VUES TERRIBLES DE LOUVOIS
s'étoit distingué en beaucoup d'occasions à la tête du régiment de Navarre.
L'ordre du tableau étoit encore alors heureusement inconnu : on éprouvoit les gens qui montroient de la volonté et des talents; on les mettoit à portée de les employer par des commandements plus ou moins considérables; on laissoit ceux en qui on voyoit les espérances qu'on en avoit conçues trompées; on avançoit ceux qui réussissoient; et quoique la faveur, la naissance, les établissements aient toujours eu quelques droits, la réputation étoit pesée, le cri de l'armée, l'opinion des troupes, le sentiment des généraux d'armée étoient écoutés ; on ne passoit par-dessus que bien rarement, en bien et en mal.
M. de Louvois, dès lors méditant le projet de se rendre le maître de la conduite de la guerre et des fortunes, et de changer pour sa puissance toute manière de faire l'une et l'autre, songeoit aussi à se défaire des gens qui pointoient, et dont le mérite l'eût embarrassé, comme à la longue il en vint à bout. Il gémissoit sous le poids de Monsieur le Prince, de M. de Turenne et de leurs élèves; il ne vouloit plus qu'il s'en pût faire de nouveaux ; il en vouloit tarir la source, pour que tout, jusqu'au mérite, vînt de sa main, et que l'ignorance, parvenue de sa grâce, ne pût se maintenir que par elle.
M. d'Estrées fut un de ceux qui l'embarrassa le plus. Lieutenant général depuis douze ans, par mérite et à force de service et d'actions, à quarante-trois ans, c'étoit pour arriver bientôt à l'ouverture de laguerrre en 1667. Golbert, son émule, en prit occasion d'exécuter l'utile projet qu'il avoit formé depuis longtemps de rétablir la marine. 11 Tavoit dans son département de secrétaire d'État; il en avoit les moyens par sa place de contrôleur général des finances, dont avec Foucquet il avoit détruit la surintendance. Louvois n*en avoit aucun d'empêcher ce rétablissement, dans un royaume flanqué des deux mers. 11 dégoûta d'Estrées ; il se brouilla de propos délibéré avec Saint-Simon v. 17