LE PAPE CONSULTÉ SEGRÊTEUENT
du troupeau universel qu*il lui avoit confié, il avoit un intérêt aussi grand et aussi pressant qu'elle-même de lui donner un conseil dont il ne pût alors recevoir de reproche, qu'il pensât combien peu il devoit se laisser toucher aux intérêts de la maison d'Autriche en comparaison de ceux de son éternité, et de ce compte terrible qu'il étoit si peu éloigné d'aller rendre au souverain juge des rois, qui ne reçoit point d'excuses et ne fait acception de personne; qu'il voyoit bien lui-même que les enfants du Dauphin étoient les vrais, les seuls et les légitimes héritiers de sa monarchie, qui excluoient tous autres, et du vivant desquels et de leur postérité l'archiduc, la sienne et toute la maison d'Autriche n'avoient aucun droit et étoient entièrement étrangers; que plus la succession étoit immense, plus l'injustice qu'il y commettroit lui devien droit terrible au jugement de Dieu; que c'étoit donc à lui à n'oublier aucune des précautions ni des mesures que toute sa sagesse lui pourroit inspirer pour faire justice à qui il la dcvoil, et pour assurer autant que lui seroit possible l'entière totalité de sa succession et de sa monarchie à un des fils de France. Le secret de la consultation et de la réponse d'Innocent XII fut si profondément enseveli qu'il n'a été su que depuis que Philippe V a été en Espagne.