‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 10 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. le duc d'Orléans sous la tutelle de Marsin, empêché par lui d'arrêter le prince Eugène au Taner; chiffres.— Armée de M. le duc d'Orléans à Turin ; mauvais état du siège et des lignes ; conduite pernicieuse de la Feuillade. — M. le duc d'Orléans empêché par Marsin de disputer la Doire, puis de sortir des lignes et d'y combattre. — Conseil de guerre déplorable; M. le duc d'Orléans cesse de donner l'ordre et de se mêler de rien. — Cause secrète de ces contrastes. — - Dernier refus de Marsin. — M. le duc d'Orléans, à la prière des soldats, reprend le commandement sur le point de la bataille. — Étrange abattement de Marsin. — Triple désobéissance et opposition formelle de la Feuillade k M. le duc d'Orléans. — Bataille de Turin. — Belle action de le Guerchois, lâchement abandonné. — M. le duc (l'Orléans veut faire retirer l'armée en Italie ; frémissement des officiers généraux, qui par leurs ruses, leur audace, leur désobéissance, le forcent enfin à la retraite en France ; motif d'une si étrange conduite. — La nouvelle de la bataille portée au Roi. — Désordre de la retraite sans aucuns ennemis.— Chaîne des causes du désastre devant Turin et de ses suites. — Mort de Marsin prisonnier; son extraction ;

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son caractère. — La Feuillade, de négligence ou de dessein, prive M. le duc d'Orléans de la communication avec Tltalie par Ivrée. — Prises de la Feuillade avec Albergotti. — Désespoir feint ou vrai de la Feuillade. — Origine de l'amitié de M. le duc d'Orléans pour Besons, qui le demande; Besons le joint venant des côtes de Normandie.

iVf. le duc d'Orléans, abandonné à lui-même par M. de Vendôme, et ce qui fut bien pis, à la tutelle du maréchal de Marsin, laissa un corps à Medavid pour donner ordre aux convois et à toutes choses, subordonné au prince de Vaudemont, qui nebougeoît de Milan, rassembla tout ce qui étoit séparé de son armée, envoya demander par deux fois un corps de cavalerie à la Feuillade, qu'il eut grand'peine à obtenir. Après avoir observé les ennemis quelques jours, il résolut de se poster entre Alexandrie et Valence, pour leur empêcher le passage du Taner* ou les réduire à un combat : ce passage étoit le seul par lequel ils pussent pénétrer ; ne le point tenter, c'étoit abandonner le secours de Turin ; le vouloir forcer, c'étoit s'exposer à un combat si désavantageux qu'il y avoit une espèce d'évidence qu'ils n'y pourroient jamais réussir.

Le prince le proposa au maréchal, et ne le put persuader. D'en donner la raison, c'est à quoi il ne faut pas prétendre, puisque Marsin n'en allégua pas même d'apparente. 11 étoit maîtrisé par la Feuillade, qui desiroit ardemment de se voir rapproché par l'armée. Marsin ne songeoit qu'à satisfaire le gendre du tout-puissant ministre et à lui plaire. Tous deux ne voyoient pas qu'empêcher le secours de Turin, c'étoit tout faire, même pour le succès personnel de ce gendre fatal.

Tandis que le prince et le maréchal en étoient sur cette dispute, un courrier du prince Eugène à l'Empereur fut enlevé par un de nos partis, et ses dépêches étoient en chiffre, comme on peut bien le juger. Le prince eut beau feuilleter les siens, il n'en trouva point de semblable, Marsin, venu dé Flandres par l'Alsace et la Suisse, n'avoit

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