Christophle est bien Torthographe de Saint-Simon
parler d'elle et de son frère, dernier duc de Veragua de la branche de Portugal, cadette de celle de Gadaval, dont je dirai un mot par curiosité, à cause des alliances lorraines qu'elle a nouvellement prises en France.
On a vu que Georges comte de Gelves, de qui descendent les ducs de Veragua, étoit frère puîné de Roderic marquis de Ferreira, d'où sont sortis les ducs de Gadaval, tous deux fils d'Alvare, fils et frère puîné de Ferd. 1" et de Ferd. Il ducs de Bragance. Alvare épousa Philippe, fille héritière de Roderic de Mello, comte d'Olivença; ce qui a fait ajouter le nom de Mello à celui de Portugal à toute cette branche jusqu'à aujourd'hui. Roderic, chef de cette branche, Fr. etNuno Alvarez, fils et petit-fils de Roderic, portèrent le nom de marquis de Ferreira, et tous demeurèrent en Portugal.
François, fils de Nuno Alvarez, aidé de Roderic son frère, administrateur de l'évêché d'Evora, et de sa charge (le général de la cavalerie de Portugal, eut une part principale à la révolution de Portugal, qui remit le duc de Bragance sur le trône. Il commandoit la cavalerie pour ce prince à la bataille de Badajoz, que les Espagnols perdirent en 1644, après avoir été ambassadeur en France en 1641, et mourut en 1645 à Lisbonne. Ses frères, qui n'eurent point d'enfants, eurent de grands emplois en Espagne et en Portugal.
Le roi de Portugal étant mort en 1656, après quinze ans depuis que la révolution l'avoil porté sur le trône, Louise de Guznian, sa femme, fille et sœur des ducs de Médina Sidonia, dont l'esprit et le grand courage l'avoient porté dans cette élévation, fut régente de ses fils en bas âge et du royaume. Nuno Alvarez, marquis de Ferreira, fils de François dont je viens de parler, fut dans le premier crédit auprès d'elle. 11 avoit eu la charge de son père de général de la cavalerie, et il fut fait duc de Gadaval, n'y* ayant plus aucun autre duc dans le royaume, et n'y [en] ayant point eu depuis. A ce titre furent attachés de grands honneurs et la charge héréditaire de grand
maître de la maison du Roi. Mais, en 1662, le roi don Alphonse, gouverné par Louis Yasconcellos Sousa, comte de Castelmclhor, se retira à Àlcantara au mois d*avrfl, d'où il manda à la reine sa mère qu'il Touloit gouverner par lui-mi^me, et relégua en même temps le duc de Gadaval. La Reine se retira dans un couvent près de Lisbonne, et y mourut en février 1666. En juin suivant, ce roi épousa la sœur de la mère du premier roi de Sardaigne, fille du duc de Nemours et d*une fille de César duc de Vendôme, qui, lasse de ses folies et de la cruauté qu'il faisoit paroître, forma un parti; Faccusa de foiblesse d'esprit et d'impuissance, se fit juridiquement démarier, 24 mars 1668, Ty fit consentir et abdiquer, et la même année, le 2 avril, c*est-à-dire dix jours après la cassation de son mariage, elle épousa, dans le palais de Lisbonne, don Pierre, frère du roi son mari, elle conservant le nom de reine, et lui se contenta de celui de régent. L'année suivante, le précédent roi, don Alphonse, fut envoyé aux îles Terceires, avec deux cent soixante-dix mille livres de rente, où [ilj passa presque toute sa vie, sur la fin de laquelle il fut ramené au château de Cintra, à sept lieues de Lisbonne, où il mourut en septembre 1683; et alors don Pierre prit le nom de roi. La reine sa femme ne survécut son premier mari que jusqu'au 27 décembre de la même année, n'ayant que trente-huit ans. Dès qu'elle fut la maltresse, dès avant son démariage, elle rappela le duc de Cadaval, qui fut premier plénipotentiaire pour la paix avec l'Espagne, en 1667 et 1668, et ayant pratiqué avec la duchesse de Savoie, sa sœur, le mariage de sa fille unique avec le duc de Savoie, son fils, depuis premier roi de Sai^ daigne, pour être roi de Portugal après don Pierre, ce lût le duc de Cadaval qui l'alla chercher à Nice, avec la flotte qu'il commandoit, pour l'amener en Portugal, où ce prince ne voulut jamais se laisser conduire ni achever ce mariage. C'étoit en 1680.
M. de Cadaval se retira de la cour bientôt aprèd la mort de la Reine, et céda son titre et ses- emplois à son fils
aine, qui mourut jeune, en 1700, sans enfants d*une bâtarde du roi don Pierre. Son frère lui succéda. Le père, qui survécut son aîné, avoit été marié trois fois : la première sans enfants, la seconde à une Lorraine, fille et sœur des princes d'Harcourt, la troisième à une fille de Monsieur le Grand. De la seconde il n'eut qu'une fille, et de la troisième, ses autres enfants : Nuno Alvarez, duc de Cadaval par la mort de son aîné, né en décembre 1679, a joint à ses autres emplois héréditaires ceux de conseiller d'État, de majordome-major de la Reine, de président du desembnrgo^ du palais, et de mestre de camp du palais et de l'Estrémadure. Il épousa la veuve de son frère, et l'ayant t)erdue, s'est remarié, en 1738, à une fille du prince de Lambesc, c'est-à-dire du fils du frère de sa mère. 11 y a en Portugal plusieurs branches masculinement et légitimement sorties des ducs de Bragance, qui n'ont aucune distinction particulière.
Achevons tout d'un temps les branches de Portugal établies en l*]spagnc.
Jean il, roi do Portugal, étoit arricre-petit-fils du roi Jean 1", qui, coiimie on Ta vu, étoit bâtard du roi Pierre l", qui ne laissa point d'enfants mâles ni légitimes, et ce bâtard fut élu roi par les états généraux de Portugal assenil)lés à (^oïnibrc. Jean II étoit donc petit-fils du roi Edouard, duquel Alph., tige de la maison de Bragance, étoit bâtard, tellement que ce roi Jean II étoit cousin issu de germain par bâtardise de Ferd. II duc de Bragance, frère de don Alvare, duquel sont sorties les branches de Cadaval et de Vcragua, et père de Denis comte de Lémos, son puîné, de qui la branche de Lémos est sortie, et ce môme Ferd. II duc de Bragance étoit bisaïeul de Jean 1" duc de Bragance, duquel, par Edouard son puîné, la branche d'Oropesa est venue, lequel Jean 1" duc de Bragance fut grand-père d'autre*
1. Conseil de finances qui accordait provisoirement la Jouissance de ccr* t;iins revenus, en attendant le brevet signé de la main du Roi. i. Le texte est bien d'autre^ sans article.
Jean duc de Bragance, que la révolution de Portugal mit sur le trône à la fin de 1640.
Ce Jean II, roi de Portugal, ne laissa qa*an bâtard, nommé Georges. La couronne passa à Emmanuel.frère do cardinal Henri, qui succéda au roi don Sébastien, taé, sans enfants, en Afrique, duquel Enunanuel étoit bisaïeul; après la mort duquel, Philippe II, roi d'Espagne, s'empara du Portugal. Emmanuel et ce cardinal étoient fils do duc de Viseu, frère d'Alphonse V, roi de Portugal, père do roi Jean II.
Georges, bâtard de ce roi Jean II, fut fait duc deCoImbre par le roi Emmanuel pour sa vie, et ^ur sa postérité seigneur d'Âveiro, Torres-Nuevas et Montemor, en 1500. Il épousa une fille d'Âlvare, tige des branches de Gadaval et de Veragua, et prit pour sa postérité le nom d*Alencastro, c'est-à-dire de Lancastre, en mémoire de la reine Ph. de Lancastre, femme du roi Jean I*' de Portagal, grand-père et grand' mère du roi Jean II, dont il étoit bâtard.
Jean d'Âlencastro, fils du bâtard Georges, fût fût dac d'Âveiro par le même roi don Emmanuel, en 1530. Son fils ne laissa qu'une fille, qui épousa Âlvare, son consia germain, fils du frère de son père. De ce mariage plusieurs enfants, de l'aîné desquels continua la suite des ducs d'Aveiro, et du puîné vinrent les ducs d'Âbrantès. L'aîné des deux ne laissa qu'un fils et une fille. Le fib mourut sans enfants en 1665, à trente-huit ans, B'étant jeté tout jeune dans le parti d'Espagne « et y passa en 1661, sous prétexte d'y demander le duché de Maqueda de Théritage de sa mère. Il fut fait général de la flotte et grand d'Espagne Sa sœur unique hérita de sagEandene» et des duchés d'Aveiro (confisqué en Portugal avec les autres biens qui y étoient) et de Maqueda, et des biens situés en Espagne. Elle eut après ordre de sortir de Portugal, et vint en Espagne, où elle épousa Em^ Ponce de Léon, duc d'Arcos, grand d'Espagne. Elle plaida contre le prince Pierre, régent et depuis roi de Portugal, et contre
le duc d'Abrantès, pour les biens de sa maison, qui lui furent adjugés en 1679, à condition qu'elle iroit demeurer en Portugal. Elle n'en tint pas grand compte, et demeura veuve en 1693. C'étoit une personne très-vertueuse, mais très-haute, et fort rare pour son esprit et son érudition. i:UesaYoit parfaitement Thistoire sacrée etprofane,le latin, le grec, l'hébreu, et presque toutes les gangues vivantes^ Sa maison à Madrid étoît le rendez-vous journalier de tout ce qu'il y avoit de plus considérable en esprit, en savoir et en naissance, et c'étoit un tribunal qui usurpoit une grande autorité, et avec lequel la cour, les ministres, et les ministres étrangers même, qui s'y rendoient assidus, 6(5 mcnageoienl soigneusement. M. d'Harcourt eut grande attention à être bien avec elle, et le roi d'Espagne la distingua fort en arrivant. Elle étojt mère des ducs d'Arcos et de Bancs, tous deux grands d'Espagne, dont j'aurai cette année môme occasion de parler, et du voyage qu'ils (irent en France. Ainsi la branche aînée d'Alencastro des ducs d'Aveiro s'éteignit dans les Ponce de Léon, ducs d'Arcos.
Alphonse, punie d'Alvare, duc d'Aveiro, fils du bâtard Georges, eut de grands emplois, et fut fait duc d'Abrantès vl grand d" Espagne par Philippe IV. Il se fil prêtre après la mort de sa femme, et il mourut en 1654. C'est le père du duc d'Abrantès qu'on a vu ci-devant, qui apprit si cruellement et si plaisamment à l'ambassadeur de TEmperour la disposition du testament de Charles II, qu'on venoit d'ouvrir. C'est lui aussi qui perdit contre la duchesse d'Arcos, dont je viens de parler, ses prétentions sur les duchés d'Aveiro et de Torres-Nuevas. Il vécut jusqu'en 1720, fort considéré et ménagé par les ministres. Il avoit infminient d'esprit, des saillies plaisantes, d'adresse et surtout de hardiesse et de hauteur, et se sut maintenir jusqu'à la fin dans la privance et dans l'amitié du Roi. Il mourut à quatre-vingt-trois ans, et avoit épousé Jeanne de Noroiia, fille du premier duc de Linarez, grand d'Espagne, dont elle eut la succession et la grandesse. If en eut