‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 39 sur 333 · Fils cadets de maisons nobles, du latin juninres · texte numérisé non relu

Fils cadets de maisons nobles, du latin juninres

2. On appelait homme lige un vassal lié {ligatus) à son seigneur par'des obligations plus étroites que les autres vassaux.

ledit Alain IX, vicomte de Rohan, auroit séance le premier jour, à la première place au côté gauche, après les seigneurs de son sang, que le second jour cette place seroit occupée par Guy comte de Laval, et ainsi à Falternative jusqu*à ce que ce dernier ou ses successeurs fussent propriétaires du lieu de Vitré.

Cela fut exécuté de la sorte, et cVst à dire que la possession le voit Talternative, et que le vicomte de Rohan i)*en pouvoit pas prétendre avec le baron de Vitré, qui le devoit toujours précéder. Il faut remarquer que ce comte de Laval dont il s'agit ici étoit*de la maison de Montfort en Bretagne, depuis longtemps éteinte, et fondue par une héritière dans celle de la Trémoille, qui en a eu Vitré et Laval, que ces Montforts avoient eu de même par une héritière de la branche aînée de Laval Montmorency.

Voilà donc Faîne de la maison de Rohan et vicomte de Rohan, et au plus haut point de toute sorte de splendeur, en alternative décidée et subie avec le comte de Laval, lequel, devenant propriétaire du lieu de Vitré, le devoit toujours précéder, et les juveigneurs ou cadets de la maison de Rohan semblables en tout et partout aux juveigneurs de toutes les autres maisons nobles de Bretagne, et cela par les deux décisions que je viens de rapporter, qui ont toujours depuis été exécutées.

Jean II, fils d'Alain IX que je viens d'expliquer et d*Ant. de Lorraine Vaudemont, sa seconde femme, épousa en 146! Marie, fille de Fr. I", duc de Bretagne, et d'Isabelle Stuart, fine de Jacques I", roi d'Ecosse. Cette vicomtesse de Rohan n'eut point de frère, mais une sœur, qui fut première femme sans enfants de Fr. II, dernier duc de Bretagne, qui, d'une Grailly Foix, dont la mère éloit Éléonore de Navarre, eut Anne, duchesse héritière de Bretagne, deux fois reine de France, et par qui la Bretagne a été réunie à la couronne, c'est-à-dire depuis sa mort. Ce ricomte de Rohan n'eut point de mâles qui aient eu postérité, et deux filles» qui se marièrent dans leur maison, l'àl-

née au fils du maréchal de Gyé, la cadette au seigneur de Guémené.

Ainsi nuls mâles sortis des filles de Bretagne, et jusqu'ici rien qui sente les princes. Retournons sur nos pas.

Jean I" vicomte de Rohan, grând-père d'Alain IX vicomte de Rohan, duquel j'ai parlé d'abord, étoit fils d'une Rostrenan, et figura fort dans le parti de Gh. de Blois, c'est-à-dire de Châtillon, contre celui de Montfort, c'est-à-dire des cadets de la maison de Bretagne, compétiteurs pour ce duché , que le dernier emporta. Ce vicomte de Rohan épousa^ l'héritière de Léon, dont il eut Alain VIII, père (î* Alain IX, vicomtes de Rohan, puis en secondes noces, en 1377, Jeanne la jeune, dernière fille de Philippe III, comte d'Évreux, fils d'un fils puîné du roi Philippe III le Hardi et devenu roi de Navarre par son mariage avec l'héritière de Navarre, fille du roi Louis X le Hutin. Ainsi cette vicomtesse de Rohan étoit sœur de Gharles le Mauvais, roi de Navarre, de Blanche; seconde femme du roi Philippe de Valois, de M., première femme de Pierre IV roi d'Aragon, et d'Agnès, femme de Gaston-Phœbus comte de Foix, si célèbre dans Froissart. Aussi faut-il remarquer que Philippe III, roi de Navarre, étoit mort en 1343, J. de France, sa femme, en 1349.

Gharles le Mauvais ne mourut qu'en 1385, mais en quel état et depuis combien d'années? Philippe de Valois étoit mort en 1350; Blanche de Navarre, sa seconde femme, ne mourut qu'en 1398, et n'eut qu'une fille, qui ne fut point mariée. La reine d'Aragon mourut eo^ 1346, et la comtesse de Foix ne laissa point d'enfants. Il se voit donc par ces dates que le père, la mère, les sœurs, hors une veuve sans enfants et retirée, les beaux-frères, hors le comte de Foix, tout étoit mort avant le mariage de cette vicomtesse de Rohan; et si on y regarde, il ne se trouvera point de postérité, si ce n'est de Gharles le Mauvais, qui survécut ce mariage, qui toutefois fut extrêmement grand. Il n'en vint qu'un fils, dont le fils fut père de

Louis de Rohan, seigneur de Guémené, qui épousa la fille aînée du dernier vicomte de Rohan, et le maréchal de Gyé, dont le second fils épousa Tautre fille du dernier vicomte de Rohan, comme je Fai dit.

Quoique la branche de Guémené soit Faînée, par Textinction de celle des vicomtes directs et par le mariage de la fille aînée du dernier vicomte, parlons d'abord de celle de Gyé, quoique cadette, parce qu'il s'y trouvera plutôt matière que dans l'autre, et parce qu'elle [est] éteinte.

Le maréchal de Gyé a trop figuré pour avoir rien à en dire ; mais parmi tous ses emplois et ses alliances, et de son fils aîné à deux filles d'Armagnac, qui leur apportèrent le comté de Guise, il y eut si peu de princerie en son fait, que le Parlement, ayant eu ordre d'assister aux obsèques de l'archevêque de Lyon son fils, mort à Paris en 1536, pendant une assemblée que François 1" y avoit convoquée, le Parlement répondit que la cour, en considération des mérites du feu maréchal de Gyé et de son fils, lui rendroit volontiers l'honneur qu'elle avoit coutume de rendre aux princes et aux grands du royaume. Or, si ce prélat avait été de rang à recevoir cet honneur, le Parlement le lui auroit rendu tout de suite sans répondre; et on voit qu'il ne répondit que pour montrer que c'étoit, non par rang, mais en considération des mérites du père et du fils, qu'il iroit à ses obsèques.

Outre cet archevêque, qui fit fort parler de lui dans le clergé, le maréchal de Gyé eut deux autres fils : la branche de l'aîné finit à son petit-fils, sur tous lesquels il n'y a rien à remarquer. Les sœurs de ce dernier épousèrent, l'aînée un Beauvillier, dont le duc de Beauvillier est descendu; la cadette, le marquis de Rothelin, frère et oncle des ducs de Longueville; et de ce mariage vint Léonor duc de Longueville, d'où sont sortis tous les autres depuis, et que sa mère et sa femme firent tant valoir : c'est de ce marquis de Rothelin que les Rothelins d'aujourd'hui sont bâtards.

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Le second fils du maréchal de Gyé, gendre cadet du dei2 nier vicomte de Rohan, n'eut qu'un fils, qui fit un grand mariage : il épousa Isabelle, fille de Jean, sire d'Albret et de Cath. de Grailly, dite de Foix, reine de Navarre. C'est ce qu'il faut expliquer.

Elle étoit fille de Gaston prin(A/*de Viane et de Magd. de France, sœur puînée de Louis XI; et le prince de Viane étoit Grailly, dit de Foix, dont l'héritière étoit tombée dans sa maison avec les comtés de Foix, de Bigorre et de Béarn, qu'ils possédoient, [et] étoit fils de Gaston iv, comte de Foix, etc., que Charles VII fit comte-pair de France en 1458, et d'Éléonore, fille de Jean II, roi d'Aragon, et de sa seconde femme Blanche, reine héritière de Navarre. Éléonorc en hérita, survécut Gaston son fils, et mourut quarante-deux jours après son couronnement à Pampelune.

Gaston son fil^, prince de Viane, n'avoit laissé qu'un fils et une fille : le fils fut couronné à Pampelune, et mourut, trois mois après, à Pau, en 1482, empoisonné tout jeune et sans alliance. Cath., sa sœur unique, lui succéda, et fut aussi couronnée à Pampelune, avec J. d'Albret son mari, . en 1494. Ils se brouillèrent, et furent chassés de leur royaume en 1512, par Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, qui s'en empara, et depuis la Navarre est demeurée à l'Espagne. Ils en moururent tous deux de douleur, lui en 1516, elle en 1517, et ne laissèrent d'enfants qui parurent que Henri d'Albret roi de Navarre, une comtesse d'Astarac Grailly Foix, morte sans enfants, et Isabelle, mariée en 1534 à René I" de Rohan, fils du second fils du maréchal d.e Gyé, tellement que, par l'événement, René I" de Rohan épousa la sœur du père de Jeanne d'Albret, mère de notre roi Henri IV.

Avec ce détail, je pense au moins qu'on ne m'accusera pas d'avoir dissimulé rien des grandeurs de la maison de Rohan.

De ce mariage de René I" de Rohan et d'Isabelle d'Albret, des fils qui ne parurent point, et une fille qui ne

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pMt que trop; mais par cela même fatal en bonheur suivi dé branche en branche et de génération en génération à la maison de Rohan, eut^ la première distinction qui ait été accordée à cette maison.

M. de Nemours, dont Tesprit, la gentillesse et la galanterie ont été si célébrées^ fit un enfant à cette fille de Rohan qu*on appeloit M"* de la Garnache, sous promesse de mariage; en même temps il étoit bien «avec M''* de Guise. Toutes ces aventures-là me mèneroient trop loin : c'étoit Anne d'Esté, dont la mère étoit seconde fille de Louis XII. M. de Guise fut tué par Poltrot; M"' de Guise, après avoir gardé les bienséances, voulut épouser M. de Nemours. Lui ne demandoit pas mieux, et cependant amusoit M"* de la Garnache. Enfin, Tamusement fut si long qu*elle s*en impatienta et qu'elle en découvrit la cause. La voilà aux hauts cris, et M"' de Guise sur le haut ton que lui faisoit prendre la splendeur de sa mère, et la puissance de la maison de Guise, dont elle disposoit, et qui, pour ses grandes vues, trouvoit son compte dans ce second mariage. Il n'en falloit pas tant pour émouvoir la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, et tout ce qui tenoit à son parti 6t aux princes de Bourbon contre les Guises.

La reine de Navarre prolesta, avec tout cet appui, qu'elle ne soufi'riroit pas que M. de Nemours fît cet affront à une fille qui avoit 1 honneur d'être sa nièce, et le pauvre M. de .Nemours étoit bien embarrassé. Personne des intéressés ne faisoit là un beau personnage : M"* de Guise vouloit enlever M. de Nemours à sa parole de haute lutte; M. de Nemours convenoit de l'avoir donnée; il n'osoit y man- <îuer, et pourtant ne la vouloit point tenir ; la bonne la Garnache demeuroit abusée, et en attendant ce qui arriveroit de son mariage, faisoit de sa turpitude la principale pièce de son sac, et toute la force des cris de ceux qui la protégée i en t.

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