‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 227 sur 344 · DAGUESSEAU CONCLUT POUR NOUS · texte numérisé non relu

DAGUESSEAU CONCLUT POUR NOUS

sumep que ceux qui accusoient les autres de manquements à son égard en étoient plus coupables, et que pour nous, nous pouvions être pleinement en repos sur ce qu'il en pensoit; que M. de Luxembourg ne lui avoit point parlé, qu'il verroit ce qu'il lui diroit, mais qu'il ne nous disoit rien sur notre réponse, sinon qu'il vouloit n'en rien savoir qu'après qu'elle seroit faite. Nous portâmes donc chacun la nôtre chez M. de la Rochefoucauld, où je crus voir de» pensionnaires qui ont composé pour les places. Il s'en fit une assez mauvaise compilation. M. de Ghaulnes se chargea d'aller travailler avec Chardon pour la réplique, et de lui porter notre réponse : il l'aflfoiblit encore, et elle ne valut pas la peine d'être prononcée ; au moins c'est ce qu'il m'en parut quand Chardon la débita.

Tout fini de part et d'autre, ce fut à Daguesseau à parler : il s'en acquitta avec une si exacte fidélité à, mettre dans le plus grand jour jusqu'aux moindres raisons alléguées de part et d'autre, et tant de justesse à les balancer toutes et à laisser une incertitude entière sur son avis, que le barreau et les parties mêmes auroient donné les mains à en passer par son avis. Il se reposa le lendemain, et le vendredi 13 avril il reparut pour achever. Il tint encore l'auditoire assez longtemps en suspens, puis commença à se montrer : ce fut avec une érudition, une force, une précision et une éloquence incomparables; et conclut entièrement pour nous. Il se déroba aussitôt aux acclamations publiques, et nous fûmes priés de sortir pour laisser opiner les juges avec liberté : c'est ce qu'ils appellent délibérer sur le registre. Tout le monde sortit donc en même temps, et ils demeurèrent seuls dans la grande chambre. M"* de la Trémoille, qui étoit dans une lanterne haute, nous vint trouver. Le délibéré ne fut pas long, mais notre impatience nous fit entrer dans le parquet des huissiers, d'où, un moment après, nous vîmes sortir de la grande chambre, qui étoit fermée et où il ne devoit y avoir que les juges, Poupart, secrétaire du premier président. Bientôt après on nous fit entrer pour entendre la prononciation

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de rarrèt, qui donna gain de cause à M. de Luxembourg sur réfection de 1662 et Fappointa ^ sur celles de t5^K telUv ment qu*U se trouva par là au même état qu'étoit son p^rt>. Nous eûmes peine à entendre un arrêt si injuste et si nouveau, et qui statuoît ce qui ne pendoit point en question. Quelque outré que je fusse, je proposai là même de nous aller assembler ; mais je parlois à des gens à qui le dt^pit avoit bouché les oreilles. Rentré chez moi, ce même dt^pit, qui me faisoit toute une autre impression, m*en tit sortir pour aller tâcher de persuader M. de la Rochefoucauld de porter ses plaintes au Roi ; mais je ne trouvai qu'un honuno furieux, incapable de rien entendre ni de rien faire, et qui s'exhaloit inutilement. Je revins donc chez moi plus piqué contre les nôtres que contre nos juges. Je n'y fus pas longtemps que la duchesse de la Trémoille me manda d'aller chez Riparfonds. Je fus surpris d'y trouver M. do la Rochefoucauld avec elle, qui Fexhortoit avec force conmio j'avois fait le matin. Je me joignis à elle , mais nous y perdîmes notre temps. Il ne répondit qu'en furie, et au fond qu'en mollesse, et las enfin d'être serré do si prés, il nous laissa. M"' de la Trémoille, outrée, ne se contraignit pas sur son chapitre ; et puis nous nous séparànios. Rentrant chez moi, il me vint dans la pensée do faire un mémoire pour le Roi. Gomme il explique bien l'arrêt et nos sujets de plaintes, je l'insérerai ici :

« Sire,

a L'arrêt qui a été rendu ce matin sur notre affaire porte des caractères si singuliers, que nous croyons pouvoir oser supplier la bonté et la patience de Votre Majesté de trouver bon que nous ayons l'honneur de lui en rentïrii compte. Nous commencerons par nous dépouiller des pn;miers mouvements qui peuvent échapper à ceux qui sont vivement persuadés d'un tort considérable qui leur a été fait, et nous demanderons à Votre Majesté la grâce de lire cet écrit, non comme une plainte, mais comme un soula-

i. Le renvoya à une dédsion ultérieure.

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gement que nons nous^ damions eft> rinstmuiaiiÉ d» ee qui nous t(m«he sr sensiblement, noins encore comiiie une censure aigre contre des personnes dont nous ne cmiiyw» pas nous devoir louer, ntais ccpmroe un récii erafltetnettt conforme à k vérité la plus scrupuleuse-.

« Ce xxmtîn, Sire, les juges sont entrés un peo anani neuf heures, apparemment iiips1ruit& des desûrs cpi'iijraâ k)Bftemps que Monsieur le premier présidest ne se donne p» même la pefne de ca^hev contre nos intérêts,, et ce mogis*trat, seol dès einq heures et demie dans la grandie! dumbrev a eu tout le loisir de leur en rafraîchir la. mémairev ^ ayant tous attendus ef vus entrer un à un.

« M. Tavocat général Daguesseau a contiiiué, aireirvoe force et une éloquence que tous les auditeurs^ em nombre prodigieux, ont unanimement admirée, le beau plaîilojer qu'il avoit commencé ayant-hier. Il avoft ce joinvià rv^ porté, avec une mémoire et une exactitude infintie, tenta les raisons de part et d'autre, et arolt si bien véassL kïe mettre ^ dan^s un jour égal, qu'on ne put péaaétrer dit trat ce qu'il pensoit. Aujourd'hui, Sire, il s'est expliqué, et pour nous : il a si fortement combattu, et, nous oeons vous l'arancer avec la voix du publSe, terrassé les nîsans de notre partie par les nôtres, par notre droit, par le drdt commun, par le droit public, que chacun nous a demie gain de cause. Il a fait plus, Sire, it aété tedlemenl coarvaieca que Votre Majesté y éloit intéressée, qu'il a non-seulement conclu, mais requis et demandé en termes exprès et formels, que M. de Luxembourg ne fôit point reçu*, etcemme par commisération pour son état et pour son nom, qiifil fût sursis au jugement de sa réception jasqu'à ce qae Votre Majesté [se] f&t expKquée plus clairement [svr} ses intentions et ses ordres sur la diversT^è qui semble se trouver dans les lettres d'érection de PInejde 1M8 eili déclaration de i67&, émanées de Votre Majesté-; et ^pniit à l'ancienne érection de Piney^ de {581, il a cendu à son extinction, à cause des monstraeuses eonséquenosa da

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