‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 112 sur 311 · PARVULO DE MEUDON · texte numérisé non relu

PARVULO DE MEUDON

avoit plus libres, y étoit à merveille ^ Madame la Duchesse y tenoit le dé, et quelques-unes de ses favorites y étoient quelquefois reçues. Mais pour tout cela, jamais M^^* Ghoin ne paroissait. Elle alloit, les fêtes, à six heures du matin, entendre une messe dans la chapelle, dans un coin toute seule, bien empaquetée dans ses coiffes, mangeoit seule quand Monseigneur ne mangeoit pas en haut avec elle, et il n'y mangeoit jamais lorsqu'il couchoit à Meudon, que le jour qu'il y arrivoit, parce que qui en étoit ne venoit que sur le soir, et jamais ne mettoit le pied hors de son appartement ou de l'entre-sol; et pour aller de l'un à l'autre, tout étoit exactement visité et barricadé, pour n'être pas rencontrée.

On la considéroit auprès de Monseigneur comme M"* de Maintenon auprès du Roi. Toutes les batteries pour le futur étoient dressées et pointées sur elle. On cabaloit longtemps pour avoir la permission d'aller chez elle à Paris; on faisoit la cour à ses amis anciens et particuliers. M»' le duc de Bourgogne et M"' la duchesse de Bourgogne cherchoient à lui plaire, étoient en respect devant elle, en attention avec ses amis et ne réussissoient pas toujours. Elle montroit à M^' le duc de Bourgogne la considération d'une belle-mère, que toutefois elle n'étoit pas, mais une considération sèche et importunée, et il lui arrivoit quelquefois de parler avec autorité et peu de ménagement à M'" là duchesse de Bourgogne, et de la faire pleurer.

Le Roi et M"** de Maintenon n'ignoroient rien de tout cela, mais ils s'en taisoient, et toute la cour, qui le savoit, n'en parloit qu'à l'oreille. Ce tableau suffit pour le présent; il sera la clef de plus d'une chose. M. de Vendôme et d'Antin étoient des principaux initiés.

1. Saint-Simon a écrit ici, exceptionnellement, à merveille, au singulier.

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