DUC DE MANTOUE DÉPOUILLÉ
OÙ elles seroîeni le plus utiles pour occuper rennemî et Féloigner de nos frontières; on ne se frappa que de ridée de sauver celles-ci et de les employer dans nos armées.
Vaudemont fut donc chargé de négocier, de concert ayec Medavid, le libre retour de nos troupes et de leur suite, leur retraite en Savoie, la route qu'elles tiendroient, et tout ce qui regardoit leur marche et leur subsistance en payant, et en abandonnant tout ce que nous tenions en Italie. On peut juger s'il eut peine à être écouté, et à conclure un traité si honteux pour la France et si utile et si glorieux à ses ennemis. Tout fut donc arrêté de la sorte, et le général Patay fut livré pour otage à Medavid, pour marcher avec lui jusqu'à ce que toutes nos troupes et leur suite fût arrivée en Savoie. C'est ce que Medavid eut la douleur de recevoir ordre d'exécuter.
Tout y fut fait assez à la hâte pour ne se donner pas le loisir d'en avertir le malheureux duc de Mantoue à temps, dont les places, l'État et Mantoue même furent remis aux troupes de l'Empereur. Le duc de Mantoue se retira en diligence à Venise, avec ce qu'il put emporter de meilleur, et envoya sa femme, dont il n'eut point d'enfants, en Suisse, pour ne se revoir jamais. Le dessein étoit qu'elle allât eh Lorraine : rien n'étoit plus naturel; mais Monsieur de Lorraine étoit trop à l'Empereur pour oser recevoir chez lui, sans la permission de ce prince, l'épouse d'un allié de la France, dépouillé à ce titre et pour avoir si longtemps mis l'Empereur dans le plus grand embarras par avoir reçu les François dans Mantoue.
Louis XIII avoit conservé, et deux fois rétabli à main armée dans les États de Mantoue et de Montferrat, le père et le grand-père de ce duc de Mantoue, et la première des deux en personne, où sa capacité militaire, et sa valeur personnelle, qui le couvrit de gloire, jointe à la fidélité de sa protection dans des temps si difficiles, lui mérita toute celle des héros au célèbre pas de Suse, vis-à-vis du fameux Charles-Emmanuel et de l'armée autrichienne, comme je
[1707] MEDAVID i MARLY. . 209
Fai plus amplement remarqué p. 16 *. Ce ne fut donc pas une satisfaction légère pour une maison aussi implacable que la maison d* Autriche s'est toujours piquée si utilement de l'être, de se voir enfin maîtresse du duché et de la ville de Mantoue et du Montferrat, et de faire sentir au souverain dépouillé tout le poids de sa vengeance, et à la France celui de sa foiblesse, dont les alliés, chassés et proscrits par FEmpereur en criminels, se trouvoient partout réduits à chercher de lieu en lieu des asiles, et à subsister de ce que la France, qui n'avoit pu les soutenir, leur pouvoit donner, contraste étrange entre Louis XIII et Louis XIV. Crémone, Valence, en un mot tout ce que nous tenions en Italie fut livré aux Impériaux, qui furent si jaloux de cette gloire qu'ils ne voulurent jamais souffrir que ce que nous tenions de places du duc de Savoie lui fût immédiatement remis, mais qu'ils s'opiniâtrèrent aies recevoir eux-mêmes, pour que ce prince, qui en cria bien haut, ne les pût recevoir que de leur main.
Sur la fin d'avril, Vaudemont et Medavid arrivèrent à Suse avec près de vingt mille hommes, tant des troupes du Roi que de celles du roi d'Espagne. Le 9 mai, c'est-à-dire le lendemain du détail de la bataille d'Almanza, apportée' par Boçkley, Medavid arriva à Marly, et vint saluer le Roi dans ses jardins, dont il fut très-bien reçu, après quoi il le suivit chez M"* de Maintenon, où il demeura une heure à lui rendre compte d'un pays et d'un retour qu'il devoit entendre avec une grande peine. Le gouvernement de Nivernois venoit de vaquer tout à propos; le Roi le lui donna sans qu'il le demandât, quoique il eût celui de Dunkerque,mais il l'avoi tacheté. On le fit repartir au bout d'un mois, pour aller commander en chef en Savoie et en Dauphiné, avec deux lieutenants généraux et deux maréchaux de camp sous lui, et le traitement de général d'armée, quoique aux ordres du maréchal de Tessé, qui y étoit déjà. Il eut de plus douze mille [livres] de pension.