‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 223 sur 333 · SES CHARGES DONNÉES 1 SON FILS · texte numérisé non relu

SES CHARGES DONNÉES 1 SON FILS

métier étoit de faire des affaires depuis un écu jusqu'aux plus grosses sommes, se chargea volontiers de celle-là. Elle la fit sur-le-champ, et le Vint dire à la Vrillière; il la renvoya à la comtesse de Mailly, qui sans bien et chargée d'une troupe d'enfants, garçons et filles, y avoit déjà consenti quand Châteauneuf tenta vainement la survivance. En même temps la Vrillière s'en va chez le chancelier, l'avertit de ce qu'il venoit de faire avec la princesse d'Harcourt, et l'envoie chez le Roi pour lui demander la charge en cadence de M** de Maintenon. Le chancelier fit demander à parler au Roi avant que personne fût entré. Le Roi venoit de lire la lettre de M** de Maintenon, et accorda sur-le-champ la charge, à condition du mariage, et l'un et l'autre fut déclaré au lever du Roi.

La Vrillière étoit extrêmement petit, assez bien pris dans sa petite taille. Son père, pour le former, Tavoit toujours fait travailler sous lui, et il en étoit venu à y tout faire. Tous ces la Vrillière, depuis le bonhomme la Vrillière, grand-père de celui-ci, avoient toujours été extrêmement des amis de mon père. Blaye, par la Guyenne, étoit de leur département. Cette amitié s'étoit continuée avec moi; je tirai d'eux plusieurs services importants pour mon gouvernement : je fus ravi que la charge fût demeurée à la Vrillière. 11 eût été bien à plaindre sans cela : d'épée ni de "obe, il n'avoit pris aucun de ces deux chemins; à la cour sans charge, quelle figure y eût-il pu faire? C'étoit un homme sans état et sans consistance. Sa future ne fut pas si aise que lui : elle n'avoit pas douze ans; elle se mita pleurer, et à crier qu'elle étoit bien malheureuse; qu'on lui donnât un homme pauvre si l'on vouloit, pourvu qu'il fût gentilhomme, et non pas un petit bourgeois pour faire sa fortune : elle étoit en furie contre sa mère et contre M** de Maintenon ; on ne pouvoit l'apaiser, ni la faire taire, ni faire qu'elle ne fit pas la grimace à la Vrillière et à toute sa famille, qui accoururent la voir, et sa mère. Ils le sentirent tous bien, mais le marché étoit fait, et trop bon pour eux pour le rompre. Ils espérèrent que c'étoit

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enfance qui passeroit, mais ils respérërent yaÎDement: jamais elle ne s'est accoutumée à être M"* de la Yrillière, et souvent elle le leur a montré.

Le Roi fit en ce môme temps un autre beau présent. Cauvisson mourut en Languedoc, dont il étoit un des trois lieutenants généraux; il n'avoit qu'une fille unique, qu'il avoit mariée à son frère ; son fils avoit été tué peu après son mariage avec la sœur de Biron, dont il n*avoit point eu d'enfants; et M** de Nogaret, sa veuve, étoit dame du palais de M"* la duchesse de Bourgogne, et întimemeut amie de M*' de Saint-Simon et de moi. Cauvisson, frère et gendre, demandoit la charge. C'étoit une fort vilaine figure d*homme, mais avec beaucoup d'esprit, de lecture et de monde, aimé et mêlé avec tout le meilleur et le plus brillant de la cour dès qu'il y revenoit, car il étoit souvent en Languedoc, où son frère passoit sa vie. Il avoit été capitaine aux gardes, et avoit quitté : c*étoit le grief. M. du Maine, gouverneur de la province, demanda la charge pour lui. Cela dura quelques jours. Le Roi, qui voulut suivre sa maxime de refuser tout à ceux qui avoicnt quitté le service, et qui ne manquoit aucune occasion d'élever M. du Maine et de relever son crédit, remplit CCS deux vues : il donna la charge à M. du Maine, pour en disposer en faveur de qui il voudroit; il la donna à Cauvisson, qui de la sorte la tint de lui et point du Roi.

Une autre grâce plus importante fut la nomination au cardinalat que le Roi donna à l'archevêque de Paris, qui n'en avoit fait aucune démarche; mais son frère etM"*de Maintenon firent tout pour lui. On ne le sut que par les lettres de Rome. 11 n'attendit pas deux mois la pourpre depuis sa nomination. Le Pape avoit résolu de faire la promotion des couronnes dès qu'il y auroit trois chapeaux vacants. Le cardinal Maldachini mourut le troisième, et aussitôt, c'est-à-dire le 28 juin, il arriva un courrier de M. de Monaco, qui apporta la nouvelle que le Pape avoit fait le cardinal de Noailles pour la France, le cardinal de Lambcrg, évoque de Passau, pour FEmpe-

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