‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 311 sur 333 · El ceux de toutes les Yillcs · texte numérisé non relu

El ceux de toutes les Yillcs

4GI PRÉSIDEiNT DU CONSEIL DE CASTILLE.

Madrid suivant les nôtres, et à proportion de ceux des autres grandes villes non fortifiées, c^est tout à la fois rintcndant, le commandant, le lieutenant civil, criminel et de police, et le maire ou prévôt des marchands. Les gouverneurs des provinces d*Espagne n*ont guère que Fautorité des armes, et s'ils se mêlent d*autre chose, ce n'est pas sans démêlé ni sans subordination du président et du conseil de Gastille.

On voit par ce court détail quel personnage c'est dans la monarchie. Aussi en est-il le premier, le plus accrédité et le plus puissant tandis qu'il exerce cette grande charge, et dès que la personne du Roi n'est pas dans Madrid, il y a seul la même autorité que lui, sans exception aucune. Son rang aussi répond à un d Toste pouvoir. 11 ne rend jamais aucune visite à qui que ce soit, et ne donne chez lui la main à personne. Les grands d'Espagne, qui ont affaire à lui tous les jours, essuient cette hauteur, et ne sont ni reçus ni conduits : la vérité est qu'ils le font avertir, et qu'ils entrent et sortent par un degré dérobé. Les cardinaux et les ambassadeurs de tête couronnée n'ont pas plus de privilège; tout ce qu'ils ont, c est qu'ils envoient lui demander audience : 0 répond toujours qu'il est indisposé, mais que cela ne Fempèchera pas de les recevoir tel jour et à telle heure. Ils s'y rendent, sont reçus et conduits par ses domestiques et ses gentilshommes, et le trouvent au lit, quelque bien qu'il se porte. Quand il sort (et ce ne peut ôtre que pour aller chez le Roi, à quelque dévotion, mais dans une tri bune séparée, ou prendre l'air), cardinaux, ambassadeurs, grands d'Espagne, dames, en un mot tout ce qui le rencontre par les rues, arrête tout court, précisément comme on fait ici pour le Roi et pour les enfants de France; mais assez souvent il a la politesse de tirer à demi ses rideaux, et alors cela veut dire que, quoique en livrées et ses armes à son carrosse, il veut bien n'être pas connu. On n'arrête point et on passe son chemin. S'il va chez le Roi, comme il arrive assez souvent, hors du jour ordinaire da

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conseil de Castille, ce n'est jiimais que par ciudience. Le majordome de semaine le reçoit et le conduit au carrosse. Dès qu'il parolt, on lui prosente auprès de la porte du cabinet, où toute la cour attend, un des trois tabourets qui sont les trois seuls sièges de tout ce vaste appartement, par grandeur, qui d'ailleurs est superbement meublé. Le sien, qui est pareil aux deux autres, est toujours caché et ne se tire que pour lui; les deux autres sont toujours en évidence, Tun pour le majordome-major,.rautre pour le sommelier du corps ou grand chambellan. En leur absence, le gentilhomme de la chambre de jour s'assoit sur Tun, et quelque vieux grand d'Espagne sur l'autre, mais il faut que ce soit un homme incommodé et qui ait passé par les premiers emplois. Nul autre, m grand d'Espagne ni vieux, n'oseroit le taire. J'ai pourtant vu les trois sièges remplis et en apporter un quatrième au prince de Santo-Burno Caraccioli, et une autre fois au marquis de Bedmar, tous deux alors grands d'Espagne, tous deux conseillers d'État, et tous deux ayant été dans les premiers emplois, et le dernier y étant encore : c'étoit pendant mon ambassade en Espagne; mais je ne l'ai vu faire que pour ces dcux-Ià, dont le premier ne se pouvoit soutenir sur ses jambes percluses de goutte, et l'autre fort goutteux aussi. Le président du conseil de Castille ne peut être qu'un grand d'Espagne, et ne peut être destitué que pour crime qui emporte peine de mort. Mais contre une telle puissance on a le même remède dont on se sert en France contre le chancelier : on exile le président de Castille à volonté et sans être obligé de dire pourquoi, et on crée un gouverneur du conseil de Castille, qui on veut, pourvu qu'il ne soit pas grand d'Espagne. Ce gouverneur a toutes les fonctions, Tautorité et le rang entier du président, et le supplée en tout et partout. Mais cette grande p!ace, bien supérieure à notre garde des sceaux, aie même revers à craindre et pis encore que lui; car il peut être destitué à volonté et sans dire pourquoi, même sans l'exiler : il perd tout son crédit et toute sa puissance, il n'est et ne SAi.vT-biMON n« 30

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