‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 257 sur 333 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Testament du roi d'Espagne en faveur du duc d*Ànjoa. — Mort du roi d'Es|)agne. — Harcourt à Bayonne, assemblant une armée; son aniliiiion cl son adresse. — Ouverture du testament ; plaisanlerio cruelle du duc d'Abrantès. — Deux conseils d'État chez M*» de Maintenon en deux jours. — Avis partagés : raisons pour s'en tenir au traité de partage ; raisons pour accepter le testament. — Monseigneur avec force pour accepter. — Résolution d'accepter le testament. — Surprise du Roi et de ses ministres.

Cependant le roi d'Espagne étoit veillé et suivi de près, dans l'espérance où étoit le cardinal pour le disposer à une

380 TESTAMENT DU ROI D*ESPAGNB [i700]

parfaite et prompte obéissance à la décision qa*il attendoit, de manière que, lorsqu'elle arriva, il n'y eut plus à vaincre que des restes impuissants de répugnance, et à mettre la niain tout de bon à Tœuvre. Ubilla, uni à ceux du secret, fit un autre testament en faveur du duc d'Anjou, et le dressa avec les motifs et les clauses qui ont paru à tous les esprits désintéressés si pleines d'équité, de prudence, de force et de sagesse, et qui est devenu si public que je n'en dirai rien ici davantage. Quand il fut achevé d'examiner par les conseillers d'État du secret, Ubilla le porta au roi d'Espagne, avec l'autre précédent, fait en faveur de l'archiduc; celui-là^ fut brûlé par lui en présence du roi d'Espagne, du cardinal et du confesseur, et l'autre tout de suite signé par le roi d'Espagne, et un moment après authentiqué au-dessus, lorsqu'il fut fermé, par les signatures du cardinal, d' Ubilla et de quelques autres. Gela fait, Ubilla tint prêts les ordres et les expéditions nécessaires en conséquence polir les divers pays de l'obéissance d'Espagne, avec un secret égal. On prétend qu'alors ils firent pressentir le Roi, sans oser pourtant confier tout le secret à Castel dos Rios, et que ce fut la matière de cette audience, si singulière qu elle est sans exemple, dont il exclut Torcy, auquel, ni devant ni après, il ne dit pas un mot de la matière qu'il avoit à traiter seul avec le Roi.

L'extrémité du roi d'Espagne se fit connoître plusieurs jours seulement après la signature du testament. Le cardinal, aidé des principaux du secret, qui avoient les deux grandes charges, et du comte de Benavente, qui av(»t l'autre, par laquelle il étoit maître de l'appartement et de la chambre du Roi, empêcha la Reine d'en approcher les derniers jours, sous divers prétextes. Benavente n'étoit pas du secret, mais il étoit ami des principaux du pende ceux qui en étoient, et il étoit aisément gouverné, de sorte qu'il fit tout ce qu'ils voulurent. Ils y comptoient si bieQy

i. Il faiulrait celui-ci'

Page 1