Ce féminin est au manuscrit
Saint-Simon v. 14
jeia . VAUDEMONT A PARIS ET 1 LA COUR. [4707]
Le Roi lui dit que c'étoit en attendant mieux, parce qu'ail a voit cru le gouvernement de Nivernois de trente-huit mille livres de rente, et qu'il se trouvoit n'en valoir que douze mille. Ces grâces, contre l'ordinaire, ne furent enviées de personne, et chacun y applaudit avec grande raison.
Le prince de Vaudemont ne tarda pas après Medavid. 11 s'arrêta dans une maison à quelques lieues de Paris, qu'un fermier général lui prêta, où M"* de Lislebonne ^t M""* d'£spinoy ses nièces Tallèrent attendre, d'où elles le menèrent loger chez M"^ de Lislebonne, leur mère et sa sœur, près des Filles de Sainte-Marie de la rue Saint- Antoine, à l'hôtel de Mayenne, maison précieuse aux Lorrains pour avoir appartenu au fameux chef de la Ligue, dont ils lui ont chèrement conservé le nom, les armes et l'inscription au-dessus de la porte, et où est une chambre dans laquelle furent enfantées les dernières horreurs de la Ligue, l'assassinat d'Henri III, et le projet de l'élection solidaire de l'infante d'Espagne et du fils du duc de Mayenne pour roi et reine de France, en les mariant, et en excluant à jamais Henri IV et toute la maison de Bourbon. Cette chambre s'appelle encore aujourd'hui la chambre de la Ligue, dont rien n'a été changé depuis, par le respect et l'amour qu'on lui porte. Ce fut là que, sous prétexte de repos, M. de Vaudemont acheva de se concerter avec sa sœur et ses nièces.
Il y reçut quelques familiers, s'en alla coucher à TEstang une nuit, et le lendemain il salua le Roi avant diner à Marly, passant de chez M*"* de Maintenon chez lui après sa messe. Le Roi le fit entrer dans son cabinet, et le reçut comme un homme qui avoit rendu à lui et au roi son petit-fils les plus grands services, et qui, en dernier lieu, lui avoit sauvé vingt mille hommes par le traité qu'il avoit fait avec le prince Eugène, pour les ramener en sûreté, en lui livrant toute l'Italie. On lui avoit réservé un logement à Marly, et on lui prêta celui du maréchal de Tessé à Versailles, lors absent, comme je l'ai dit ailleurs.
Il faut maintenant se souvenir de ce que j'ai [dit] en divers endroits de ce bâtard de Charles IV, duc de Lorraine, dont il avoit si parfaitement hérité l'esprit, Tartifice, la fourberie et l'infidélité, et en qui de plus on ne douteroit pas que l'âme du fameux Protée n'eût passé, si on pouvoit s'arrêter aux fables et à la folie de la métempsycose. Il faut aussi avoir présent ce que j'ai dit p. 275* de [ses] nièces*, et de leur position également solide et brillante à la cour, de leur union entre elles deux et leur habile mère : c'est peu dire; allons, ce n'est pas trop, jusqu'à l'identité, en laquelle Vaudemont fut en quart. Outre l'amitié, soigneusement cultivée par le commerce de lettres, soutenue par les grandes vues, l'intérêt de cette union étoit double ; celui de la grandeur, du crédit, de la considération, et celui de l'intérêt depuis que, par la mort du fila unique de Vaudemont, ses nièces étoient devenues ses uniques héritières. Ce fut donc à tant de grands objets tout à la fois qu'ils butèrent*.
J'ai expliqué p. 276* comment ils se comptèrent trèsassurés de Chamillart, de M. du Maine, de M""* de Maintenon, de Monseigneur. Ils pou voient aussi être certains de M"* Choin et de Madame la Duchesse, et de ce qui, en hommes, approchait le plus confidemment de Monseigneur. Tessé leur avoit préparé les voies auprès de M"* la duchesse de Bourgogne, et ne leur avoit rien laissé ignorer de ce qui les pouvoit instruire de ce côté-là. M. de Vendôme étoit à eux, et le groupe de la maison de Lorraine; le Roi, anciennement prévenu par le maréchal de Villeroy, du temps de sa grande faveur, et entretenu depuis dans la même opinion par les puissants appuis que je viens de nommer; ils avoientdeplusla grâce de la nouveauté, et ce lustre étranger dont le François s'éblouit jusqu'à l'ivresse,
et qui leur réussit au delà de ce qu'ils pouvoient espérer.
i. Pages 58 et 59 def notre tome III.