‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 95 sur 333 · ALTESSE ROYALE USURPÉE · texte numérisé non relu

ALTESSE ROYALE USURPÉE

forme agréable pour un orfèvre, étoit mal imaginée. Monsieur de Lorraine, comme duc de Lorraine, étoit un três-médiocre souverain, mais souverain pourtant sans dépendance; comme duc de Bar, il Tétoit aussi, mais mouvant et dépendant de la couronne, et toutes ses justices à lui, à plus fortes raisons celle de tous les Barrois, soumises au parlement de Paris; et ce fut des armes de Bar qu'il fit la fermeture de sa couronne. Ce ridicule sauta aux yeux. Ses pères ont eu Fhonneur d'être gendres de rois et d'empereurs : un, du roi de Danemark; un autre, de notre Henri lî ; et le père de Monsieur de Lorraine étoit gendre et beau-frère d'empereurs, et mari d'une reine douairière de Pologne. G'éloit, de plus, un des premiers capitaines de son siècle, un des plus capables du conseil de l'Empereur son beau-frère, et qui avoit le plus sa confiance et d'autorité et de crédit à sa cour, et dans tout l'empire duquel, ainsi que de l'Empereur, il étoit feld-maréchal ou généralissime, avec une réputation bien acquise en tout genre et singulièrement grande. Jamais il •ne s'étoit avisé, non plus que ses pères, ni de couronne autre que la ducale, ni de VJ liesse Royale, Moi et un million d'autres hommes avons vu sur les portes de Nancy les armes des ducs de Lorraine, en pierre, avec la couronne purement ducale et le manteau ducal, apparemment comme ducs de Bar, car en Allemagne, dont la Lorraine tient fort sans en être, les manteaux de duc ne sont pas usités autour des armes. Ce duc-ci le quitta aux siennes. Je ne sa 's ce que sont devenues ces armes sur les portes de Nancy, où je n'ai pas été depuis ce mariage. Ces entreprises furent trouvées ridicules; on s'en moqua; mais elles subsistèrent et tournèrent en droit. C'est ainsi que s'est formé et accru en France le rang des princes étrangers, par entreprises, par conjonctures, pièce à pièce, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer. Cette couronne étoit surmontée d'une couronne d'épines, d'où sortoit une croix de Jérusalem. C'étoit, pour ne rien oublier, enter le faux sur le trop foible.

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Ce foible, qui étoient * les bars, fut tôt ressenti par ce duc. Sa justice principale à Bar s'avisa, dans l'ivresse de ces grandeurs nouvellement imaginées, de nommer le Roi dans quelques sentences le Roi Très-Chrétien. L'avocat général Daguesseau représenta' au Parlement la nécessité de réprimer cette audace (ce furent ses propres termes), et d'apprendre auxBarrois que leur plus grand honneur consistoit en leur mouvance de la couronne. Sur quoi, arrêt du Parlement qui enjoint à ce tribunal de Bar diverses choses, entre autres de ne jamais nommer le Roi que le Roi seulement, et ce à peine de suspension, interdiction, et môme privation d'offices, à quoi il fallut obéir. Monsieur de Lorraine en fit excuse, et cassa celui qui Favoit fait.

Avant de quitter les étrangers, il faut dire que la jalousie de Venise contre Savoie sur le traitement de leurs ambassadeurs, par la prétention réciproque de la couronne de Chypre, ne cessa de faire instance d'avoir les mêmes avantages sur le traitement entier de tête couronnée qu'on venoit d'accorder à l'ambassadeur de Savoie depuis le mariage de M"" la duchesse de Bourgogne, et ils l'obtinrent en ce temps-ci.

Le maréchal de Villeroy, si galant encore à son âge, si paré, d'un si grand air, si adroit aux exercices, et qui se piquoit tant d'être bien à cheval et d'y fatiguer plus que personne, courut si bien le cerf à Fontainebleau, sans nécessité, qu'il manifesta au monde deux grosses descentes, une de chaque côté, dont personne ne s'étoit jamais douté, tant il les avoit soigneusement cachées. Un accident terrible le surprit à la chasse; on eut peine à le rapporter à bras. 11 voulut dérober à la cour le spectacle de cette sorte de honte pour un homme si bien fait encore, et si fort homme à bonnes fortunes : il se fit emporter dès le lendemain sur un brancard à Villeroy, puis gagner la Seine, H à Paris en bateau. Maréchal, fameux chirurgien, lui fit

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