‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 254 sur 333 · CHUTE DE LA REINE D*£SPÂGNE · texte numérisé non relu

CHUTE DE LA REINE D*£SPÂGNE

mée, le poussa à porter un autre coup, sans lequel ils ne crurent pas qu'il y eût moyen de rien entreprendre avec succès; ce fut de faire chasser le confesseur du Roi, qui lui avoit été donné par la Reine, et qui étoit un zélé autrichien.

Le cardinal prit si bien son temps et ses mesures qu*îl fit coup double : le confesseur fut renvoyé, et Portocarrero en donna un autre, auquel il étoit assuré de faire dire et faire tout ce qu'il voudroit. Alors il tint le roi d'Espagne par le for de la conscience, qui eut sur lui d'autant plus de pouvoir qu'il commençoit à ne regarder plus les choses de ce monde qu'à la lueur de ce terrible flambeau ^u'on allume aux mourants. Portocarrero laissa ancrer un peu le confesseur, et quand il jugea que l'état du roi d'Espagne le rendoit susceptible de pouvoir entendre mettre la maison de France en parallèle avec celle d'Autriche, le cardinal, toujours étayé et endoctriné par S. Estevan, altaqua le roi d'Espagne avec toute l'autorité qu'il recevoit de son caractère, de son concert avec le confesseur, et de l'avis de ce peu de personnages, mais si principaux, qui étoient du secret, auxquels l'importance et les conjonctures ne perniettoient pas qu'on en joignit d'autres. Ce prince, exténué de maux, et dont la santé, foible toute sa vie, avoit rendu son esprit peu vigoureux, pressé par de si grandes raisons temporelles, effrayé du poids des spirituelles, tomba dans une étrange perplexité. L*amour extrême de sa maison, l'aversion de sa rivale, tant d'États et de puissance à remettre à l'une ou à l'autre, ses affections les plus chères, les plus fomentées jusqu'alors, son propre ouvrage en faveur de l'archiduc à détruire pour la grandeur d'une maison de tout temps ennemie, le salut éternel, la justice, l'intérêt pressant de sa monarchie, le vœu des seuls ministres ou principaux seigneurs qui jusqu'alors pussent être sûrement consultés; nul Autrichien pour le soutenir dans ce combat; le cardinal et le confesseur sans cesse à le presser ; parmi cet avis, aucun dont il pût se défier, aucun qui eût de liaison en France ni avec

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