Cessac est la forme la plus ordinaire de ce nom
1698] MARIAGE DE SEISSAC. 37
"^ns bruit le garçon bleu qui tenoit le panier des cartes et le Cartier : les cartes se trouvèrent pipées, et le cartier, pour avoir grâce, avoua que c*étoit Seissac qui les Ini avoit fait faire, et Favoit mis de part avec lui.
Le lendemain, Seissac eut ordre de se défaire de sa charge et de s'en aller chez lui. Au bout de quelques années, il obtint la permission d'aller en Angleterre. Il y joua plusieurs années, et gagna extrêmement. A son retour, il eat liberté de se tenir où il voudroit, hors de se présenter devant le Roi. Il s'établit à Paris, où il tint grand jeu chez lui. Après, Monsieur, à qui tout étoit bon pour le jeu, demanda permission au Roi pour que Seissac pût jouer avec lui à Paris et à Saint-Cloud. Monseigneur, à la prière de Monsieur, obtint la même permission pour Meudon, et de l'un à l'autre ces deux princes se le firent accorder pour jouer à Versailles, et de là à Marly, où, sur le pied de joueur, il étoit à la fin de presque touô les voylges. C'étoit un homme très-singulier, qui comptoit le mépris et les avanies pour rien, et qui avoit encore la fantaisie de ne porter le deuil de personne. Il disoit que cela l'attristoit et n'étoit bon à rien, et le soutint ainsi, et de ses plus proches, toute sa vie. Ils le lui rendirent; car lorsqu'il mourut, M. de Chevreuse ni pas un parent ne portèrent le deuil de lui. Soa nom, maintenant éteint, étoit CastelotQ, non pas des Castelnau du maréchal de France, mais il portoit celui de Clermont Lodève, d'une héritière de cette maison anciennement éteinte, qui en avoit apporté les biens dans la sienne.
Le troisième mariage fut plus brillant et mieux assorti pour les âges. Ce fut celui du comte d'Ayen avec M"* d'Aubigné. Le Roi avoit eu grande envie de la faire épouser au prince de Marsillac, petit-fils de M. de la Rochefoucauld. Loi et M"* de Maintepon ne s'aimoient point, et ne s'étoieot jamais aimés.^ avoit été toujours fort bien avec I* de Montespan, et surtout avec M"* de Thianges, dont 3 aimoit encore les enfaniy'Le Roi s'en apercevoit; il ne laissoit pas de désirer que cela fût autrement entre eux.
38 MARIAGE DU COMTE d'AYEN [16981
Comme ils n'avoient jamais été brouillés, et qu'ils n'avoient aucun rapport ensemble, l'embarras étoit la façon de les mettre sur un autre pied, d'autant qu'il n'y avoit rien à l'extérieur, et qu'ils en savoient trop tous d'eux pour s'attaquer et n'avoir pas tous les ménagements possibles. M. de là Rochefoucauld, à qui le Roi en parla, n'y consentit que par respect et complaisance; M"* de Maintenon, qui avoit ses raisons pour un autre choix, répondit au Roi froidement. Tant de glace des deux côtés rebutèrent le Roi, qui n'en parla plus que foiblement à M"* de Maintenon, pour lui demander à qui elle pouvoit donner la préférepce sur un homme de la naissance, des biens et des charges qu'auroit le prince de Marsillac. Elle lui proposa le comte d'Ayen. A son tour le Roi ne répondit pas comme M"* de Maintenon l'eût désiré. Il n'aimoit point M"* de Noailles : elle avoit trop d'esprit pour lui, et trop entrante et trop intrigante ; c'étoit la mettre dans leur sanctuaire intime, et le Roi avoit peine à s'y résoudre. M"* de Maintenon, qui se vouloit entièrement attacher Monsieur de Paris, et à l'appui de l'affaire de Monsieur de Cambray se frayer un chemin d'avoir part aux affaires de l'Église, et aux bénéfices surtout, qu'elle n'avoit jamais pu entamer au P. de la Chaise, tourna si bien le Roi, qui aimoit M. de Noailles, et à le rassurer sur ce qu'elle écarteroit M"* de Noailles de leurs particuliers, que le mariage fut agréé, et tout aussitôt conclu.
^ / M"* de Maintenon assura six cent mille livres sur son bien après elle; elle en avoit beaucoup plus, et point d'autre héritière. Le Roi donna trois cent mille livres comptant , cinq cent mille livres sur l'hôtel de ville , pour cent mille livres de pierreries, avec les survivances du gouvernement de Roussiilon, Perpignan, etc., de M. de Noailles, de trente-huit mille livres de rente au soleil, et de celui de Berry, de M. d'Aubigné, de trente mille livres de rente , et sur le tout une place de dame du palais. La déclaration s'en fit le mardi 11 mars. Le lendemain, M"* de Maintenon se mit sur son lit au sortir de table, et les
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portes furent ouvertes aux compliments de toute la cour. M"* la duchesse de Bourgogne, toute habillée, y passa la journée, tenant M"' d'Aubigné auprès d'elle, et faisant les honneurs comme une particulière* chez une autre. On peut juger si personne s'en dispensa, à commencer par Monseigneur. On y accourut de Paris, et Monsieur, qui y étoit, vint exprès. Le mardi dernier mars, ils furent fiancés le soir à la chapelle. M"* la duchesse de Bourgogne et toute la cour aux tribunes, et la noce en nas. Tout ce qui en étoit avoit vu le Roi chez M"* de Maintenon avant son souper. Le lendemain, tard dans la matinée. M"* de Maintenon vint avec toute la noce à la paroisse, où Monsieur de Paris dit la messe et les maria, d'où ils allèrent tous dîner chez M. de Noailles, dans Tapparlement de M. le comte de Toulouse, qu'il lui avoit prêté. L'àprès-dînée, M** de Maintenon sur son lit, et la comtesse d'Ayen sur un autre dans une autre pièce joignante, reçurent encore toute la cour. On s'y portoit, tant la foule y étoit grande, mais la foule du plus distingué. Le soir, on soupa chez M** de Maintenon, avec elle et M""* la duchesse de Bour- gogne, et les hommes dans une autre chambre. Après souper, on coucha les mariés dans le môme appartement. Le Roi donna la chemise au comte d'Ayen, et M"* la duchesse de Bourgogne à la mariée. Le Roi les vit au lit avec toute la noce; il tira lui-môme leur rideau, et leur dit pour bonsoir qu'il leur donnoit à chacun huit mille livres de pension. Le Roi en môme temps paya les dettes de M. de la Rochefoucauld, qui se montoient fort haut : ainsi il ne perdit pas tout au mariage de M"* d'Aubigné, auquel j'ai oublié de remarquer que M. et M"' d'Aubigné se trouvé- c/ ^. «^i rent et furent à tout.
La joie de M. de la Rochefoucauld fut un peu troublée par la perte qu'il fit de son frère, l'abbé de Marsillac : je dis un peu, parce que l'amitié n'étoit pas bien vive, quoi-' que bienséante. L'esprit, le bon sens, le goût de la bonne compagnie, et la considération dégagée de celle de la naissance, de la faveur et des places, étoient devenus dans
40 MORT DE L^ÂBBÉ DE MARSILLÂG. [1698]
cette famîUe un apanage de cadets. Celui-ci et le feu chevalier de la Rochefoucauld son frère, qui étoient tendrement unis, avoient pleinement joui de ces avantages et de la douceur de beaucoup d'amis particuliers, dont ils furent fort regrettés. Ils étoient fort goutteux, et on ne les voyoit jamais à la cour. Ceux qui ont vu M. de la Rochefoucauld le père prétendoient que Tabbé de Marsillac'en faisoit fort souvenir dans ses manières et dans la conversation. Ce même apanage se maintint dans la seconde génération : M. de Liancoiirt le recueillit tout entier, et il ne passa plus outre. Les abbayes de Fabbé de Marsillac furent sur-lechamp données à Tabbé de la Rochefoucauld, qui en avoit déjà beaucoup. Il étoit oncle paternel de M. de la Rochefoucauld, et toutefois de son même âge. Il aimoit tant la chasse, que le nom d'abbé Tayaut lui en étoit demeuré. M. de la Rochefoucauld, à qui dans leurs temps de misère il avoit donné tout le sien, l'aimoit avec une extrême tendresse et une grande considération; il le logeoit, et Favoit toujours partout avec lui à la cour. C'étoit le meilleur homme, mais le plus court et le plus simple, qui fût sur terre, et de la meilleure santé. Ni lui ni Fabbé de Marsillac n'étoient point dans les ordres.
M. le prince de Conti perdit son fils, le prince de la Roche-sur-Yon, qui n'avoit que quatre ans. Le Roi en prit le deuil en noir. Il ne portoit point le deuil des enfants audessous de sept ans, et on ne Favoit pas porté de ceux de lui et de la Reine, mais il avoit voulu faire cet honneur-là à M. du Maine pour un des siens, et n'osa pas après cela ne le pas prendre de ceux des princes du sang. Il alla voir M. le prince et M"* la princesse de Conti; les princes du sang s'y trouvèrent, et le reconduisirent jusque chez M"* deMaintenon.
Fervaques mourut en ce môme temps, en revenant de Bourbon. C'étoit un vieux garçon, honnête homme, toujours galant, qui n'avoit jamais été marié, et qui avoit acheté, il y a longtemps, du grand prévôt, le gouvernement du Maine et du Perche, qui vaut quatorze mille livres