‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 91 sur 333 · POUR EPOUSER LE DUC DE LORRAINE · texte numérisé non relu

POUR EPOUSER LE DUC DE LORRAINE

séparé par les Alpes, et toujours en état d'être puissamment soutenu par des voisins contigus, avec le traitement par toute l'Europe de tête couronnée, est bien différent d'un pays isolé, enclavé, et toutes les fois que la France le veut, envahi sans autre peine que d'y porter des troupes, un pays ouvert, sans places, sans liberté d'en avoir, sujet à tous les passages des troupes françoises, un pays croisé par des grands chemins marqués, dont la souveraineté est cédée, un pays enfin qui ne peut subsister que sous le bon plaisir de la France, et même des officiers de guerre ou de plume qu'elle commet dans ses provinces qui l'environnent. Mademoiselle n'alla point jusque-là : elle fut ravie de se voir délivrée de la dure . fende de Madame, mariée à un prince dont toute sa vie elle avoit ouï vanter la maison, et établie à soixante-dix lieues de Paris, au milieu de la domination françoise. Les derniers jours avant son départ, elle pleura de la séparation de tout ce qu'elle connoissoit; mais on sut après qu'elle s'étoit parfaitement consolée dès la première couchée, et que du reste du voyage il ne fut plus question de tristesse.

La cour partit pour Fontainebleau, et six jours après le roi et la reine d'Angleterre y arrivèrent, et on ne songea plus qu'au mariage de Mademoiselle. Quatre jours avant le départ pour Fontainebleau, M. du Maine avoit perdu son fils unique. Le Roi l'étoit allé voir à Glagny, où il se retira d'abord, et y pleura fort avec lui. Monseigneur et Monsieur, l'un et l'autre fort peu touchés, y trouvèrent le Roi, et attendirent longtemps pour voir M. du Maine que le Roi sortît d'avec lui. Quoique fort au-dessous de sept ans, le Roi voulut qu'on en prît le deuil; Monsieur désira qu'on le quittât pour le mariage, et le Roi y consentit. Madame la Duchesse et M"* la princesse de Conti crurent apparemment au-dessous d'elles de rendre ce' respect à Monsieur, et prétendirent hautement ne le point faire. Monsieur se fâcha; le Roi leur dit de le quitter : elles poussèrent l'affaire jusqu'à dire qu'elles n'a-

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