‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 67 sur 333 · MORT DE LA DUCHESSE DE GHOISEUL. [1698-J · texte numérisé non relu

MORT DE LA DUCHESSE DE GHOISEUL. [1698-J

fait une règle de ne plus accorder de survivances, [il] le^ donnoit en effet, mais sous une autre forme, et comme au l'envers, mais fort rarement. Ce ne fut qu'environ deux: mois avant la mort de M. de Ghaulnes qu'il y consentit enfin, mais sans un vrai retour, ni de lui, ni de la duchesse de Ghaulnes, pour M. ni M"* de Chevreuse, et sans avoir jamais voulu ouïr parler de Guyenne, ni de quoi que ce fût qui eût rapport à ce gouvernement.

J'ai assez parlé de ce seigneur pour n'avoir rien à y ajouter, si ce n'est que ce fut une grande perte pour ses amis, et il en avoit beaucoup. Il fut regretté de tout le monde, et en Bretagne ce fut iin deuil général. Il ne laissa point d'enfants, mais force dettes : tous deux étoient fort magnifiques, et ne s' étoient jamais souciés de laisser grand'chose au duc de Ghevreuse, leur héritier substitué, on plutôt son second fils par son mariage. Les profits immenses du droit d'amirauté de Bretagne, attachés au gouv-ernement de cette province, et qui pendant les guerres avoient été fort haut, avoient fait croire qu'il laisseroit beaucoup de richesses : il se trouva qu'il avoit tout dépensé, et qu'il avoit disposé par un testament en legs pieux et de domestiques, et en quarante mille livres à son ami intime le chancelier, de tout ce qui lui restoit à donner. M. de Ghevreuse en eut cent dix mille livres de rente du gouvernement, et son second fils beaucoup de meubles précieux et d'argenterie, avec Ghaulnes et Picquigny en payant les dettes.

La duchesse de Ghoiseul, sœur de la Vallière, mourut aussi en même temps, pulmonique, belle et faite au tour, avec un esprit charmant, et à la plus belle fleur de son âge, mais d'une conduite si déplorable, qu'elle en étoit tombée jusque dans le mépris de ses amants. J'en ai suffisamment parlé ailleurs. Son mari, amoureux et crédule jusqu'à en avoir perdu le bâton de maréchal de France, comme je l'ai raconté, brouillé et séparé après coup, ne voulut pas même la voir à sa mort.

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