DISTINCTION DU POUR
Le vieux Ferreiro, qui Tétoit de Savoie, leur mit dans la tête de prétendre le pour * : il assura qu'il Favoit eu autrefois à sa première ambassade en France; celui de Portugal allégua que Monsieur, le menant à Montargis, le lui avoit fait donner par ses maréchaux des logis, ce qui, disoit-il, ne s'étoit fait que sur Texemple de ceux du Roi, et le nonce maintint que le nonce Cavdlerini Favoit eu avant d'être cardinal. Pompone, Torcy , les introducteurs des ambassadeurs, Gavoye protestèrent tous que cela ne pouvoit être* que jamais ambassadeur ne Favoit prétendu, et il n'y en avoit pas un mot sur les registres ; mais on a vu quelle foi les registres peuvent porter. Le fait étoit que les ambassadeurs sentirent Fenvie que le -Roi avoit de leur étaler la magnificence de ce camp, et qu'ils crurent en pouvoir profiter pour obtenir une chose nouvelle. Le Roi tint ferme; les allées et venues se poussèrent jusque dans les commencements du voyage, et ils finirent par n'y point aller. Le Roi en fut si piqué, que lui, si modéré et si silencieux, je lui entendis dire à son souper, à Gompiègne, que s'il faisoil bien il les réduiroit à ne venir à la cour que par audiences, comme il se pratiquoit partout ailleurs.
Le pour est une distinction dont j'ignore Forigine, mais qui en effet n'est qu'une sottise; elle consiste à écrire en craie sur' les logis : pour Monsieur un tel, ou simplement écrire : Monsieur un tel. Les maréchaux des logis, qui marquent ainsi tous les logements dans les voyages, mettent ce pour aux princes du sang, aux cardinaux et aux princes étrangers. M. de la Trémoille l'a aussi obtenu, et la duchesse de Bracciano, depuis princesse des Ursins. Ce qui me fait appeler cette distinction une sottise, c'est qu'elle n'emporte ni primauté ni préférence de logement : les cardinaux, les princes étrangers et les ducs sont logés également entre eux, sans distinction quelconque, qui est toute renfermée dans ce mot pour, et n'opère d'ailleurs quoi que ce soit. Ainsi ducs, princes étrangers, cardinaux sont logés sans
1. Saint-Simon va nous dire, quelques lignes plus loin, ce que c'était que le pour.