DUC DE NEVERS
évêque de Soissons, qui, par le privilège de son siège, Tavoit sacré en Tabsence du cardinal Ant. Barberin, archevêque-duc de Reims, qui étoit à Rome. En conséquence, M. de Nevers fut chevalier de l'ordre à la promotion de 1661, qu'il n'avoit que vingt ans. Il se défit du gouvernement de la Rochelle et du pays d'Aunis, et il épousa, en 1670, la plus belle personne de la cour, fille aînée de M"* de Thianges sœur de M""* de Montespan. Il eut, en 1678, un brevet de duc, qu'il ne tint qu'à lui, dix ans durant, de faire enregistrer; il le négligea : il y voulut revenir quand il n'en fut plus temps, et ne put l'obtenir. Il fut souvent jaloux fort inutilement, mais jamais brouillé avec sa femme, qui étoit fort de la cour et du grand monde; il ne l'appeloit jamais que Diane. Il lui est arrivé trois ou quatre fois d'entrer le matin dans sa chambre, de la faire lever, et tout de suite de la faire monter en carrosse, sans qu'elle ni pas un de leurs gens à tous deux se fussent doutés de rien, et de partir de là pour Rome sans le moindre préparatif, ni que lui-même y eût songé trois jours auparavant. Ils y ont fait des séjours considérables.
11 en eut deux fils et deux filles * : l'aînée étoit mariée depuis sept ou huit ans avec le prince de Ghimay, chevalier de la Toison d'or de Charles 11, et grand d'Espagne de Philippe V, Heutenant général de ses armées, qui n'en eut point d'enfants, et qui a depuis été mon gendre; l'autre fut la duchesse d'Estrées, qui n'a point eu d'enfants non plus. Les deux fils furent M. de Donzi, fort mal avec bon père, qui par la duchesse Sforze, sœur de sa mère, a été fait duc et pair pendantla dernière régence, et M. Mancini, qui eut les biens d'Italie : j'aurai occasion de parler d'eux dans la suite.
M. de Nevers mourut à soixante-six ans. 11 s'étoit fort adonné à Sceaux, et sa femme encore davantage. Il avoit conservé le petit gouvernement du Nivernois, parce que
1. Saint-Simon a écrit par erreur : « deux ûllea et deux filles. » Saint-Simon y. 12
178 PARVULO DE MEUDON. [1707]
tout ce pays étoit presque à lui. Son fils, qui ne servit presque point, et dont d'ailleurs la conduite avoit toujours déplu au Roi, ne put l'obtenir. Il hasarda de se faire appeler duc de Donzi après la mort de son père, n'osant prendre le titre de Nevers; le Roi» le trouva si mauvais, qu'il lui fit défendre de continuer à se faire appeler duc et d'en prendre le titre ni aucune marque : son père n'avoit qu'un brevet, c'est-à-dire des lettres non enregistrées, qui ne pouvoient passer à son fils.
Avant que de rentrer dans des récits plus importants, je me souviens qne je n'ai point encore parlé de ce qu'on appeloit à la cour les parvulo de Meudon, et il est nécessaire d'expliquer cette manière de chiffre pour l'intelligence de plusieurs choses que j'aurai à raconter. On a vu p. 54* l'aventure de M"* la princesse de Gonti, pourquoi et comment elle chassa M"* Choin, qui elle étoit, et quels étoient ses amis et l'attachement de Monseigneur pour elle. Ce goût ne fit qu'augmenter par la difficulté de se voir. M"* de Lislebonne et ses filles en avoient presque seules le secret, nonobstant tout ce qu'elles dévoient à M"* la princesse de Gonti. Elles fomentoient ce goût, qui les entretenoit dans une confidence dont elles se proposoient de tirer de grands partis dans les suites.
M"* Choin s'étoit retirée à Paris, auprès du petit Saint- Antoine, chez la Croix, son parent, receveur général des finances, où elle vivoit fort cachée. Elle étoit avertie des jours rares que Monseigneur venoit dîner seul à Meudon, sans y coucher, pour ses bâtiments ou pour ses plantages ; elle s'y rendoit la veille à la nuit, dans un fiacre, passoit les cours à pied, mal vêtue, comme une femme fort du commun qui va voir quelque officier de Meudon, et par les derrières entroit dans un entre-sol de l'appartement de Monseigneur, où il alloit passer quelques heures avec elle. Dans la suite, elle y fut de même façon, mais avec une femme de chambre, son paquet dans sa poche la veille, à