COMMENCEMENTS DE L'ABBÉ DU BOIS
faisoit la leçon, et la faisoit fort bien, et néanmoins plaisant au jeune prince.
Cependant Saint-Laurent mourut, et très-brusquement. Du Bois, par intérim, continua à faire la leçon ; mais depuis qu'il fut devenu presque abbé, il avoit trouvé moyen d(î faire sa cour au chevalier de Lorraine et au marquis d'JJfiat, premier écuyer de Monsieur, amis intimes, et ce dernier ayant aussi beaucoup de crédit sur son maître. Do faire du Bois précepteur, cela ne se pouvoit proposer de plein saut ; mais ces protecteurs, auxquels il eut recours, éloignèrent le choix d'un précepteur, puis se servirent des progrès du jeune prince pour ne le point changer de main, et laisser faire du Bois ; enfin ils le bombardèrent précepteur. Je ne vis jamais homme si aise ni avec plus de raison. Cette extrême obligation, et plus encore le besoin de se soutenir, rattacha de plus en plus à ses protecteurs, et ce fut de lui que le chevalier de Lorraine se servit pour gagner le consentement de M. de Chartres à son mariage.
Du Bois avoit gagné sa confiance; il lui fut aisé en cet âge, et avec ce peu de connoissance et d'expérience, de lui faire peur du Roi et de Monsieur, et d'un autre côté, de lui faire voir les cieux ouverts. Tout ce qu'il put mettre en œuvre n'alla pourtant qu'à rompre un refus; mais cela sufïisoit au succès de l'entreprise. L'abbé du Bois ne parla à M. de Chartres que vers le temps de l'exécution ; Monsieur étoit déjà gagné, et dès que le Roi eut réponse de l'abbé du Bois, il se hâta de brusquer l'affaire. Un jour ou deux auparavant. Madame en eut le vent. Elle parla à Monsieur son fils de l'indignité de ce mariage avec toute la force dont elle ne manquoit pas, et elle en tira parolcî qu'il n'y consentiroit point. Ainsi, foiblesse envers son pré- ^epteur, foiblesse envers sa mère, aversion d'une part, crainte de l'autre, et grand embarras de tous côtés.
Une après-dînée, de fort bonne heure, que je passois dans la galerie haute, je vis soi tir M. le duc de Chartres d'une porte de derrière de son appartement, l'air fort empôtré et triste, suivi d'un seul exempt des gardes de Monsieur;