‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 331 sur 333 · CONFESSEUR DU ROI D*ESPAGN · texte numérisé non relu

CONFESSEUR DU ROI D*ESPAGN

suites, qui avoient su les miner et s'établir à leurs dépens. L'Espagne fourmilloit de leurs collèges, de leurs noviciats de leurs maisons professes; et comme ils héritent en ce pays-là comme s'ils n'étoient pas religieux, toutes ces maisons, vastes, nombreuses, magnifiques en tout, sont extrê* raement riches. Ce changement d'ordre du confesseur ne fit donc pas la moindre peine, sinon à des intéressés tout à fait hors de moyens de s'en ressentir.

Ce P. d'Aubanton fut admirablement bien choisi. G*étoit un petit homme grasset, d'un visage ouvert et avenant, poli, respectueux avec tous ceux dont il démêla qu'il y avoit à craindre ou à espérer, attentif à tout, de beaucoup d'esprit, et encore plus de sens, de jugement et de conduite, appliqué surtout à bien connoître l'intrinsèque de chacun et à mettre tout à profit, et cachant sous des dehors retirés, désintéressés, éloignés d'affaires et du monde, çt surtout simples et môme ignorants, une finesse la plus déliée, un esprit le plus dangereux en intrigues, une fausseté la plus innée, et une ambition démesurée d'attirer tout à soi et de tout gouverner. 11 débuta par faire semblant de ne vouloir se mêler de rien, de se soumettre comme sous un joug pénible à entrer dans les sortes d'affaires qui en Espagne se renvoient au confesseur, de ne faire que s'y prêter avec modestie et avec dégoût, d'écarter d'a^ bord beaucoup de choses qu'il sut bien par où reprendre, de ne recommander ni choses ni personnes, et de refuser même son général là-dessus. Avec cette conduite, qui se pourroit mieux appeler manège, et une ouverture et un liant jusqu'avec les moindres, qui le faisoit passer pour aimer à obliger, et qui faisoit regretter qu'il ne se voulût pas inêk'r, il fit une foule de dupes, il gagna beaucoup dainis, et quoique ses progrès fussent bientôt aperçus auprès du roi d'Espagne et dans la part aux affaires, il eut l'art de se maintenir longtemps dans cette première réputation qu'il avoit su s'établir. C'est un personnage avec qui il fallut compter, et en France à la fin comme en Espagne iNous le retrouverons plus d'une lois.

496 AVERSBEKG AMBASSADECR DE l'EUPEREL'R. [1701]

Des autres François, Yalouse ne se mêla que de faire sa fortune, qu'il fixa en Espagne; Montviel de rien, et qui revint comme il étoit allé; la Roche de presque rien au i\v\k de son estampille; Hersent de peu de choses, et encore de cour; ceux de la Faculté de rien, ni quelques valets intérieurs ou gens de la bouche françoise que d'amasser; et Louville de tout et fort à découvert. Mais son règne, très-utile aux deux rois et à FEspagne, fut trop brillant et trop court pour leur bien.

Le comte d'Harrach, ambassadeur de l'Empereur, étoit sur le point d'être relevé lorsque Charles II mourut. Il partit bientôt après d'un pays qui ne pouvoit plus que lui être très-désagréable, et le comte d'Aversberg lui succéda. Mais la junte, qui dans ces circonstances le prit moins pour un ambassadeur que pour un espion, lui conseilla doucement de se retirer, jusqu'à ce qu'on sût à quoi l'Empereur s'en tiendrait. Il résista jusqu'à proposer de demeurer, en attendant, comme particulier sans caractère; à la fin, il fut prié de ne pas attendre l'arrivée du roi d'Espagne, et il partit; mais il passa par Paris, où il s'arrêta en voyageur, pour y voir les choses de plus près, <'t en rendre compte de bouche plus commodément encore que Zinzendorf, envoyé ici de l'Empereur, ne pouvoit faire par ses amples dépêches.

Cependant les deux princes frères du roi d'Espagne continuoient leur voyage par la France, où, malgré la fâcheuse saison de l'hiver, les provinces qu'ils parcoururent n'oublièrent rien pour les recevoir avec les plus grands honneurs et les fêtes les plus galantes. Le Lanliuedoc s'y distingua, le Dauphiné fit de son mieux. Ils logèrent à Grenoble dans l'évêché, et ils y séjournèrent quelques jours, dans l'espérance de pouvoir aller de là voir la Grande-Chartreuse ; mais les neiges furent impitoyables, et quoi qu'on pût faire, elles leur en fermèrent tous les chemins. Le cardinal le Camus, avec tout son esprit, et cette connoissance du monde que tant d'années de résidence, sans sortir de son diocèse que pour un conclave,

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