‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 160 sur 311 · VUES TERRIBLES DIT LOITVDIS · texte numérisé non relu

VUES TERRIBLES DIT LOITVDIS

lui ; il le réduisit à se jeter à Colbert, qui, ravi de pouvoir faire une si bonne acquisition pour la nwirine, quH s'agissoit de créer plutôt que de rétablir, le proposa au Roi pour lui en donner le commandement.

Quoique ce savant métier en soit tout un autre que celui de la guerre par terre, d'Estrées s'y montra d'abord tout aussi propre. Il fit une campagne aux Iles de r Amérique qui y répara tout le désordre que les Anglois y avoient fait. Il en fut fait vice-amiral. Il battit et força les corsaires d'Alger, de Tunis et de Salé à demander la paix en 1670, et ne cessa depuis de se distinguer à la mer par de grandes actions.

Quelque soulagé que fût Louvois de s'être défait d'un homme si capable, il étoit outré de ses succès; il étoit venu à le haïr après s'être brouillé avec lui uniquement pour s'en défaire. Sa gloire, unie à celle de la marine, lui étoit odieuse ; c'étoit pour lui la prospérité de Colbert, qui effaçoit à son égard celle de l'État. Colbert vouloit que la marine eût un maréchal de France; d'Estrées méritoit de l'être depuis longtemps : Louvois eut le crédit de l'empêcher de passer avec ceux qu'on fit à la mort de M. de Turenne, en 167S. Estrées et Colbert furent outrés, mais ils ne se rebutèrent point, Tun de continuer à mériter par des actions nouvelles, l'autre de représenter ses services, ses actions, l'importance de ne pas dégoûter la marin,e, dont on tiroit tan* d'avantages,, et le découragement où la jètoit l'exclusion de son général. Enfin Louvois n'eut pas le crédit de l'arrêter plus longtemps, et en mars 4681 le Roi le fît maréchal de France seul. Quelques années après, il lui donna le vain titre de vice-roi de l'Amérique, sans fonctions et sans appointements, enfin le gouvernement de Nantes et cette lieutenance générale de Bretagne que

son fils eut à sa mort.

Le maréchal d'Estrées. naquit, vécut et mourut pauvre; fort honnête homme et fort considéré, et toujours dans la plus étroite union avec ses frères, le duc et le cardinal d'Estrées. U vit aussi son fils grand d'Espagne, et son

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