CHAPITRE Vin
1(>94. — Origine de mon intime amitié avec le dac de BeaaviUier jusqu'à sa mort, — Louville. — La Trappe et son réformateur, et mon intime liaison avec lui ; son origine. — Procès de préséance de M. de Luxembourg contre seize pairs de France, ses anciens. — Branche de la maison de Luxembourg établie en France. — M. dt Luxembourg, sa branche et sa fortune. — Ducs à brevet. — Ruses de M. de Luxembourg.
[ i 694 ] AMITIÉ AVEC BBÀimiLIER. 413
Ma mère, qui avoit eu beaucoup d'inquiétude de moi , pendant toute la campagne, desirait fort que je n'en fisse ' pas une seconde sans être marié. Il fut donc fort question \ de cette grande affaire entre elle et moi. Quoique fort jeune, je n'y avois pas de répugnance, mais je voulois me ' marier à mon gré. Avec un établissement considérable, je me sentois fort esseulé dans un pays où le crédit et la considération faisoient plus que tout le reste. FUs d'un ; favori de Louis XIIÏ, et d'une mère qui n'avoit vécu que pour lui, qu'il avoit épousée n'étant plus jeune eUemême, sans oncles ni tantes, ni cousins germains, ni parents proches, ni amis utiles dé mon père et de ma mère, si hors de tout par leur âge, je me trouvois extrêmement seul. Les millions ne pouvoientme tenter d'une mésalliance, ni la mode, ni mes besoins me résoudre à m'y ployer.
Le duc de Beauvillier s'étoit toujours souvenu que mon père et le sien avoient été amis, et que lui-même avoit vécu sur ce pied-là avec mon père, autant que la différence d'âge, de lieux et de vie l'avoient pu permettre; et il m'avoit toujours montré tant d'attention chez les princes dont il étoit gouverneur, et à qui je faisois ma cour, que ce fut à lui que je m'adressai, à la mort de mon père, et depuis pour l'agrément du régiment, comme je l'ai marqué. Sa vertu, sa douceur, sa politesse, tout m'avoit épris de lui. Sa faveur alors étoit au plus haut point : il étoit ministre d'Ëtat depuis la mort de M. de Louvois, il avoit succédé fort jeune au maréchal de Villeroy dans la place de chef du conseil des finances, et il avoit eu de son père la charge de premier gentilhomme de la chambre de son père^ La réputation delà duchesse de Beauvillier me touchoit encore, et l'union intime dans laquelle ils avoient toujours vécu. L'embarras étoit le bien : j'en avois grand besoin pour nettoyer le mien, qui étoit fort en désordre, et M. de Beauvillier avoit deux fils et huit filles. Malgré tout cela, mon goût l'emporta, et ma mère l'approuva. Le parti pris, je crus qu'aller droit à mon but, sans
1. La répétition des mots de sùnpère est conforme au textf» du mnTmnrft. Salnt^SimuN I. 9