‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 66 sur 333 · ENTREPRISE DE M"' DE MELUN · texte numérisé non relu

ENTREPRISE DE M"' DE MELUN

fort belle ^t fort bien faite, la fit passer sur plusieurs annt plus que n'avoit son fils, et sur la médiocrité du bien, ç étoit nul, et qui alors ne paroissoit pas pouvoir augment Le mariage se fit, et la belle-mère et la belle-fille vécun toujours dans la plus étroite amitié. Avec ce surcroît princes vrais et faux dont son fils étoit environné de près, bien leur fâchoit de ne Fêtre pas aussi. Elle et intrigante, et le fut assez pour introduire ses filles à cour, et en môme temps faire en sorte qu'elles ue se tro vassent presque jamais dans les temps où on s'assedyo quoique il n'y en eût guère d'autres de faire sa cour à Ve sailles, où pourtant j'ai été au souper du Roi derriè toutes les deux, mais cela^ étoit extrêmement rare; bientôt après qu'elles eurent gagné Marly, où le salon et manger avec le Roi mettoit à l'aise sur les tabourfets, el ne s'y trouvèrent plus, mais avec un entregent, une po tesse à tout le monde qu'on voyoit toute tendue à obtèi tolérance et silence. L'aînée paroissoit peu, la cadette éti de tout : elle se fourra chez M"* la princesse de Con encore plus chez Madame la Duchesse, et tant qu'elle po voit, par elle et par le jeu, dans les parties de Monseignei Sa mère, qui savoit se conduire, la tenoit Souple et mes rée, et fort en arrière avec tout le monde. Quand e l'eut perdue, elle hasarda. A une musique où le Roi étoit Versailles, M"* de Melun, qui s'accoutumoit à n'être plus polie, se trouva la première après la dernière duchesi Bientôt après il en arriva une autre, qui alla pour se plac< et à qui tout fit place, en se baissant comme cela se fais( toujours. M"* de Melun ne branla pas, et ne fit que se lev et se rasseoir. G'étoit la première fois que femme ou fi non titrée, même maréchale de France, n'eût pas don sa place en ces lieux-là aux duchesses et aux princess étrangères ou en ayant rang. Le Roi, qui le vit, rougit, montra à Monsieur, et comme il se tournoit de l'autre côl où étoit M"* de Melun, en levant la voix. Monsieur Yinii rompit, et le prenant par le genou, se leva et lui deman( tout effrayé ce qu'il aUoit faire. « La faire ôter de là, » (

[1698] MORT DES DUCS d'eSTRÉES ET DE GHAULNES. 103

le Roi en colère. Monsieur redoubla d'instances pour éviter Faffront, et se donna pour caution que cela n'arriveroit jamais. Le Roi eut peine à se contenir le reste de la musique. Tout ce qui y étoit voyoitbien de quoi il étoit question, et la fille, entre deux duchesses, se pâmoit de honte et de frayeur jusqu'à perdre toute contenance. Au sortir delà, Monsieur hii lava bien la tête, et la rendit sage pour l'avenir. C'étoit rhiver devant la mort de Monsieur; mais j'ai voulu l'ajouter ici tout de suite.

J*anticiperai aussi Gompiègne, pour parler de deux morts arrivées pendant que le Roi y étoit, de M. de Chaulnes et du duc d'Estrées. Ce dernier périt, avant cinquante atis, de l'opération de la taille. 11 avoit refusé l'ambassade de Rome, que son père exerçoit quand il mourut, et qui y avoit tellement gâté ses affaires que son fils ne voulut pas continuer la même ruine, dont le Roi fut un peu fâché. 11 laissa un fils fort mal à son aise, de sa première femme, fille du fameux Lyonne, ministre et secrétaire d'État, et n'eut point d'enfants de sa seconde femme, qui étoit Bautru, sœur de l'abbé de Vaubrun. Le cardinal d'Estrées obtint du Roi le gouvernement de rile-de-France, etc., pour son petit-neveu, et de Monsieur, qui s'en fit honneur, la capitainerie de Yillers-Cotterets, que MM. d'Estrées avoient toujours eue, par la bienséance de leur petit gouvernement de Soissons.

M. de Chaulnes mourut enfin de douleur de l'échange forcé de son gouvernement de Bretagne, où il étoit adoré, et qui lui donna jusqu'au bout, et corps et particuliers, les marques les plus continuelles de sa vénération, de son attachement et de ses regrets. On eut grand'peine à obtenir de lui la démission du gouvernement de Guyenne, dont on lui avoit d'abord expédié les provisions pour , l'échange. Cette démission étoit nécessaire pour expédier les mêmes provisions au duc de Chevreuse, et en môme* ti*mps la survivance au duc de Chaulnes, mais avec le commandement et les appointements privativement au duc de Chevreuse. C'est ainsi que depuis que le Roi s'étoit

Page 1