripon; que 31. Colbert Ten a averti; qu*en cette considération, il veut bien vous faire grâce , mais qu'entre ci et Tîngtquatrc heures vous vous retiriez dans votre maison de Mail le bois, sans en sortir ni en découcher, et que tous vous défassiez de Totre intendance des finances, dont le Roi a disposé. » Desmarets, éperdu, Toulut pourtant ouvrir la bouche, mais Pelletier tout de suite la lui ferma par un : a Allez-vous-en, M. Desmarets, je'n*ai autre chose à vous dire; » et lui tourna le dos. La lettre de M. Colbert mourant au Roi ferma la bouche à toute sa famille, tellement que Desmarets, dénué de toute sorte de protection, ifeut qu'à signer la démission de sa place et s^en aller à Maillcbois.
11 y fut les quatre ou cinq premières années sans avoir l:i liberté d'en découcher, et il y essuya les mépris du voisinage, et les mauvais procédés d'une menue noblesse ({ui se venge avec plaisir sur l'impuissance de Tautorité (lure qu'elle avoit exercée dans le temps de sa fortune. Mon père étoit ami de M. Colbert, de M. de Seîgnelay et de toute leur famille ; il connoissoit peu Desmarets, jeune Il 0111 me à son égard. La Ferté, où mon père passoit souvent la fin des automnes, se trouvoit à quatre lieues de Maillcbois. La situation de Desmarets lui fit pitié. Coupable ou non, car rien n'avoit été mis au net, il trouva que sa chute éloit bien assez profonde, sans se trouver encore mangé des mouches dans le lieu de son exil : il Falla voir, lui fit amitié, et déclara qu'il ne verroit pas volontiers chez lui ceux qui chercheroient à lui faire de la peine. Un reste de seigneurie palpitoit encore en ce temp&4à; mon père, toute sa vie honnête et bienfaisant, étoit fort rea-