Pages 199-203 de notre tome I
[1707] PARVULO DE MEUDON. . 179
la nuit, des jours que Monseigneur y venoit coucher. Elle y demeuroit sans voir qui que ce soit que lui, enfermée avec sa femme de chambre, sans sortir de Tentre-sol, où un garçon du château, seul dans la confidence, lui portoit à manger.
Bientôt après, du Mont eut la liberté de l'y voir, puis les filles de M"* de Lislebonne quand il alloit des dames à Meudon. Peu à peu cela s'élargit; quelques courtisans intimes y furent admis : Sainte-Maure, le comte de Roucy, Biron après, puis un peu davantage, et deux ou trois dames, M. le prince de Gonti tout à la fin de sa vie. Alors M»' le duc de Bourgogne, M«' le duc de Berry, et fort peu de temps après M"* la duchesse de Bourgogne, furent introduits dans l'entre-sol, et cela ne dura pas longtemps sans devenir le secret de la comédie; le duc de Noailles et ses sœurs furent admis. Monseigneur y alloit dîner souvent avec les filles de M"* de Lislebonne, souvent après avec elles, et Madame la Duchesse, et quelquefois quelques-uns des privilégiés en hommes et en femmes, qui ne s'étendit plus, et toujours avec le même air de mystère, qui dura toujours; et c'étoient ces parties secrètes, mais qui devinrent assez fréquentes, qu'on appeloit des par^ vulo.
Alors M"* Ghoin n'étoit plus dans les entre-sols que pour la commodité de Monseigneur : elle couchoit dans le lit et dans le grand appartement où logeoit M"" la duchesse de Bourgogne quand le Roi alloit à Meudon. Elle étoit toujours dans un fauteuil devant Monseigneur, M"* la duchesse de Bourgogne sur un tabouret; M"* Ghoin ne se levoit pas pour elle ; en parlant d'elle, elle disoit, et devant Monseigneur et la compagnie, la duchesse de Bourgogne, et vivoit avec elle comme faisoit M"* de Maintenon, excepté qu'elle ne l'appeloit pas mignonne y ni elle ma tante, et qu'elle n'étoit pas à beaucoup près si libre ni à son aise là qu'avec le Roi et M"* de Maintenon. M»' le duc de Bourgogne y étoit fort en brassière ; ses mœurs et celles de ce monde-là se convenoient peu. M. le duc de Berry, qui les