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i44 MORT DE BOISSELOT. [1698]
la double opération avec un succès qui surprit les connoisseurs en cet art, et le rappela à la vie, qu'il fut sur le point de perdre plus d'une fois. Le Roi parut s'y intéresser beaucoup. Il y gagna la guérison radicale de ses deux descentes.
Pendant qu'on étoit à Fontainebleau, on apprit la mort de Boisselot, dans une terre où il s'étoit retiré lieutenant général. 11 avoit été capitaine aux gardes, et s'étoit acquis une grande réputation en Irlande par l'admirable et longue défense de Limerick, assiégé par le prince d'Orange en personne, par laquelle il retarda longtemps la conquête de toute cette île.
La femme du comte d'Auvergne mourut aussi chez elle à Berg-op-Zoom. Elle étoit fille unique et héritière d'un prince de Hohenzollern et de l'héritière de Berg-op-Zoom. G'étoit une femme de bonne mine, qui imposoit, d'un esprit doux et poli, au-dessous du médiocre, mais d'une vertu, d'un mérite et d'une conduite rare, dont elle ne se démentit jamais, et dont elle eut bon besoin toute sa vie.
L'abbé d'Effiat mourut en même temps, dans un beau logement à l'Arsenal, que lui avoit donné le maréchal de la Meilleraye, grand maître de l'artillerie, son beau-frère. Il étoit fils du maréchal d'Effiat et d'une Fourcy, frère de Cinq-Mars grand écuyer de France, décapité à Lyon avec M. de Thou, 12 septembre 1642, sans avoir été marié, et du père du marquis d'Effiat premier écuyer de Monsieur et chevalier de l'ordre, qui, à quelques legs près, eut tout ce riche héritage. L'abbé d'Effiat avoit soixante-dix ans, et toute sa vie avoit été fort galant et fort du grand monde. Tout vieux et tout aveugle qu'il étoit devenu, il en étoit encore tant qu'il pouvoit, et avoit la manie, quoique depuis plus de vingt ans aveugle, de ne le vouloir pas paroître. Il étoit averti, et retenoit fort bien les gens et les meubles qui étoient dans une chambre, les plats qu'on devoit servir chez lui et leur arrangement, et se gouvernoit eh conséquence comme s'il eût vu clair. On avoit pitié de. cette
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foiblesse, et on ne faisoit pas semblant de s'en apercevoir. Il avoit de l'esprit, la conversation agréable, savoit mille choses, et étoit un fort bon homme.
La duchesse Lanti mourut aussi à Paris, d'un cancer qu'elle y avoit apporté de Rome dans l'espérance d'y trouver sa guérison. On a vu ailleurs qui étoit son mari, ^ . ^^^ et qu'elle étoit sœur de la duchesse de Bracciano, qui fit / ^ , son mariage. Elle n'avoit rien, et Lanti se trouva fort ^ ^^^ honoré d'épouser une la Trémoille, sœur d'une femme qui^^»»-^ à tous égards tenoit le premier rang dans Rome, et qui lui procura l'ordre du Saint-Esprit. Elle laissa des enfants, et le Roi fit donner à sa fille, qu'elle avoit amenée, de quoi s'en retourner à Rome.
La chancelière le Tellier mourut enfin, à plus de quatre- ^ vingt-dix [ans], ayant conservé sa tête et sa santé jusqu'à la fin, et grande autorité dans sa famille, à qui elle laissa trois millions de bien.
M. de Pompone perdit l'abbé Arnauld, son frère : c'étoit un homme fort retiré et grand homme de bien, qui n'avoit jamais fait parler de lui dans les affaires du fameux Ârnauld son oncle. Il vivoit dans un bénéfice qu'il avoit.
Le prince royal de Danemark perdit son fils. Cette cour fit tout ce qu'elle put pour engager la nôtre d'en porterie deuil, mais le Roi ne voulut point avoir cette complaisance : il ne porloit le deuil que des têtes couronnées ou des princes qui étoient ses parents, et il n'avoit point de parenté avec la maison d'Oldenbourg, qui est celle des rois de Danemark.
Bonneuil, introducteur des ambassadeurs, étoit mort il y avoit cinq ou six mois. C'étoit un fort honnête homme, différent deSainctot,àquison pèrç, seul introducteur, avoit vendu la moitié de sa charge. Le père et le fils entendoient fort bien leur métier. Breteuil, qui, pour être né à Montpellier pendant l'intendance de son père, se faisoit appeler le baron de Breteuil, eut cette charge d'introducteur au retour de Fontainebleau. C'étoit un homme qui ne manquoit pas d'esprit, mais qui avoit la rage de la cour, des ministres, Saint-Suiox II. 10