‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 69 sur 333 · DAMES S'ENTASSENT POUR COMPIÈGNE · texte numérisé non relu

DAMES S'ENTASSENT POUR COMPIÈGNE

de tables et pour tous leurs différents services, les sommelleries, les offices, tout cela formoit un spectacle dont Tordre, le silence, l'exactitude, la diligence et la parfaite propreté ravissoit* de surprise et d'admiration.

Ce voyage fut le premier où les dames traitèrent d'ancienne délicatesse ce qu'on n'eût osé leur proposer : il y en eut tant qui s'empressèrent à être du voyage, que le Roi lâcha la main, et permit à celles qui voudroient de venir à Compiègne; mais ce n'étoit pas où elles tendoient : elles vouloient toutes être nommées, et la nécessité, non la liberté du voyage, et c'est ce qui leur fit sauter le bâton de s'entasser dans les carrosses des princesses. Jusqu'alors, tous les voyages que le Roi avoit faits, il avoit nommé des dames pour suivre la Reine ou Madame la Dtuphine dans les carrosses de ces premières princesses. Ce qu'on appela les princesses, qui étoient les bâtardes du Roi, avoient leurs amies et leur compagnie pour elles, qu'elles faisoient agréer au Roi, et qui alloient dans leurs carrosses à chacune, mais qui le trouvoient bon et qui marchoient sur ce pied-là : en ce voyage-ci, tout fut bon, pourvu qu'on allât. 11 n'y en eut aucune dans le carrosse du Roi que la duchesse du Lude avec les princesses. Monsieur et Madame demeurèrent à Saint-Cloud et à Paris.

La cour en hommes fut extrêmement nombreuse, et tellement que pour la première fois à Compiègne, les ducs furent couplés. J'échus avec le duc de Rohan dans une belle et grande maison du sieur Chambaudon, où nous fûmes, nous et nos gens, fort à notre aise. J'allai avec M. de la Trémoille et le duc d'Albret, qui me reprochèrent un peu que j'en avois fait une honnêteté à M. de Bouillon, qui en fut fort touché; mais je crus la devoir à ce qu'il étoit, et plus encore à l'amitié intime qui étoil entre lui et M. le maréchal de Lorges, et qui en outre étoient cousins germains.

Les ambassadeurs furent conviés d'aller à Compiègne.

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