LE PAPE CONSULTÉ SECRÈTEMENT
nul François, aucun qui ne fût Espagnol naturel, aucun qui ne Tcût bien servi, aucun en qui il eût jamais reconnu le moindre éloignement pour la maison d* Autriche; un grand attachement, au contraire, pour elle en plusieurs d'eux : il n'en fallut pas moins pour le jeter dans une incertitude assez grande pour ne savoir à quoi se résoudre. Enfin, flottant, irrésolu, déchiré en soi-même, ne pouvant plus porter cet état, et toutefois ne pouvant se déterminer, il pensa à consulter le Pape, comme un oracle avec lequel il ne pouvoit faillir : il résolut donc de déposer en son sein paternel toutes ses inquiétudes, et de suivre ce qu'il lui conseilleroit. 11 le proposa au cardinal, qui y consentit, persuadé que le Pape, aussi impartial et aussi éclairé qu'il s'étoit montré depuis qu'il gouvernoit TËglise, et d'ailleurs aussi désintéressé et aussi pieux qu*il Fétoit, prononceroit en faveur du parti le plus juste.
Cette résolution prise soulagea extrêmement le roi d'Espagne; elle calma ses violentes agitations, qui avoient porté beaucoup encore sur sa santé, qui reprit quelque sorte de lueur. 11 écrivit donc fort au long au Pape, et se reposa sur le cardinal du soin de faire rendre directement sa lettre, avec tout le secret qu'elle demandoit. Mors û fallut bien mettre Ubilla dans le secret. Ce ministre, tel que je l'ai dépeint d'après ceux qui l'ont fort connu, et qui ont vécu avec lui en maniement commun de tontes les affaires, n'eut pas peine à entrer dans les vues favorables à la France. Il les trouva déjà si bien concertées, si à l'abri de toute contradiction intérieure, par le reçulement de la Reine, et si avancées en environs, qu'il se joignit de bonne foi aux seigneurs du secret, qui acquirent ainsi une bonne tête, et un ministère qui s'étendoit sur toute la monarchie, et duquel il leur eût été comme impossible de se passer. Le Pape reçut directement la con* sultation du roi d'Espagne, et ne le fit pas attendre pour la réponse et sa décision : il lui récrivit qu'étant laimême en un état aussi proche que Tétoit Sa Mijesié Catholique d'aller rendre compte au souverain paîteur